De Americæ perfidæ
Du cœur de la Fausse Amérique mardi soir - voire au coin de la rue St-Marc et de l'avenue A dans le Village de l'est. (Mes excuses, l'agencement du nouveau site prend un peu plus de temps que prévu.)
Du cœur de la Fausse Amérique mardi soir - voire au coin de la rue St-Marc et de l'avenue A dans le Village de l'est. (Mes excuses, l'agencement du nouveau site prend un peu plus de temps que prévu.)
Merci de tous vos messages, qui m’ont vraiment beaucoup touché. J’espère pouvoir vous annoncer très bientôt un site nouveau (et plus beau) où j'espère me sentir de nouveau à l’aise pour vous raconter toutes sortes d’âneries bien particulières de ma part.
J’ai dû l’attendre, quelque part au fond de moi-même – le moment où le « secret » de Sale bête et de son auteur serait compromis. Je viens d’apprendre par un mail innocent que ce moment au moins un peu redouté est enfin arrivé.
J’ai commencé Sale bête pour m’amuser, et aussi pour m’offrir le plaisir d’écrire en français, langue que j’aime à fond et dont j’ai toujours cherché à parfaire mes connaissances incomplètes. J’avais aussi une prétention politique et sociale : montrer aux francophones qui me liraient que tous les Américains n’approuvaient pas la politique de Bush et de ses amis républicains à l’époque de l’agression américaine contre l’Irak.
J’avais déjà créé et géré un site d’actualités qui obtenait en moyenne plus de 5.000 visiteurs uniques par jour – je n’étais donc pas motivé par un désir avide d’avoir le plus possible de lecteurs, ce qu’on voit assez souvent. Ma vie personnelle, le sujet de mon carnet, n’a aucun intérêt particulier à part le fait que j’essayais délibérément de me situer un peu dans un contexte historique (la vie quotidienne à New-York) et donc de me présenter, en hommage délibéré à l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, un peu en spécimen d’un type déjà assez familier, mais en plus détaillé : homme homosexuel urbain d’un certain âge, galeriste par moments, connaisseur pas très fin et consommateur plutôt grossier de livres, de cuisine, de vins, de choses bassement mondaines, en cohabitation avec un autre homme plus jeune que lui, qui habitent ensemble dans l’une des grandes villes mythiques de la planète. Bon, c’est tout. Quand je décrivais ma vie, je le faisais pour dire à ceux qui passaient me lire : « Voilà, je m’arrange ainsi. Je pense cela. Et vous, c’est pareil ? Vous le faites autrement ? Ou pas du tout ? » Et je voulais pouvoir faire une représentation plus ou moins exacte de ce qui m’arrivait. C’est pourquoi j’ai choisi, dès le début de ce carnet, de me déguiser en « Édouard » et de ne pas nommer de leurs propres noms les gens avec qui je vivais ma vie. On ne trouvera ici donc que l’ami galeriste, l’amie écrivain, l’amie marchande de tableaux, l’ami ex-Marine – ils savent ou savaient tous, je le crois, que je tiens un carnet Internet dans lequel je peux parler d’eux – mais j’étais discret, je n’en parlais jamais, et l’on remarquait seulement que j’aimais prendre des photos. Et j’ai continué à écrire des billets dans ce journal intime et pourtant, par la voie étrange d’Internet, public aussi.
Je n’ai pas non plus commencé ce carnet pour trouver des amis. J’en ai déjà beaucoup, rencontré dans ce qu’on aime appeler, et avec raison je trouve, « la vraie vie ». Cela ne veut pas dire que je n’ai pas eu le plaisir de rencontrer, à cause de ce blog, des gens vraiment charmants, intelligents, supérieurs. Mais ce n’était pas mon but, c’était un bénéfice collatéral, si vous voulez.
Écrire en français, sans nommer personne de ma proche connaissance par leurs vrais noms, ne pas me mettre sur des listes de blogueurs new-yorkais, éviter à me faire lier par des tas de sites « locaux », je pensais que cela m’éviterait de me trouver « découvert » par mes amis et mes relations à New-York. Mais il y a toujours des trous dans l’ouvrage, les petites choses qu’on a faites (ou écrites) sans se rendre compte de leur effet ultérieur. Quelqu’un fait une recherche Google sur un sujet et se trouve sur Sale bête – « Mais, c’est une photo de mon salon ! Comment se fait-il qu’il y ait une photo de mon salon à Manhattan dans un site en français ? Je ne me souviens pas avoir invité des Français chez moi cette année ? » et ainsi de suite. Cette recherche se poursuit.
Je trouve que ma liberté est donc compromise, limitée, et sans la possibilité de dire tout ce que je veux, je ne vois pas l’intérêt de continuer un carnet où je n’oserai plus dire ce que j’aurais envie de dire de peur d’offenser ou de gêner quelqu’un qui m’est proche. Il est temps de disparaître, de rentrer dans la masse informe de gens qu’on voit et qu’on ne remarque point. J’ai donc fermé les archives et je poste cet avis. Le copain me conseille de rester ouvert jusqu’à mercredi prochain, quand on aura, on l’espère, de bonnes nouvelles.
Merci d’être passé, votez Obama, et priez pour nous, pécheurs carnetiers…
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