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Critique de cinéma manqué?

le dimanche 18 mai 2003

Ça fait du bien de rester chez soi un samedi soir sans rien faire de particulier — on est allé voir « The Matrix Reloaded » au multiplex à 16 heures et on a failli y rester pour voir « X-2 » mais après quelques hésitations on n’a pas voulu faire attendre le chien pour son repas (l’unique du jour, donc ça compte) et on est rentré chez nous. Le propriétaire du multiplex, qui a dix salles, a changé. Les sociétés de salles de cinéma font faillite un peu partout aux Etats-Unis, où on a construit trop de salles un peu n’importe où, comme c’est le cas du multiplex où l’on était — énorme bâtiment en forme de hangar situé au milieu d’un grand terrain aplati et entouré de parkings au bord d’une autoroute. Non, il ne s’agit pas là d’une architecture noble ou géniale. La planification urbaine y manque tout à fait (d'où la laideur de tant de villes américaines). Mais pour nous ça marche — les billets ne coûtent que $6 tandis qu’à New-York ils sont en général à $10. Le pop-corn et les boissons sont un peu moins chers aussi. Le matériel du son, relativement neuf, est adéquat — dans le cas du « Matrix Reloaded » j’ai trouvé qu’on avait mis le son un peu bas ; à Manhattan on l’aurait certainement joué plus fort. Les écrans, par contre, sont énormes. En plus, faute d’études de marchés correctes, il n’y avait presque personne dans la salle — une trentaine de spectateurs environ — dans une salle qui pourrait accueillir au moins dix fois de plus. Voilà une raison très visible pourquoi les sociétés font faillite !

De toute manière, on est allé voir, comme une bonne partie du monde entier, « The Matrix Reloaded », muni de pop-corn et de slurpies et avec de très bonnes places au milieu de la rangée. Bon, il n’y aura pas de « gâcheurs » ici, puisque, à vrai dire, je n’ai pas compris beaucoup au scénario et il ne me restait que quelques notions très imprécises de tout ce qui s’était passé dans le premier film, que j’avais confondu avec des morceaux de « Minority Report » — après tout, ces chaises branchées et cette piscine de visions oniriques, c’est plus ou moins le même truc, non ? Ce qui m’a valu un regard d’un mépris profond du copain.

Mais c’est beau, tout de même. Tous ces agents en costume, ça m’a fait penser aux dessins assez baroques (genre Bernini et l'Extase de Ste Thérèse) de l’artiste Robert Longo, apparus dans les années 80 et toujours très cotés, d’hommes et de femmes en costumes noirs se tordant comme s’ils avaient été frappé de balles. C’était chic à l’époque ; ce l’est toujours. (On se rappellera aussi que Robert Longo était le metteur en scène du film Johnny Mnemonic (1995) basé sur la nouvelle de William Gibson et dont Keanu Reeves était encore la vedette.) Je ne comprends pas trop le grand manteau — ça fait un peu soutane de curé, non ? —mais ça amincit, visiblement, en contraste avec les agents baraqués (modèle « amélioré » ) en costume « men in black ». Le personnage de Christopher Lambert ne m’a pas déplu — oui, son accent français est un peu fort et il représente une sensualité cynique et amorale qui fait grand peur aux Américains (toute cette histoire de boycott anti-français n’est en grande partie qu’une réflexion évidente de cette sensibilité de puritain outré ). Oui, c’est stéréotypé, mais bon, ce film, c’est une bande animée, et on ne s’attend pas à des analyses approfondies de caractère tout de même ! La scène dans laquelle tous les humains se mettent à danser (souvent bien mal) aux rythmes légèrement technos m’a fait sourire — ça faisait Survivor (côté vêtements) mêlé au MTV Spring Break (côté figurants d’un certain âge), beaucoup plus que des danseurs sacrés et délirants qu’on trouve dans plusieurs cultures. (Aux Fire Island Pines en été c’est encore beaucoup plus chaud et plus « dionysiaque » — dans le sens nietzschéen du mot, bien sûr — dans les discothèques de la petite communauté estivale). Non, mais, « The Matrix Reloaded » m’a diverti.

Il fait étonnamment beau ce matin — on va faire aujourd’hui notre voyage inaugural à la voile de la saison 2003 dans le bateau du copain avec Betty (véritable louve de mer, qui a déjà fait une croisière jusqu’à l’île de Block). Moi je suis plutôt marin d’eau douce, on fait un tour autour du phare (mais pas trop près) et puis ça me suffit (désolé, Laurent, qui lui est un grand marin transocéanique — et voici la preuve horrifiante. ) Ma religion à moi me défend pourtant de traverser les océans dans les navires à voile ou plus petits que le Queen Elizabeth II — je n’y peux rien !

Comments

Hum... ne serait-ce point plutôt Lambert Wilson que ce pauvre tarzan?

Vous avez tout à fait raison, merci beaucoup de me l'avoir fait savoir. C'est pourquoi je ne ferai pas un bon critique, je suppose.

Le gigantisme n'est pas forcèment un gage de sécurité (cf. Titanic...) mais je ne dédaignerai pas non plus une traversée sur le Queen Elizabeth 2 (même si c'est un bateau britannique et qu'il doit bien y avoir au moins un portrait de Nelson à bord).
Félicitations pour le tour du phare à 7,2 noeuds !