« Rien que du cinéma ! | Main | L'antiaméricanisme français »

Il y a des moments

Il y a des moments, naturellement rares, où l’on semble pouvoir tout faire, où tout devient facile, clair, évident. Dans ma mémoire cela m’est arrivé deux fois : la première fois c’était quand je prenais une leçon de tennis. Adolescent, je jouais assez bien au tennis, pas extra mais tout à fait convenable. Pendant cette leçon où jusque-là il ne s'y était passé rien hors du commun, je me suis tout d’un coup rendu compte que quelque chose avait changé — le temps se ralentissait, tout allait beaucoup plus lentement, et j’avais donc beaucoup plus de temps pour me positionner vis-à-vis de la balle, que je retournais parfaitement. Ce n’était pas de l’exaltation que je ressentais mais tout le contraire: un calme lucide et retenu. Ça a continué pendant plusieurs minutes. L’entraîneur, un vieux pro longtemps hors du circuit, m’est venu de l’autre côté du court, une expression curieuse au visage, pour me demander ce qui s’était passé. Je lui ai répondu que je ne savais pas, mais que tout m’était devenu plus facile — il n’a dit rien pendant quelques secondes puis il m’a demandé si cela m’intéresserait de faire partie de l’équipe qu’il entraînait et qui allait faire le circuit juniors en tennis dans le sud-est des États-Unis. (Je ne l’ai finalement pas fait.)

gandhi.jpg
Une statue de Gandhi avec un bouquet de roses fané dans l'Union Square

L’autre fois qu’il m’est arrivé cette facilité surprenante c’était dans un cours de latin. Moi j’avais changé de collège et je me suis retrouvé alors pensionnaire dans un collège en Nouvelle-Angleterre, perdu au milieu des sapins et des hêtres, où dans nos chambres victoriennes on captait les stations de radio de Montréal plus facilement que celles de Boston. J’avais déjà fait deux ans de latin en Géorgie – une préparation solide (Jules César, Pline, et alii) mais quand même pas à la hauteur des études classiques faites au nouveau collège, où l’on offrait cinq années de grec classique, plus une année de grec du Nouveau Testament, et six années de latin. Dans ma troisième année de latin,donc, nous étudiions « Les métamorphoses » d’Ovide. Le professeur de latin était un petit dur aux cheveux coupés en brosse qui entraînait aussi l’équipe « varsity » de hockey sur glace — il s’appelait Rock Gillespie (pour nous, officiellement, « Mister Gillespie », mais « Rock » tout court quand il n’était pas là et on parlait de lui). J’avais déjà beaucoup travaillé pour essayer de rattraper mon manque de vocabulaire et parce que Rock me faisait un peu peur aussi, marchant lentement derrière nous, qui étions tous assis à une grande table ronde, en nous demandant de traduire un passage à l’improviste. « Monsieur D—, m’a-t-il interpellé un jour dans voix rauque et basse, voulez-vous nous traduire le passage à partir du vers numéro 89 jusqu’au vers 113. » C’étaient des vers qu’on n’avait pas encore étudiés , qu’il fallait « déchiffrer » sur place sans avoir recours aux dictionnaires. « Euh, » j’ai commencé, en regardant le passage dans mon livre — et puis, tout d’un coup, c’était comme si les mots se sont réarrangés sur la page — ça restait du latin mais je lisais ça comme si c’était en anglais, un simple texte de journal qu’on lit au petit déjeuner. Le cœur battant, j’ai terminé ma traduction orale. Personne n’a bougé. Finalement, le prof a dit, « Merci, Monsieur D—, très bien » avant de continuer la leçon. Mais à la fin de l’heure, Rock m’a arrêté dans le couloir pour m’encourager à poursuivre mes études en latin — mes parents par contre ont trouvé que mon programme d’études ne donnait pas assez de place aux sciences. Ils m’ont convaincu à laisser tomber le latin en faveur de la science physique — erreur que, malgré les jolies protestations chantées par Miss Piaf, je regrette beaucoup !


Tout ceci pour dire que malheureusement je n’ai pas éprouvé un pareil moment de talent sublime et extraordinaire lorsque j’ai passé l’examen hier après-midi. C’était plutôt dur. On aura les notes en deux mois à peu près.

deli.jpg
Un "deli" dans le quartier

Le copain, malade, et moi, nous sommes rentrés à New-York dimanche soir. On est passé par cette épicerie pour acheter de quoi manger.

vuedowntown.jpg
Vue vers le sud de Manhattan sur les quais réaménagés

meierbuildings.jpg
Les nouveaux immeubles de l'architecte Richard Meier ? Nicole Kidman y a acheté un appartement

Vendredi soir, avant de partir, on a fait un petit tour dans le nouveau parc riverain qui se trouve au long du fleuve Hudson — on vient de l’ouvrir officiellement — donc pour le moment c’est propre et c’est beau. (On se demande pourtant pour combien de temps !) Plein de cyclistes, de rollers, de coureurs, des gens qui pique-niquaient sur la pelouse (en plastique). C’est vraiment pas mal.

hotelconstruction.jpg
Le nouvel hôtel en construction dans le Meatpacking District

Comments

Impressionnant l'effet Matrix au tennis ! "Il n'y a pas de balle" ;-)

A la différence de Neo, je n'ai pas pu faire prolonger l'effet et voilà, on ne me voit ni à Wimbledon ni à Roland Garros!