L'égalité, à peu près
La grippe ne veut pas me lâcher. Il fait lourd, on sattend à des orages, le soleil me manque.

Le fleuve Hudson à marée haute

Au long du fleuve Hudson, côté Manhattan, avec l'Empire State Building au fond
Comme dhabitude on ira à la campagne demain soir. Samedi il y a un « gala » pour la petite société historique du village, on se mettra en smoking et tout et tout. Il y aura tout le gratin du village. Nos noms figurent sur le carton dinvitation, mais séparément, pas comme ceux des autres couples hétéros qui sont ou « Jane and John Smith » ou « Mr & Mrs John Smith », parce que le président ne voulait pas dennuis avec les traditionalistes. Si, si. On se demande parfois, le copain et moi, jusquà quel point doit-on se taire ? Cela fait longtemps que nous avons quitté exprès le ghetto homo pour vivre dans le monde en minorité plus ou moins assimilée (sur le sujet de lassimilation, il y a bien sûr pas mal de polémique : voici deux opinions plutôt négatives ici et ici). En général on na pas regretté cette décision. Il y a sûrement des gens qui napprouvent ni notre choix ni notre détermination de ne pas le cacher, mais lhomophobie est plutôt mal vue et ceux qui en souffrent nosent plus lexprimer trop ouvertement. Est-ce cela, le progrès ? Peut-être.

Une tente sur le quai aménagé du Hudson River Park à la rue Christopher

La rue Christopher à la 7e avenue
Comments
Intéressant et complexe.
Dans notre famille, on doit toujours insister pour que mon frère et son copain (ensemble depuis plus de 15 ans) assistent aux événements, comme les funérailles et les mariages, en tant que couple. Eux il préfèrent faire comme s'ils étaient des amis et ils ne veulent pas publier leurs noms ensemble sur les invitations, etc. Ils sont pourtant dans un milieu assez ouvert mais quelques réflexes durent encore et j'ai l'impression qu'ils dureront pas mal longtemps. Aux funérailles de la mère de mon beau-frère (le copain de mon frère), mon frère n'était pas à l'aise d'être assis à côté de son conjoint et nous ne sommes même pas allés à l'enterrement et à la réception, malgré mon insistance. Ils n'avaient pas envie de répondre aux questions de la famille sur la nature de leur lien. J'ai parfois l'impression qu'ils seraient surpris par la réaction de gens qu'ils croient fermés à l'idée d'un couple homosexuel, mais ils ne sont pas prêts à prendre le risque. C'est triste et c'est frustrant mais en même temps je les comprends.
Posted by: Martine | juin 13, 2003 05:23 PM
Je comprends très bien pourquoi les gens comme ton frère et son ami ne voudraient pas, disons, « se faire remarquer » en soulignant trop le fait qu'ils font un couple homo ? moi aussi, par lâcheté tout probablement, j'ai dans le passé souvent préféré la solution « don't ask, don't tell », prétextant aussi que la sexualité éventuelle d'une personne « ne comptait pas » pour quelque chose d'important. Ce qui me semble pourtant à la fois vrai et faux : la sexualité n'est pas « importante » en tant que trait déterminant si on est, par exemple, bon ou mauvais, mais la sexualité d'une personne pourrait expliquer certainement sa façon de regarder les autres, sa vie, la société. C'est-à-dire que le fait d'être pédé a certainement marqué ma façon de voir le monde. De toute manière, c'est plutôt à cause du copain que je me présente si publiquement pédé maintenant ? lui, ancien militant d'Act up et de Queer Nation, malgré ses costumes et son job actuel à Wall Street, ne supporte pas qu'on cache la vérité sur qui nous sommes. Donc, je me trouve un peu coincé entre ma discretion personnelle sur ce sujet et l'insouciance absolue du copain sur ce que pourraient en penser les autres.
Posted by: edouard | juin 14, 2003 11:38 AM
Je comprends l'envie d'être discret, si on n'a tout simplement pas envie d'une discussion ou si on veut tout simplement avoir la paix. C'est un droit. Mais dans des moments importants, comme lors de funérailles, où je vois mon beau-frère triste de perdre sa mère et que son partenaire depuis 15 ans ne "peut" pas être à ses côtés et qu'il n'est qu'une présence discrète à l'arrière de l'église, ça me déprime. Pour eux, c'est le prix à payer pour ne pas faire parler les gens, pour que la famille traditionnelle de mon beau-frère ne le rejette pas. Il a peur de choquer, mais en même temps les gens savent bien qu'il vit avec mon frère depuis 15 ans! C'est fou ce "don't ask, don't tell", cet étrange compromis de société. Ça change vite par contre, à mesure que les vieux parents, oncles et tantes disparaissent...
Posted by: Martine | juin 16, 2003 10:31 AM
Effectivement, Martine, vous avez raison. C'est bien bête de se soucier trop aux préjugés des autres, mais je comprends très bien pourquoi on n'aimerait pas provoquer des scènes. Il faut trouver le juste milieu ? hélas, pas toujours évident ! C'est le copain qui m'a poussé à ne pas avoir peur de réactions éventuelles à nos petits signes d'affection (bien plus discrets d'ailleurs que ceux qu'on voit partout chez nos amis hétéros, mais bon...). J'ai aussi de la chance parce que ma mère et les parents du copain sont au courant depuis longtemps et nous acceptent « comme ça » (dans les deux sens !) ? aucun des trois n'est religieux, donc on a été épargné ce genre d'histoires. Non, j'ai bien l'impression qu'ils trouvent que l'homosexualité, c'est une mauvaise habitude, comme se ronger les ongles ou se curer le nez trop violemment en public ? c'est ni beau ni chic, mais c'est pas un péché mortel. Ça me suffit. Et pour les jeunes, espérons qu'on aura moins de problèmes.
Posted by: Édouard | juin 18, 2003 01:55 PM