Les fatwas mondaines et l'efficacité de la prière
On na pas fait grand chose ce week-end et pourtant je suis crevé le copain est arrivé vendredi soir et on est allé dîner dans le petit restaurant à la mode dans le village toujours plein de monde donc on a dû attendre jusquà dix heures avant de pouvoir nous asseoir à une table, le temps de boire deux vodka martinis. On a bien mangé, notre serveur était le beau et gentil Kenny qui avec sa petite amie loue une maison pas loin de nous. On est rentré assez tard, mais le plus difficile cest que le copain se lève à 6 heures et demi samedi pour courir avec sa partenaire en course, celle avec qui il va bientôt faire le marathon dHelsinki.
Le copain avait parlé avec lamie marchande de tableaux qu'il avait invitée à passer le week-end chez nous. Elle est arrivée par le train de 11h30 et nous sommes tous les trois moi, le copain et Betty la chienne allés la chercher à la gare. On a fait ensuite un petit tour des boutiques du village où elle a acheté des trucs et des cadeaux pour ses nièces qui habitent à Sydney, en Australie.
Ça fait des années que lamie marchande de tableaux parle de rouvrir une galerie dart à elle (elle a été directrice de galerie pendant plusieurs années) et on avait inspecté ensemble le local que je lui avais signalé il y a deux semaines. Elle s'est ensuite empressée de dresser un projet daffaires assez détaillé (photos duvres et biographies dartistes quelle montrera, bilan de dépenses et de recettes prévues pour deux ans, historique des prix atteints aux enchères pour les uvres, etc) qu'elle avait déposé chez des clients amis très riches qui allaient lexaminer elle cherche un investissement de US$500 000,00 de trois investisseurs, soit $1 500 000 au total.
Samedi jai invité ma mère à dîner chez nous et cétait le copain qui sest occupé de tout cuisiner (à part la salade de tomates à la menthe) sur le gril à gaz : blancs de volaille marinés, des oignons « doux » de Vidalia (en Géorgie, létat où jai été élevé), des épis de maïs, accompagnés de plusieurs bouteilles de rosé de Provence bien fraîches. Ma mère était en forme et on s'est bien amusé. Après avoir déposé ma mère chez elle (elle naime pas conduire la nuit) on est allé rejoindre quelques amis dans le petit restaurant du village, toujours pleins de monde les week-ends de « haute saison » quand le port est plein de gens en croisière qui y font étape. Là on a rencontré le jeune maire de notre village, tout à fait saoul, qui gueulait contre une femme quon connaît bien et qui, d'après lui et un autre) lavait traité avec un manque de respect éhonté dans une réunion quasi-officielle qui avait eu lieu dans laprès-midi. Il déclarait à tout venant quil ne pouvait plus supporter les méchancetés de cette femme et quil avait donc émis une « fatwa » contre elle, quil appelait « un cancer sur le corps du village ». En fait, cétait assez drôle, cest un type qui se maîtrise toujours (ou presque) mais cette femme lavait tellement énervé quil nen pouvait plus. On a quitté le restaurant vers 1 heure et la bande sest décidée daller à la maison la plus proche pour continuer à écouter les engueulades avec encore un peu de vin (vous vous en doutiez) et cest là, dans un salon décoré de chintz fleuri, que le maire nous a révélé quil avait causé la mort en priant ! Si, si! Et en plus il nous a assuré que cette « technique » avait marché trois fois sur quatre. Il a dit ensuite quil allait prier pour la mort « dans lannée » de cette femme ennemie et quon allait voir le résultat.
Le matin suivant lamie marchande et moi, en buvant nos cafés, nous nous sommes demandés si lon ne pouvait pas « ajuster » ce principe intéressant de la prière « létale » à un niveau d'utilisation un peu plus pratique : on supposait que pour causer la mort de quelquun par la prière il faudrait une concentration de prière hostile quon ne pensait pas, nous, pouvoir maintenir suffisamment ou avec la force requise mais on cherchait à déterminer combien de prière « négative » il nous faudrait pour, par exemple, faire grossir un ennemi, ou pour lui donner des boutons ? Car nous, on ne cherchait pas tellement à éliminer les gens qui nous seraient antipathiques quà les importuner de manières variées. Cest lamie marchande de tableaux qui a pourtant noté que le maire dans sa diatribe avait ajouté une condition importante sur lefficacité éventuelle de cette méthode de faire disparaître les ennemis : il fallait que Dieu lapprouve ! Alors là, ça posait encore des problèmes de résultat surtout s'il fallait dabord réussir à capter lattention divine et ensuite espérer que le torrent de prière serait suffisant à le convaincre de laisser périr lêtre visé. Sur quoi, on sest mis daccord, on ne pouvait pas trop compter.
Le copain et lamie marchande de tableaux sont allés faire de la voile dimanche après-midi (il a fait un temps splendide) tandis que moi je suis resté en peignoir à lire les journaux et à regarder encore « The Fluffer » et un téléfilm assez marrant sur Martha Stewart (« The Martha Stewart Story ») avec Cybill Shepherd.
Lundi on sest levé tôt pour arriver à la gare à 6h25, doù le copain a pris le train pour New-York. Lamie marchande de tableaux a dormi jusquà 11 heures tandis que je faisais le ménage quelquefois jai limpression que le copain croit que ce sont des elfes ménagers qui viennent ranger chez nous après quatre machines de linge, je commence à en avoir marre ! Lamie marchande de tableaux est rentrée hier après-midi en train (avec un arrêt inattendu dune heure ô le service ferroviaire américain aux environs de Stamford, à cause dune panne de courant dans la gare de Pennsylvanie). Moi je rentre cet après-midi, on va dîner ce soir avec les parents du copain.
Comments
Rester à lire et regarder la télé au lieu d'aller faire de la voile... Pffff....
Enfin, maintenant que j'ai vu le casting de "The Fluffer", je comprends mieux... ;-)
Posted by: Laurent | juillet 22, 2003 10:33 AM
Mais voyons, avec tout le mauvais pinot grigio que j'ai consommé la veille et la toute petite gueule de bois que j'avais le matin, faire de la voile ne me tentait pas autant que rester au lit à regarder la TV — et oui, il est très beau gars, le type de « Fluffer » — et en plus c'est pas mauvais comme film (je l'avais déjà vu au cinéma.)
Posted by: Édouard | juillet 22, 2003 01:05 PM