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L'annonce des morts des fils de Saddam Hussein ne m’a pas réjoui — il semblerait bien qu’on ne leur ait offert aucune occasion de se rendre. Lancer des missiles dans une maison privée, ça évite, je suppose, trop de questions posées. D’après ce qu’on nous a dit, ces deux types n’étaient pas du tout sympas et on les a accusés depuis longtemps d’avoir commis pas mal de crimes vraiment atroces mais il est évident que la nouvelle « législation juridique » imposée par les militaires américains et anglais n’admet pas l’innocence présumée des traditions juridiques occidentales (à part le Texas, où ces « finesses » légales n’ont pas cours). Bon, ils sont morts (ben, on le suppose, on ne va sûrement pas nous mentir afin de promouvoir une position politique !) et on annonce en même temps les morts de deux GIs, avec huit blessés, aux environs de Mosoul, la ville où l’on a fait sauter les tyranneaux — d’après tout ce qu’on nous a dit ils auraient dû être contents, ces Irakiens, mais ils continuent à nous tirer dessus. Va savoir !

Autre curiosité des affaires internationales actuelles : l’administration Bush était tellement impatiente d’envahir l’Irak pour toutes sortes de raisons qu’on ne voulait pas admettre en public, au point où elle a dû en inventer pas mal, mais quand il s’agit d'un petit pays plein de noirs qui s’entretuent et qui n’ont pas de pétrole ni des missiles qui pourraient tomber on sait bien où, ben, alors là, on ne se hâte pas d’y intervenir. Pas question de guerre préemptive seulement pour protéger des populations civiles qui vous prient à plusieurs reprises de venir les aider. On n’est pas impérialiste, nous (ou bien on préfère choisir nos conquêtes militaires selon les taux éventuels de rendement pour les sociétés qui financent le régime républicain.)

J’ai quitté New-York une heure avant les incidents survenus cet après-midi (coups de feu, deux conseillers blessés, dont un est mort depuis) à l’Hôtel de Ville, que j’ai appris en écoutant la radio dans la voiture. Hier on a eu de violents orages, on en prévoit d’autres ce soir — il y avait des parties de l’autoroute FDR Drive qui étaient inondées, ce qui créait de grands embouteillages aussi frustrants qu’inutiles (la voirie municipale est mieux entretenue à Kinshasa qu’à Manhattan, même en temps de guerre civile) Betty, inconsolable contre le bruit de tonnerre, tremblait de peur à côté de moi, ses yeux grands ouverts. On est allé voir les parents du copain qui voulaient nous présenter une femme qui les avait accompagnés sur leur croisière en mer Baltique — une petite sotte, en effet, qui n’aimait ni Copenhague, ni Helsinki, et qui n’avait aucune idée de ce qu’elle venait de visiter à Saint-Pétersbourg. J’ai donc bu et j’étais charmant, je la flattais (elle avait eu froid dans sa cabine) en disant que c’était parce qu’elle était si mince. « Vous avez visité la maison de Pouchkine ? » je lui ai demandé. « Non, » elle m’a répondu, « mais on nous l’a montrée du car, en passant. » J’ai souri poliment.

Non, je ne suis pas de bonne humeur — il fait lourd dehors comme il l'est dans mon esprit. J'attends avec impatience l'orage purificateur.

Comments

Les fils de Saddam Hussein - oui cela me semble choquant aussi, vu le rapport de forces actuel, les Américains auraient très bien pu les capturer vivants et les faire passer en jugement, pourquoi ne pas faire quelque chose de correct ? C'est tellement plus simple de tuer les gens d'abord et de réfléchir après, et surtout de se justifier en disant "de toute façon, ils le méritaient bien". C'est pas ça en tout cas qui me fera changer d'avis sur le gouvernement Bush !