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La vie de meute

Ce billet récent de Laurent de navire.net donne énormément à réfléchir sur la politique des liens dans un carnet. Dans le billet il accuse la carnetière Emmanuelle Richard de emmanuelle.net d’avoir négligé, consciemment ou pas, de faire des clarifications ou avertissements sur la nature d’un carnet qu’elle avait « recommandé » et lié. J’avoue que, lecteur quotidien d’Emmanuelle, j’ai eu un petit froncement de sourcils à la comparaison du carnetier de Blogorhée.net (site que j’avais déjà visité) à celui d’Instapundit, l’avocat bavard du Tennessee et apologiste de plus en plus discrédité de l’administration républicaine au pouvoir. Pour moi, au moins, une telle comparaison n’était pas flatteuse, sauf si l’on croyait qu’un nombre élevé de visites prouve l’excellence, intellectuelle ou autre, d’un carnet. Je suis passé voir le site de Blogorhée que j’ai trouvé agréable d’apparence mais (pour moi) sans grand intérêt — ces sites « mous » d’un soi-disant « libéralisme » qui n’est en effet que du conservatisme « lite » rendu propre et presque sortable, m’intéressent moins que les sites d’enragés de droite, viscéralement réactionnaires, dans lesquels se révèlent les vrais fondements de leurs passions politiques.

Je connais beaucoup de gens qui se diraient volontiers et fièrement « conservateurs » — d’autres pourraient les définir bien moins poliment, et ils n’auraient probablement pas tort. Étant homosexuel, vivant dans un couple d’homosexuels très banal mais pas du tout caché, je n’ai pas trop souvent besoin d’afficher le libéralisme (ici dans le sens plutôt américain du mot) « de gauche » auquel je crois. Je n’en parle que s’il en y a besoin. Il m’est de temps en temps arrivé de faire des reproches publics à quelqu’un d’avoir dit quelque chose de faux ou de malveillant. Je n’aime pas le faire, je suis plutôt timide en société, mais en fin de compte je sais qu’il faut que je le fasse, sinon on pourrait accepter ces « inexactitudes » et ces « versions » sans discussion. Là, en parlant tout haut, je force le débat.

Le mensonge total n’est qu’une arme parmi d’autres dans la guerre culturelle — cette guerre réelle de valeurs réelles — qui a recommencé et dont le billet de Laurent ne représente qu’un accrochage probablement passager. Dans cette guerre de valeurs, l’omission sélective est aussi une arme, d’ailleurs très efficace. C’est pourquoi Laurent a raison, à mon avis, de reprocher à la carnetière californienne l’absence de contexte dans sa présentation du carnet dont elle avait écrit — elle aurait pu noter, par exemple, que ce carnet ne représenterait pas en toute probabilité la perspective de tout le monde, ou même que ce carnet se trouvait dans la même lignée politique que le fameux Merde in France (pas envie de lier), cela aurait suffi à avertir les lecteurs et, plus important, de marquer une certaine distance critique entre le carnet de Mme Richard et celui auquel elle nous dirigeait. Elle ne l’a pas fait, par choix ou par inadvertance, on ne sait pas. Il en résulte que le lien semble une recommandation favorable.

(On aurait pu aussi deviner assez facilement le point de vue politique du carnet, vu qu’il avait été signalé par Roger Simon, dont le carnet est lié par plusieurs carnetiers israéliens que je lis.)

La carnetière de Los-Angeles, que je ne connais qu’à travers son carnet, s’est excusée en écrivant « I'm not an intellectual. I have a hard time articulating my thoughts on politics: I love reading people who are very good at it. » Là, j’ai quand même dû sourire, pour plusieurs raisons : primo, Mme Richard est une intellectuelle de par sa profession même de journaliste ; secundo, elle est évidemment très intelligente; tertio elle s’exprime merveilleusement bien. C’est pour ces raisons-là que ses excuses ne m’ont pas convaincu de son « innocence ».

Elle continue : « But my attitude is, link to good blogs, even if you disagree with them, and let people choose for themselves. » Ouais, mais…qui se couche avec des chiens…Je suis allé voir le site de M. Simon, auquel elle lie. Bon, c’est vraiment de l’auto-pub, mais dans sa liste de liens on retrouve des sites plutôt douteux, dont certains sont franchement dégueulasses. Voici un billet récent pris chez Amish Tech Support, lié par M. Simon :

« In honor of the 4 Hamas scumbags being blown off the Roadmap tonight and Misha's "Pop a Pali for Pizza programme, I ordered a Pizza for IDF .

May they use Yasser's bloody kaffiyeh as a picnic spread, the Oslo Accords to wipe their mouths, and the Roadmap to wipe their asses with. »

(Ce bonhomme charmant vient d'ajouter un billet dans lequel, devant les hésitations du Quai d'Orsay de suivre bêtement les recommendations des plus politiques et tendencieuses du gouvernement américain sur les organisations Hamas et Jihad islamique, il remarque: « May the sun roast every damned bastard in Paris » — que le soleil rôtisse chaque salaud maudit à Paris.)

Dans « The Anti-Idiotarian Rottweiler », lié aussi, on peut lire ceci :

« BAGHDAD, Iraq - A car bomb collapsed the hotel housing the U.N. headquarters on Tuesday , killing at least two people and wounding dozens, including the chief U.N. official in Iraq (news - web sites), who was trapped in the rubble.

[Son commentaire à la nouvelle] I heard this on the news this morning and had almost popped the cork off of a bottle of sparkly when I heard that it was the U.N. HQ in Baghdad .

Oh well, it's a start, I suppose

(Ce charmant billet a tellement consterné même ses lecteurs réguliers qu’il a été obligé à publier un billet d’excuse.)

La promenade à carnets continue avec la « sagesse » venimeuse de Little Green Footballs et du Volokh Conspiracy (également chez emmanuelle.net), les âneries promotionnelles du pathétique Andrew Sullivan (également chez Blogorhée), et tout le reste. On commence à voir les traces d’une communauté …d’intérêts ? Qui sait ? Voilà un aspect important du problème : les liens en effet cautionnent ces sites. Je comprends donc pourquoi Laurent a décidé de se distancer d’un site qui faisait preuve sinon d’enthousiasme alors d’une indulgence curieuse vis-à-vis des sites dont les valeurs sont profondément antipathiques aux siennes. Ce qui est le plus surprenant (et surtout pour un lâche comme moi) et ce qui fait encore plus d’honneur à Laurent dans cette affaire c’est qu’il s’est exprimé publiquement, sans craindre les remarques disons désobligeantes qui viendraient — il a dû les attendre avec un certain plaisir — s’accumuler dans sa boîte à commentaire. Pour cela je dis bravo à Laurent. C’est le silence qui tue.

Comments

Laurent a une dent contre les libertaristes... Et je le comprends... Beurk.
C'est un homme engagé !