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L'exigeante

Il devient de plus en plus difficile à mener une vie tranquille ici à la campagne — un des ouvriers qui refont le toit de la maison d’à côté vient de laisser tomber son cloueur pneumatique avec un bruit assez impressionnant. L’outil est tombé dans le jardin, parmi des roses et des marguerites. Le garçon, torse nu, musclé et bronzé à merveille, a regardé en bas de l’échafaudage qui entoure la maison voisine et n’a toujours rien fait. Il le récupérera plus tard quand il descendra des « hauteurs ».

Cet article m’a attiré l’attention : une taxe sur le gras proposée en Irlande. Pas sur les gens obèses, comme le voudrait le copain, mais sur l’alimentation ayant un excès de matière grasse (donc le fromage, je suppose.)

C’est Betty la chienne qui me pousse à de nouvelles explorations littéraires : il fait beau ici en ce moment et elle insiste à ce que je la sorte pour qu’elle puisse ramasser les pierres dans la mer. Ce que je fais, ne résistant pas à ses yeux suppliants et aux petits coups de nez froid qu’elle me donne aux jambes lorsque je suis assis devant l’ordinateur. Le jeu est simple: je jette une grosse pierre, elle la trouve et la ramène sur le sable. Voilà. J’ai donc pris l’habitude de prendre avec moi ou un livret de grilles de mots croisés ou un bouquin à lire. Les deux derniers jours j’ai emporté à la plage (suivant l’élégant exemple du très-cultivé Karl de Montréal) des livres de poésie : le premier, une collection de poèmes d’Adrienne Rich intitulée « An Atlas of the Difficult World ». Impressionnant. Je connais le poète de nom depuis longtemps, mais jusqu’à hier je n’avais rien lu d’elle.

Pour compenser un peu le mauvais goût télévisuel que je me suis permis avant hier soir (avec le faux lubrique « OC »), hier soir j’ai regardé le film « Les Moissons du ciel » sorti en 1978 aux États-Unis avec un tout jeune Richard Gere. (J'ai trouvé la cassette vidéo enfouie dans la bibliothèque, je ne sais pas d'où ça vient, le copain non plus.) Écrit et mis en scène par le mystérieux Terence Malick (pour lire une version intéressante — et non pas celle filmée — du scénario, c’est ici) et filmé par le Cubain Nestor Almendros, qui a gagné un Oscar pour son travail, le film a l’air un peu irréel, trop beau, d’ un poème filmé. L’arrivée des sauterelles, c’est comme la vengeance divine et terrible. Très, très beau film.

Aujourd’hui c’était le tour à Rainer Maria Rilke, poète allemand que j’avais lu en classe il y a des années et dont je ne me rappelais plus rien, à part les titres de ses collections les plus connues, comme « Les élégies de Duino », « Les sonnets à Orphée », « Lettres à un jeune poète ». En rangeant la bibliothèque en bas j’ai retrouvé un exemplaire des « Sonnets à Orphée » et ce sont ceux-là que j’ai lus cet après-midi en jetant des pierres pour la bête exigeante. Intéressants dans sa traduction anglaise, ces poèmes sont nettement plus élégants dans leurs originaux allemands rimés (c'était une collection bilingue.)

Ce soir c'est un dîner avec ma Tante Cécile à moi — c’est-à-dire, ma mère. On ira à un restaurant près de chez elle et je vais faire un effort pour me rappeller tout ce qu'on prend pour pouvoir le publier ici demain.

Pour ceux qui ne l'ont déjà pas fait, ça vaut le coup de faire un tour immédiatement chez Monsavissurtout (surtout pour ses trois derniers billets, ici, ici et ici) et Mesaventures. Ces dames brillantes font preuve du fait qu'il existe autres (et considérables) raisons pour apprécier les carnets à part les débats politiques.

Comments

Juste qques remerciements au passage M. Edouard, pour tes brillantes (je renvoie donc le compliment!) chroniques, et tes liens vers mes humbles digressions.
Lydia Mésaventures