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Le devoir du citoyen (avec larmes de rire)

Très bonne séance au gym ce matin — j’ai fait attention à ne pas faire du mal à l’épaule droite en faisant des mouvements trop rapides. Il n’y avait que très peu de monde, donc pas de distraction.

J’ai faxé à Calgary les dernières ordonnances de l’amie écrivain pour ses yeux — son fils a fait des arrangements pour qu’elle achète dès maintenant ses médicaments au Canada, puisqu’ils coûtent la moitié qu’on les paye ici — cela va lui épargner des milliers de dollars. Les médecins, eux, s’en foutent où on cherche à remplir les ordonnances. Voilà le « miracle » du système de services médicaux dans un pays « libéral » dont les représentants sont dans les poches des grandes sociétés pharmaceutiques, qui essayaient en plus d’interdire aux Américains d’acheter leurs médicaments à l’étranger.

Ce soir j’assiste à la réunion régulière du Conseil municipal du village — c’est toujours très ennuyeux au début, c’est à la fin de la séance, quand tout le monde est crevé et a envie de rentrer chez eux, qu’on sort des choses intéressantes. À ce niveau, il s’agit plutôt de personnalités que de strictes lignes politiques — le maire est gay, jeune, très intelligent et démocrate et le village a voté pour lui à 95% — les Républicains n’ont même pas osé présenter un candidat contre lui dans les élections municipales. Il y a une conseillère républicaine (d’après la petite constitution du village, le parti gagnant n’a droit qu’à quatre des six sièges au conseil — les deux autres sont réservés aux candidats de partis différents qui ont obtenu le plus de voix après ceux qui ont gagné — donc, cette année, le Conseil municipal compte un maire et quatre conseillers démocrates (le maximum permis par la loi) et deux conseillers républicains) — cette conseillère républicaine doit avoir au moins 80 ans, elle est au conseil depuis vingt ans, elle n’a aucune patience, son point de vue habituel, prononcée dans sa voix exaspérée de grande dame yankee, c’est-à-dire, de la Nouvelle-Angleterre très spécifiquement, c’est « Damn it, it’s late, let’s get on with it and just do something » ce qui pourrait se traduire par « Nom d’un nom, c’est tard, dépêchez-vous enfin, on décide quelque chose et puis c’est fini. » Tout le monde rigole et on continue à suivre l’ordre du jour. Le conseiller responsable de la voirie est un beau gars très sympa mais pas du tout brillant. Il y a aussi un ex-restaurateur qui suit à peine les discussions, un directeur de l'infrastructure d'une université, qui fait, lui, très attention aux détails souvents pas très importants, et une infirmière qui n'habite plus dans le village. Les personnages de comédie légère, quoi ! Souvent il n’y a que moi dans la salle à écouter leurs délibérations et on me demande quelquefois mon opinion ou des éclaircissements. Voilà une sorte de démocratie à l’amiable.

Comments

Ton récit est un régal. :)