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Y a-t-il un avenir pour le français ? Et lequel ?

Vu ma position linguistique un peu particulière dans ce petit coin de la francophonie je n’ai pas vraiment eu envie de me jeter dans les flammes ardentes des guerres de langue qu’on rencontre souvent dans la carnetosphère francophone, mais j’avoue qu’elles m’intéressent beaucoup. Je ne sais pas de quel côté je me pencherais si je devais choisir entre écrire dans ma langue natale pour un public un peu restreint (et alors attendre à ce que mes paroles de génie soient traduites en langues étrangères pour pouvoir être lues par le monde entier) et écrire directement dans la langue la plus répandue dans le monde actuel pour faire passer directement mes pensées géniales à tous ceux qui posséderaient des « notions » de cette langue. Par un hasard de naissance, je n’ai pas à faire ce choix. Mais pour le francophone de naissance, qui se sentirait plus à l’aise dans sa langue maternelle, doit-il laisser tomber sa langue en faveur de l’anglais ou doit-il insister à faire connaître son travail dans sa langue à lui qui aurait cependant une portée plus limitée dans les milieux où il désirait être lu ?

On parle de ce sujet dans cette interview intéressante dans le magazine Québec Science, par un lien trouvé chez World New York, qui avait noté le faible pourcentage (13,3% seulement) d’articles scientifiques en français publiés dans les revues de science en France.

Voici un extrait de cette interview avec le professeur Denis Monière de l’Université de Montréal :

— QS: La suprématie de l'anglais en science pourrait-elle s'expliquer par d'autres facteurs ?

— DM: Le choix de publier en anglais semble traduire une espèce de complexe d'infériorité culturelle. Derrière une apparente rationalité se cache l'effet d'un snobisme intellectuel par lequel on se donne l'illusion d'être admis au club de l'excellence mondiale... La culture anglo-saxonne dévalorise ce qui n'est pas en anglais et, sans trop d'états d'âme, le chercheur novice qui veut entrer dans la danse s'arrange pour maîtriser cette seconde langue.

Le professeur avait noté un peu plus haut dans l'article qu’« Avant la Deuxième Guerre mondiale, les grands savants - Pasteur, Poincaré, Einstein et les époux Curie - ont tous travaillé et exposé leurs résultats dans leur langue maternelle. La diversité linguistique n'était pas un obstacle au progrès des sciences. »

A-t-il raison ?

Sur un autre sujet, le copain et moi, nous sommes allés voir le film documentaire « Être et avoir » qui passe au Cinema Village dans la 12e rue est. Sympa, un peu lent. Moi j'ai aimé, le copain moins. Ce soir on va voir, avec l’ami galeriste, « Porn Theater » (mauvaise traduction, je trouve, du jeu de mots du titre « La chatte à deux têtes » — hé oui, on est tous les trois des vicieux) qu’on passe au Quad Cinema, tout près de chez nous. On dînera après — le galeriste m'a dit qu'il a perdu 6 kilos en suivant son régime « déalcoolisé ».

Comments

tu es sûr que tu n'as pas confondu avec le chat à neuf queues?

Il y a 2 problèmes disjoints. Le français à vocation universelle, qui a clairement perdu, et le français idiome utilisé notamment par une majorité d’habitants de France.

Je ne sais plus quel scientifique anglais racontait que de Broglie (physicien français) l'avait reçu à Paris et qu'ils avaient eu toutes les peines du monde à communiquer, l'Anglais ne maîtrisant pas le français. A sa stupéfaction, il l'avait ensuite revu lors d'un colloque à Londres s'exprimer sans difficultés en anglais. On peut aujourd'hui juger que de Broglie (prononcé "breuil" sauf en Alsace ;-)) était un peu snob sur ce coup-là. Dans le contexte de l'époque, il ne l'était clairement pas.

L'anglais présente un avantage pratique. On gagne du temps si tout le monde l'utilise. Et c'est une langue plus précise que le français dans un usage utilitaire, d'ailleurs. Autant s'en servir dans ce contexte.

Donc tout dépend du livre.

S'il s'agit d'intervenir dans un débat utilitaire mondial (la régulation des marchés financiers, les nouvelles méthodes d'extraction de pétrole, un nouvel algorithme etc.) il est absurde de le faire en français si l'on ambitionne un impact optimal.

S'il s'agit d'intervenir dans un débat politique, autant le faire sur les "marchés" (donc dans la langue) où les idées exposées ont le plus de chances de susciter la controverse. Je ne pense pas qu'évoquer des problèmes de voile passionnera beaucoup les foules dans des pays communautaristes, par exemple. Ce serait comme de parler de corruption dans un pays latin. Mauvais ciblage. Tout le monde s'en fout ou est cynique, ce qui revient au même.

S'il s'agit de parler des tréfonds de l'âme, de sensations, de sentiments, d'expérience humaine, de la vie, c'est presque toujours la langue maternelle la plus adaptée. Et il peut très bien s'agir de l'islandais. Je ne pense pas qu'un véritable écrivain dans ce sens-là cherche à être lu par le plus grand nombre. Ne confondons pas l'activité industrielle de production appelée l'édition, et la littérature.

Zut, j'ai encore été trop long. Cf Pascal.

gVgVsse, non, c'est pas celui-là qu'on a vu, mais bien « La Chatte etc » — curieux film, en effet. L'acteur travesti en robe jaune collante m'a beaucoup impressionné.