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La perfection et d'autres sujets

On est bel et bien sorti hier soir avec l’amie marchande de tableaux — on a finalement choisi un restaurant un peu touristique mais pas trop loin de chez nous, Ye Waverly Inn où il ne serait pas nécessaire de s'habiller trop correctement (le copain était en jeans). Moi j’avais envie d’une sorte de ragoût non-spécifié, genre « comfort food » un peu lourd et rechauffant (c’est le temps qu'il fait, non ?) et on s’est décidé d’aller au Waverly Inn dans la rue Bank (pour une photo de l’extérieur, cliquez ici) qui est vaguement réputé pour être un endroit favorisé par les lesbiennes. Le restaurant, fondé en 1920, se trouve dans un immeuble qui date des années 1840, le décor d’intérieur est « de charme », assez vieillot, ainsi que les garçons (d’un certain âge) qui zézaient et vous appellent « darling » dans une phrase comme « And what are you going to have to thtart, darling ? ». En dépit de tout, il n’y avait pas de ragoût sur la carte, j’ai donc dû choisir le filet mignon saignant (à l’américaine, à point pour un Français) avec des champignons et de la purée de pommes de terre, accompagné d'une bouteille de shiraz australien qui n’était pas mauvais.

Notre conversation de table avait un côté curieusement schizophrène : on parlait de « South Park » et on se demandait qu’est-ce qui nous pousserait à quitter le pays dans les mois à venir, surtout si Bush gagne l’élection présidentielle l’année prochaine. Nous nous sommes rendu compte de l’absurdité (en apparence) de nos inquiétudes au milieu d’un restaurant plein de gens bien habillés et vraisemblablement raisonnables. Mais… Le copain a dit qu’il aurait peur si l’on arrêtait le présentateur de journal télévisé Peter Jennings de la chaîne ABC (il a l'air d'être le plus « éclairé » des présentateurs, c'est pour cela qu'il est détesté par les partisans de Bush). L’amie marchande de tableaux a répondu qu’on n’arrêterait jamais M. Jennings mais qu'on nous dirait qu’il était tombé malade et c’est comme ça qu’il disparaîtrait de nos écrans. Pour moi, une motivation de quitter New-York (et donc les USA) serait une suspension de la Constitution « pour raisons de sécurité nationale » — un scénario déjà contemplé par l’ancien général Tommy Franks dans une interview publiée dans le magazine Cigar Aficionado de décembre. Les plus cyniques parmi nous disent que l’administration aurait besoin d’un nouvel « événement » terroriste en Amérique pour pouvoir faire peur à l’électorat et se faire réélire.

Sur un autre sujet, le copain m’assure qu’il nous faut tous établir des buts spécifiques à réaliser dans la vie — lui, il a envie d’obtenir (achat , location, don — le moyen exact lui importe peu) un appartement dans un de ces deux immeubles où il aimerait beaucoup habiter. Vu mon inaptitude innée et bien démontrée pour les affaires, il va falloir me concentrer — ouf !

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Cet immeuble serait acceptable

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Mais voici l'immeuble parfait !

Dans le premier des deux immeubles habitaient (et habitent toujours peut-être) deux hommes que nous avons, avec une jalousie méprisante, nommés « le couple parfait ». Ce couple, tous les deux beaux, bien bâtis, à l'air organisé, passaient leurs week-ends d'été, comme nous, dans une maison aux Fire Island Pines et on les voyait qui rentraient le dimanche soir en même temps que nous de l'îlot magique à la Ville Émeraude (non, pas Seattle la pluvieuse, mais la vraie ville, là où habitait le Magicien d'Oz, c'est-à-dire New-York) — ils prenaient le car spécial où l'on nous servait des cocktails et qui nous déposait à l'angle de la 12e rue ouest et la place Abingdon (qu'on est en train de réaménager à présent). Ça coûtait un peu plus cher que le train de la LIRR mais nous avions avec nous la Betty, qui n'avait pas le droit de voyager en train. Donc on les voyait, le « couple parfait », presque tous les weekends et c'était vraiment le comble (du désespoir, de la jalousie, d'une triste compréhension de l'injustice foncière du monde) quand nous nous sommes rendu compte qu'ils habitaient dans l'immeuble parfait devant la place Abingdon. C'était trop juste, et trop injuste, à la fois. Cela l'est toujours, je pense.

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Le café-restaurant milanais Sant Ambroeus vient d'ouvrir ses portes ce lundi dernier à deux pas de chez nous

Comments

Ton restaurant fait bien saliver... Mais alors qu'est-ce que vous êtes sombres!

Oui, mais, ça peut arriver, non ? C'est-à-dire qu'en fait on ne sait pas trop bien comment réagir — nos vies à nous quotidiennes vont assez bien, mais on entend et voit tant de choses qui, par contre, inquiètent sérieusement. On se demande constamment: faut-il faire attention à ce détail-là? Ou est-on seulement parano ? Et pour l'amie marchande de tableaux, elle est, j'avoue, assez parano de nature, et elle s'attend tout à fait à un autre attentat à New-York. Moi, je ne sais pas, je fais l'autruche, j'essaie de ne pas y penser (trop), car enfin, ça sert à quoi ? On se sent un peu coincé quand même — d'un côté les americanophobes meurtriers qu'on connait déjà et de l'autre, les néo-cons fascisants de l'administration, qui aimeraient bien en fin de compte jeter toute l'opposition dans les geôles aussitôt que possible. (C'est pourquoi j'ai repris la boisson, j'ai raison, non ?)

Je comprends tout à fait! On lit des trucs tellement fous en ce moment que je ne sais plus très bien non plus quoi penser sur tous ces sujets.