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L'infirmier malgré lui

Le copain a attrapé un rhume et je ne me sens pas disposé à jouer le rôle de Florence Nightingale. Je n’ai toujours acheté qu’un seul cadeau de Noël et je n’ai aucune envie d’aller à la 57e rue. On n’ira pas ce soir à un autre cocktail pour trois très bonnes raisons — le copain ne se sent pas en forme, il fait froid et ce n’est pas facile de se rendre aux rues 50 de l’extrême est, vers la 1e avenue, une adresse chic mais assez éloigné (au moins de nous, dans le village). Au lieu de cela j’irai chercher de la bonne soupe de poulet au Gourmet Garage et des vidéos chez le magasin de location vidéos dans l’avenue Greenwich et on s’installera tout bonnement devant la télé. Il faut absolument que je fasse tout mon shopping demain.

On allait partir pour la campagne vendredi soir mais je viens de recevoir un courriel d’un ancien chef à moi qui m’a averti de la mort de son petit ami — ils habitaient tous les deux à Key-West depuis bien des années, ayant d’abord quitté New-York pour la banlieue et ensuite ils ont quitté le nord-est tout-à-fait pour s’installer dans le paradis artificiel de Key-West. Architecte de formation, l’ami de mon ancien chef était même plus porté sur la boisson que moi (si, si) — il était devenu depuis bien longtemps un type assez pathétique qui ne pouvait plus se maintenir dans un poste quelconque — il y avait la boisson, bien sûr, mais il était sujet aussi à des crises épileptiques du type « petit mal » dans lesquelles il s’arrêterait tout d’un coup, par exemple, en levant une cuillère à sa bouche — sa main tremblerait en tenant la cuillère et l’épisode durerait 20 ou 30 secondes — et puis il se rattraperait. Mon chef (un ami aussi, et ses incidents se passaient chez eux ), à qui j’ai parlé à plusieurs reprises de ce que j’avais remarqué, n’en a pourtant pas voulu rien entendre — je n’ai jamais compris pourquoi. Il avait pas mal de problèmes, en effet, l'ami du chef.

Ils se sont installés en Floride et on s’est perdu de vue, malgré de fréquentes invitations au début à venir passer du temps chez eux. Et puis, il y a deux jours, je reçois un courriel laconique qui dit seulement que P… avait « manqué de gagner sa lutte contre l’alcoolisme » et qu’il était mort à Key-West il y a deux semaines. On réunit quelques amis et connaissances à New-York dans un restaurant italien ce samedi à midi. Je crois que je vais y passer, au moins pour quelques minutes, avant d’aller à la campagne. Ce matin j’ai appelé au téléphone un ami qui date de cette époque et qui reste plus lié que moi à ce monde que j’ai quitté — lui, qui part demain soir pour Vienne où il produit une émission de télévision, m’a dit qu’il avait reçu le même courriel, et qu’il ne savait pas si P… est mort de « causes naturelles » ou s’il s’est suicidé. Dans les deux cas, c’est triste pour son ex, mon ancien chef. Et c’est pour lui, surtout, que j’irai lui faire mes condoléances. C’est mélancolique mais peut-être utile de se rappeler que, parmi tous les « gagnants » qu’on voit, beaux et souriants, à la télévision, dans la rue, dans les fêtes, il y a aussi les « perdants », qui sont plutôt invisibles, car ils se cachent.

Comments

Passez de bonne fêtes tout de même.

Merci, toi aussi. (Le copain va mieux ce matin, heureusement. Je suis une très mauvaise infirmière.)

Suggestion: je suis abonne a Netflix depuis 3 ans maintenant, et je suis souvent en panne d'inspiration pour faire ma liste de DVD a louer ... si tu pouvais indiquer les videos que tu as louees et que tu as aimees ... ce serait cool ;-)