Ah la la, ça commence bien
Je n’en peux plus : je viens d’atteindre ma limite personnelle d’inanités mondaines il y a quelques minutes, lors d’un brunch offert par une femme pourtant assez sympa mais où il y avait trop de ces gens avec lesquels on n’a rien, mais plus rien, à se dire. Voilà un des inconvénients les plus lourds de la vie villageoise — on arrive à un point où l’on ne peut plus supporter la plupart de ses voisins. Cela m'est-il arrivé aujourd’hui ?
Je suis, il est vrai, d’assez mauvaise humeur aujourd’hui. Notre petit réveillon d’hier soir s’est assez bien passé — la poule au riz était mangeable — et l’amie écrivain nous a régalé d’histoires drôles et insolites de son passé. On parlait de Beaton et de Capote, on parlait politique (elle n’est toujours par convaincue par Dean), on parlait de Londres et de l’impossibilité à son avis des Anglais et leur flegme notoire qui la rendait toujours folle furieuse. On parlait de ces espions anglais notoires Anthony Blunt, Donald MacClean et le grand dandyGuy Burgess, qui faisait l’objet d’une pièce télévisée en 1983 « An Englishman Abroad » dans laquelle Alan Bennett raconte un épisode curieux qui avait eu lieu entre l’espion exilé à Moscou (joué par Alan Bates, décédé il y a quelques jours) et une actrice australienne Coral Browne, qui lui avait aidé à commander des vêtements et des chaussures sur mesure de ses fournisseurs londiniens tel John Lobb. « On les aurait pendus ici » a-t-elle déclaré, certainement avec raison.
Il était 23h20 avant qu’on n’ait même regardé l’heure, l’amie écrivain sirotait unecrème de menthe glacée, le copain somnolait sur le canapé, et j’écoutais cette femme extraordinaire. Presque aveugle (elle souffre de la dégénérescence maculaire) elle a pourtant vu la tête du copain quand elle est tombée par derrière sur le coussin du canapé, la bouche ouverte. « Ah, il faut que je m’en aille. » Je l’ai reconduite chez elle.
Le copain ne voulait pas aller voir la descente de la petite balle locale — j’y suis allé donc tout seul. Il y avait une quarantaine de personnes, de jeunes pour la plupart, assemblées autour d’un grand feu fouetté par un vent très fort du sud-ouest. Je n’en ai reconnu que deux. La balle est descendue accompagnée d’un compte à rebours, j’ai pris quelques photos et suis vite reparti à la maison, où j’ai retrouvé le copain endormi au lit, un nouvel épisode de « South Park » à la télé. J’avais du mal moi aussi à garder les yeux ouverts jusqu’à la fin de l’émission.
C’est dommage que le copain ne se rend pas compte de combien nous sommes privilégiés de connaître l’amie écrivain. Pour moi, c’est une honneur de faire partie de ses intimes. Pour lui, je me demande si c’est plutôt une corvée qu’il supporte seulement pour me faire plaisir.
Le carton du brunch d’aujourd’hui s’étant égaré dans la poubelle qu’est notre maison à présent, je m’étais décidé de ne pas y aller, ne sachant pas l’heure. J’étais en train de lire tout tranquillement quand une amie nous téléphone pour nous demander à quelle heure on pensait être chez X ? J’ai demandé au copain s’il voulait aller. Il a dit oui (sans beaucoup d’enthousiasme, pourtant) et on s’est habillé. Je savais cependant que cela allait mal quand je me suis rendu compte d’avoir déjà demandé au joli barman deux « spritzers » au vin blanc en cinq minutes — je m’ennuyais tant que je ne savais que boire. Quand on a commencé à servir le déjeuner, je me suis dit qu’il fallait me sauver de là tout de suite — j’ai dit au copain que je m’en allais. « Reste, si tu veux » je lui ai dit. « Moi, je n’en peux plus. » Je suis allé chercher mon manteau au premier étage. En descendent l’escalier je vois un type, pédé comme nous, qui a l’air inquiet. « Ça ne va pas ? » il demande au copain, qui lui répond « C’est Edouard, il fait une crise de nerfs » en haussant les épaules. « Ce n’est pas du tout ça, » je dis. « J’ai tout simplement pas envie de rester. » (Voici un aspect de ces scènes de la vie conjugale dont on voit moins dans les cartes de vœux et dans les toasts d’anniversaire.)
Comments
Spritzer ? c'est quoi ?
Sinon, ... bonne année à tous les deux !
Posted by: wam | janvier 2, 2004 07:19 AM
BONNE ANNEEEEEE !
Posted by: Matoo | janvier 2, 2004 01:40 PM
Cher wam, un « spritzer », c'est un mélange de vin, en général du vin blanc mais ça peut se faire avec du rouge, et d'eau gazeuse avec ou sans glaçons (tiens, un peu comme le rince-cochon de Laurent sans la limonade). C'est une boisson qui date des années 1980, plutôt de femmes qui n'ont pas envie de s'enivrer — leurs maris prendront des bières ou des cocktails beaucoup plus fort. mais j'en prends quelquefois quand je veux mesurer ma consommation d'alcool — hier, pourtant, le jeune barman, très aimable, replissait le verre à vin à trois quarts et y ajoutait seulement quelques gouttes d'eau gazeuse — et cela, sans avoir rien mangé !
Matoo, ton réveillon me paraît un succès complet — félicitations et bonne année à vous deux (il ne s'est pas réveillé quand tu est rentré ? Pouvoir dormir comme ça, c'est un grand don.)
Posted by: Édouard | janvier 2, 2004 05:38 PM
Bonne année ! J'ai pris un plaisir constant à lire les chroniques de Sale Bête. C'est devenu un point de rendez-vous régulier; ça coûterait un peu de m'en passer.
Posted by: tehu | janvier 3, 2004 10:37 AM