« Le bon et le mauvais | Main | La mauvaise humeur »

L'anglomanie (passagère)

Cette semaine je me suis permis un accès d’anglomanie, à commencer par la lecture du dernier tome des journaux intimes de Cecil Beaton, mort en 1980. Drôle, cinglant, superficiel, sentimental, humain à son tour, Beaton a mené une vie toute particulière de nomade mondain en compagnie de gens aussi ambitieux et aussi travailleurs que lui. Le chouchou de femmes de riches tels Mme Charles Wrightsman et la baronne de Rothschild, Beaton ne cachait pas, dans son journal, son mépris ou sa désapprobation pour certaines célébrités telles l’acteur lord Olivier, l’actrice Elizabeth Taylor et son mari d’alors Richard Burton. Il s’était lié avec un jeune escrimeur américain de Princeton qui s’est ensuite déplacé vers San-Francisco où il travaillait comme professeur — Beaton essayait d’aller le voir chaque fois qu’il se trouvait aux États-Unis. En 1974 il a subi une crise cardiaque ; le 11 janvier 1980 il décrit dans son journal l’arrivée du vétérinaire on avait appelé pour faire piquer son chat Timothy qui avait 17 ans et qui souffrait. Apprenant après une sieste la mort de son animal de compagnie, il est accablé de sanglots. « Now all was over and Timmy was alone, parted from us, while we were very much alone, parted from him.[…] I was still alive, but Timmy had gone through to oblivion. He was perhaps lucky ? Who knows ? » Il est mort lui-même une semaine après, grâce, on croit, à l’intervention d’un médecin compatissant.

Hier soir on a regardé les derniers épisodes de la série anglaise « House of Cards » (et je suis tout à fait d’accord avec l’opinion récente de Pierre Carion sur cette série — c’est comme Bush incarné en homme politique intelligent — arrêtez de rire, les méchants !) intitulé « The Final Cut », toujours avec l’incontournable Ian Richardson qui joue le premier ministre machiavélique. Comme les Bushistes, on fait commencer une petite guerre (en Chypre) pour essayer d’affermir la position politique du premier ministre. Le dernier épisode n’est aussi impressionnant que les deux premiers, mais l’ensemble c’est magistral.

J’ai lu hier cet article dans le Telegraph où l’on prétend que Londres serait plus une destination plus populaire pour les touristes internationaux que Paris. Il paraît que le copain et moi nous aurons l’occasion de tester quelques bases de cette hypothèse en février, puisqu’on nous prête un appartement à Knightsbridge pour une semaine. J’espère qu’il y fera un peu plus doux qu’ici.

J’ai aussi commencé à lire un livre que j’avais acheté à Londres l’année dernière : « Voltaire’s Coconuts or Anglomania in Europe » d’Ian Buruma, intellectuel anglais d’origine hollando-allemando-juive. C’est énormément lisible et intelligent. Le chapitre sur Voltaire est très amusant.

Le nouveau Sant Ambrœus, succursale new-yorkaise du restaurant milanais de luxe qui s’est installé à deux pas de chez nous, a reçu sa première critique dans le Times d’aujourd’hui. Oh la la, madame Burros n’est pas contente ! Je la connais un peu de vue, c’est une grosse femme d’un certain âge, pas du tout élégante, qui, comme tout bon journaliste américain averti, avait « profité » des événements affolants du 11 septembre pour « écrire » un livre de recettes sur la cuisine de confort. La cuisine de Sant Ambrœus ne s’intéresse que très peu aux critères culinaires de rassurance névrotique de Mme Burros, qui se plaint surtout de sa clientèle d'Européens minces et riches et d'« Américains qui voudraient faire comme eux ». Qu’est-ce qu’elle est jalouse, la Burros !