Hier
J’ai passé en effet la moitié de la journée d’hier à assister aux funérailles de l’amie morte d’un accident de voiture (causé, selon l'autopsie obligatoire dans le cas d'un accident de route dans l'état de Connecticut, par un anévrysme cérébral) à Greenwich le vendredi dernier. Elles se sont déroulées dans une synagogue parce que l’église était trop petite pour la foule attendue. Et foule y était. C’était trop long, les hymnes « modernes » étaient inchantables, les témoignages personnels exprimés devant l’assistance étaient trop longs et souvent incohérents ou mal à propos ou même faux.
L’office terminé, je suis allé chez le mari où l’on recevait une foule de gens aussi — c’était un cocktail curieux, on était triste et mondain à la fois. Il y avait des photos de la défunte placées un peu partout dans le rez-de-chaussée de la maison, elle-même assez grande. Elle avait été très belle — impossible, finalement, mais belle. Son mari, un type formidable, était navré, il avait l’air d’avoir avalé un tas de calmants. Le salon était plein d’amis d’école des deux filles, garçons et filles. Les adultes circulaient d’une salle à l’autre, en passant par un énorme buffet dans la salle à manger, à un autre dans la grande cuisine, plusieurs bars. J’y voyais des gens que je n’ai pas vus depuis des années —ça faisait un peu l’effet du film « The Big Chill » mêlé à « The Ice Storm ».
Tout cela donne à réfléchir, c’est sûr. De distants souvenirs de soirées ivres dans son appartement de la rue de Fleurus, où pendant de longues parties de bridge on flirtait aussi bien avec le beau Bernard que la belle Ellen. C’est elle qui avait insisté pour qu’on aille Au Pied de Cochon manger de la soupe à l’oignon à quatre heures du matin— on voyait des tables de « grands » devant d’énormes plateaux de fruits de mer, les hommes en smoking, leurs têtes sur la table, les femmes en robe longue qui bavardaient en fumant sans se préoccuper trop de leurs maris endormis. Oui, c’est curieux, la mort.
Comments
Desole d'etre si interesse aux details mais ai-je bien lu "[les funerailles] se sont déroulées dans une synagogue parce que l’église était trop petite pour la foule attendue" ?
Je ne pense pas que ce genre de pratique soit possible en France car les familles auraient sans doute du mal a accepter de voir leurs proches dans un lieu de culte qui n'est pas le leur ...
Si c'est vrai, c'est la preuve d'une belle ouverture d'esprit qui me rejouit l'esprit !
Posted by: Pierre CARION | janvier 25, 2004 12:30 AM
Cher Pierre, pas nécessaire de t'excuser, je me suis demandé la même chose au début mais mon amie pratiquait une religion chrétienne disons « évoluée » — c-à-d mêlée de toutes sortes de pratiques « orientalisantes » comme le yoga, la méditation, le t'ai chi, etc. Il y avait, on me l'a dit, deux endroits religieux dans le village de Greenwich assez grands pour accueillir les foules attendues à la cérémonie — la synagogue (réformée je crois, je ne suis pas sûr) et l'église anglicane d'à côté. Les Épiscopaliens voulaient bien faire la cérémonie chez eux mais seulement selon le rite anglican — donc, très traditionnel, suivant la liturgie anglicane (assez jolie, d'ailleurs — les funérailles d'hier l'ont suivie). Les Juifs de la synagogue n'ont pas insisté sur une liturgie quelconque, donc les funérailles se sont déroulées dans la synsagogue sous « l'autorité » d'un pasteur méthodiste qui a prononcé des prières chrétiennes au début et à la fin de l'office, tout en remerciant à plusieurs reprises les responsables de la synagogue d'avoir permis à la famille de la défunte de se servir du tabernacle pour les funérailles, en insistant sur le sens du mot « Sholom » ou shalom, pour souligner la paix de l'âme à la mort, etc. Un ami juif a porté son kippa, mais en fait c'était une cérémonie chrétienne et de facto écuménique.
Posted by: Édouard | janvier 25, 2004 10:31 AM
Cela fait plaisir de lire cela. Vraiment.
Un bel exemple d'ouverture religieuse.
Posted by: Pierre CARION | janvier 25, 2004 02:29 PM