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En direct de l'Empire vacher

L’Empire vacher — j’adore cette nomenclature que je n'ai jamais lue qu'employée chez Vox Latina.

On a été invité à dîner par l’oncle du copain, monseigneur catholique qui habite un presbytère pas très loin de chez nous. Il vient de rentrer d’Amérique centrale où il a visité plusieurs communautés catholiques au Guatémala, au Salvador et au Costa Rica (il travaille pour la Société pour la propagation de la foi) — il nous parlait du prix du café brut qui, ayant énormément baissé depuis 1990, a appauvri toute la population paysanne et indienne de ces pays. Faute de travail agricole rentable, les jeunes paysans s’entassent dans les taudis de banlieue qui encerclent les capitales et deviennent membres de bandes de délinquants tout tatoués au front. Il y a plein de boutiques spécialisées dans l’enlèvement de tatouages — une industrie en plein essor. Les ambassades américaines là-bas sont toutes entourées de hauts murs de béton et de soldats armés — quelques-uns des ennuis subis par l'Empire même dans son aire privilégié.

On est allé manger dans un resto italien de la rue Bleecker — l'endroit avait l’air à premier abord d’être tout à fait touristique, mais j’étais surpris de le découvrir plein de gens du quartier qui y mangeaient seuls ou en couples. Un plat de poulet cacciatore et une carafe de vin blanc italien très sec (mais je n'ai pas bu toute la carafe, voyons) m'a fait taire. Le copain et lui ont beaucoup discuté d’un frère/oncle à eux qui est mort assez jeune chez la mère/grand-mère en Californie, tout à fait alcoolique et bien probablement homo. « Mais enfin personne ne s’est rendu compte qu’il était gay, ton frère ? » lui a-t-il demandé le copain. « Ben non » son oncle lui a répondu avec un haussement d’épaules. « On ne parlait absolument pas de ce genre de choses. Cela ne nous serait jamais passé à l’esprit de le demander. » (Voilà le côté un peu Eugene O'Neill de sa famille).

Aujourd’hui je me suis fait couper les cheveux par le beau copain berlinois de l’ami galeriste — je lui ai porté bonheur, je crois. Son portable a sonné pendant qu’il me rasait la nuque (sensation aussi délicieuse qu’un massage à mon avis) — une amie styliste de Berlin l’a choisi pour coiffer et maquiller les mannequins lors d’une séance-photo de mode à Ibiza dans deux semaines — fauché parce qu’il veut se faire couturier et parce qu’il dépense donc tout ce qu’il gagne pour faire ses créations de mode féminine, il était super ravi d’avoir ce boulot qui lui paiera au moins € 550 par jour pour plusieurs jours, plus le voyage aller-retour. J'étais content de l’entendre répéter à son interlocutrice « Ich freue mich. Ja, das ist super etc ». Et comme il est très beau gars, c’est encore plus agréable de le voir si heureux.

En rentrant j’ai acheté un guide Access de Londres (on compte y passer une semaine à la fin de ce mois, si Ashcroft le veut) — j’aime beaucoup les guides Access dans lesquels on explore rue par rue une ville. On s’en est servi d’autres pour nous promener dans Rome, Venise et Florence il y a quelques années. Dans le guide Paris, on peut suivre par exemple la rue du Faubourg-St-Honoré et la rue St-Honoré avec des renseignements intéressants sur l’histoire et les spécialités des boutiques, des restaurants, et des hôtels qui les longent. J’ai offert celui de Manhattan à nos amis qui viennent d’acheter un appartement dans l’Upper East Side — un tout petit peu périmé (surtout pour les restaurants), mais utile quand même.

On a eu le plaisir d’une journée « tropicale » avant que le froid ne revienne — malgré les températures de nouveau glaciales on va ce soir à un vernissage dans la galerie d’un ami.

Pour le reste, le chef de la CIA nie avoir exagéré les renseignements fournis aux Bushistes, qui essayent un peu partout de se défendre de toutes sortes d’accusations (ha !) d’avoir menti sur les raisons de la guerre en Irak. Et on continue à parler beaucoup de la « carrière militaire » de Bush, par exemple ici et ici. Tant pis pour lui, il n’aurait pas dû vouloir se faire passer pour un grand héros.