À la recherche de son « loup intérieur » et autres considérations sur la vie quotidienne
Le bruit incessant d’un vent de l’ouest qui assaillait les arbres m’a réveillé à cinq heures ce matin. Je m’étais couché à une heure, ayant regardé une émission de la Discovery Channel sur les origines des chiens « The Wolf Within »— Betty avait trop chaud et n’a pas voulu rester auprès de nous sur le lit, ce que je trouve assez vexant pour l’animal censé être le meilleur ami des hommes. Mais elle est souvent très égoïste, la Betty, et caractérielle aussi. Il faut la soudoyer avec des friandises pour qu’elle accepte de jouer son rôle d’animal de compagnie dûment reconnaissant en se mettant entre nous le temps d’avaler les morceaux qu’on lui offre. Tout ceci en guise d’explication de pourquoi je me sens crevé aujourd’hui.
Le dîner s’est bien passé. (Voici une photo du potage au début —on le cuit pendant une demi-heure avant d’en faire une purée à laquelle on ajoutera deux tasses de « bon lait » — mais chai pas ce que c’est, le bon lait).
J'y ai mis trop de pommes de terre, je crois, et le cresson n'était pas extra, non plus — c'est l'hiver, quoi !
L’ambassadeur suit un cours de chimiothérapie pour un cancer du sein qui lui est revenu mais elle est forte et courageuse et ne se plaint de rien. Son mari et elle ont un chien — un terrier gallois qui a 19 ans et qui s’appelle Griffith — qui, sourd et presque aveugle, ne peut plus monter l’escalier chez eux. Donc ils le portent dans leurs bras — il dort avec eux aussi, dans le grand lit « extra grand » (on dit « king-size » en angliche) — à cet aveu inattendu l’amie écrivain, qui a toujours dormi seule, dans une chambre à part même quand elle était mariée, a frémi d’horreur. On a bien sûr, inévitablement parlé politique — l’ambassadeur, qui a travaillé, comme son mari, dans le Département d’État pour de longues années, connaît Colin Powell, qu’elle aime bien, et le premier George Bush, qu’elle a trouvé charmant — mais elle votera démocrate. L’amie écrivain n’a jamais été favorable à Dean — elle trouve Kerry tout à fait présidentiel — « il a une de ces têtes d’Américains du 19e siècle ». Tout le monde reconnaît que Dean a bien fait pour activer un parti politique désaxé depuis les attentats du World Trade Center. Sa défaite probable dans les primaires à venir sera néanmoins honorable.
Je ne supporte pas de regarder ou d’écouter Bush, donc je n’ai pas regardé l’interview qu’il a donnée ce matin au journaliste Tim Russert. Un tour rapide des carnets politiques m’a laissé croire qu’il n’a pas été brillant. Tant mieux.
Le copain est rentré à New-York à onze heures — il a quelques rendez-vous avec des clients demain matin, ce qui est bien, et il voulait avoir du temps pour se préparer. Moi je reste ici à la campagne où je vais essayer de débuter quelques projets que j’ai laissé traîner ici et là. Il fait péniblement froid, toujours avec un vent fort et glacial du nord-ouest. Quelqu’un vient de frapper à la porte pour me signaler que le pneu arrière gauche de ma voiture était dégonflé. Je venais de rentrer d’un petit jogging de 30 minutes (je suis énorme, il faut que je perde des kilos). Un peu surpris de cette sollicitude villageoise de la part de quelqu’un que je ne connaissais absolument pas, j’ai tout de même remis mon manteau pour aller voir — heureusement il a exagéré. Ouais, le pneu est un peu plat, mais certainement pas tout à fait, il m’a fait peur pour rien, ce Samaritain malin.