Ce soir il neige en enfer
Le titre de ce billet est dérivée de la phrase formule qui commence : « It’ll be a cold day in hell when … » et qui termine avec une improbabilité, telle, par exemple, « when George Bush voluntarily tells the truth about anything. » Voilà. Le dessinateur de bandes dessinées politiques et carnetier Tom Tomorrow a intitulé un billet récent : Apparently it is snowing in hell today. C’est parce que le présentateur droitiste du Fox (Faux) News Bill O’Reilly s’est déclaré « sceptique » des informations fournies par l’administration Bush sur les capacités militaires de l’Irak à l'émission Good Morning America de ce matin.
Le dossier militaire peu clair du « résident » à la Maison blanche George Bush est encore (et finalement) à la une des journaux télévisés des grandes chaînes nationales — les carnetiers démocrates s’en réjouissent. Le porte-parole de la Maison blanche a été assailli par des questions « inconvenantes » et « tranchantes » lors d’une conférence de presse aujourd’hui.
Actualités troublantes et curieuses : les autorités judiciaires fédérales dans l’état d’Iowa avaient assigné quatre personnes et les responsables d’une université à apparaître devant un tribunal pour activités qu’on n’avait tout de même pas spécifiées contre la guerre en Irak. Suite à une tornade de protestations de partout (mais surtout du sénateur de l’état Tom Harken), toutes les assignations ont été retirées avec des assurances qu’on ne cherchait pas (tu parles) à inhiber des protestations légales.
Personnellement je reste indécis sur l’interdiction du port « ostensible » de signes religieux à l’école publique. On commence à en parler ici, mais d’une façon un peu distante. C’est dommage pour les Sikhs, qui ne font du mal à personne, je crois. À New-York il y en a beaucoup qui travaillent comme chauffeurs de taxi. Et les kippas ne m’embêtent pas non plus. Pour les femmes voilées, pour moi ce sont les quelques filles d’origine arabe ou islamique qu’on voit dans les rues de Midtown, ou les femmes des Black Muslims, ou les religieuses en sari de la Mère Thérésa et elles ne me gênent pas. Et définir « ostensible » me semblerait un problème aussi — quand Madonna et Boy George se couvraient de toutes sortes de croix, ce n'était sûrement pas religieux, mais en seraient-ils exempts de cette prohibition ? Pour des raisons de mode tout à fait laïques ? Et si les filles islamiques portent des foulards Hermès à la Grace Kelly ? C'est la mode, ou pas ? À mon avis, tout cela va poser pas mal de problèmes très difficiles à résoudre.
Pourtant...l’année dernière le copain et moi nous sommes allés à Londres. À la douane anglaise il y avait une femme agente voilée qui a contrôlé nos passeports. Nous nous sommes présentés à deux devant elle — elle ne souriait pas, c’est sûr. Je ne me rappelle plus si c’était le copain qui a dit le premier qu’on voyageait ensemble. Elle nous a ensuite demandé quelle était la nature de nos rapports (relationship). « We're domestic partners » le copain lui a répondu sans gêne aucune. Elle n’a pas changé d’expression mais elle a vite fermé nos passeports pour nous les remettre tout de suite. Ce n’était pas agréable — j’avais l’impression de la choquer ou plutôt de la dégoûter à cause de notre sexualité, prohibée par sa religion « ostensible », mais je savais aussi qu’elle n’avait aucun droit de nous empêcher d’entrer — et elle le savait aussi. C’est un peu, je suppose, comme s’il fallait passer un contrôle frontalier pour aller au Utah, avec tous ces Mormons désapprobateurs. C’est un peu pareil en Israël, où j’ai dû aller plusieurs fois pour les affaires — à l’aéroport Ben-Gurion, où l’on portait pas mal de kippas, on me regardait toujours d’une façon assez suspecte parce que, je crois, je n’étais pas juif (et aussi parce que je venais de Milan). On me mettait chaque fois pour quelques minutes dans une petite salle vide sans mon passeport avant de me laisser passer à l'extérieur. Mais là, à vrai dire, ils avaient des raisons à être soupçonneux. Et j’ai aussi eu des histoires idiotes à l’aéroport de Kennedy, où une fois j’ai dû demander une pièce de monnaie à un agent du FBI pour faire un coup de téléphone aux parents qui m’attendaient déjà à Atlanta.
Comments
ces histoires de voiles commentcent à être pénibles ici ... le débat n'est pas à la hauteur des enjeux : réalité de l'immigration, enjeux, ouverture de la société, intégration.
j'en parlais hier soir avec une amie de Reston Va, elle a grandi à NY, et ne comprends pas bien ce qui se passe en France. j'avoue que l'histoire de la laïcité fut difficile à expliquer sans passer pour un bolchevique !
Posted by: wam | février 12, 2004 03:35 AM