Beau comme un dieu grec (en plâtre)
C’est le copain qui a suggéré hier qu’on devrait aller faire un tour dans la ville de Norwich, qui se trouve à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de chez nous. On a décidé de prendre les petites routes de campagne au lieu de l’autoroute — ce n’est pas, il faut avouer, la belle saison pour une promenade en voiture à travers les forêts d’arbres sans feuilles — les arbres ici sont presque tous à feuilles caduques, donc il n’en reste, en hiver, que branches et troncs gris et irréguliers et finalement assez sinistres. On passait des marécages gelés et des champs de maïs nivelés. On a aussi passé le parking des employés du casino Foxwoods, l’employeur le plus important dans cette partie de l’état de Connecticut.
Le Doryphore (merci, Alexandre), qui a l'air de demander une boisson dans un bar gay — (il faut lutter carrément contre le bon goût dont on nous accuse !)
Aristogeiton et Harmodius, les amants pédés et tyrannicides (mais on ne parle que peu du premier trait, bien sûr)
La ville de Norwich présente au visiteur le triste exemple d’un urbanisme égaré — autrefois riche à cause de ses usines, de son industrie textile, elle est maintenant une ville oubliée, perdue dans sa vallée au bord du fleuve. Le centre ville n’a plus de boutiques ni de magasins — ces locaux sont occupés aujourd’hui par des organisations communautaires contre l’abus des drogues, etc. L'ancien cinéma présente des soirées de musiciens locaux — on passe les films dans les multiplexes des centres commerciaux situés en dehors de la ville. Dans le quartier des anciens patrons on voit de grandes et belles maisons « à l’italienne » construites à la fin du 19e siècle pour la haute bourgeoisie norwichienne. C’est bien de cette époque que date le musée Slater qui fait partie de la Norwich Free Academy.
Le musée Slater à Norwich
Représentation sculpturale d'une scène domestique fréquente — « Non, c'est moi qui veux le plateau-repas coq au vin minceur ce soir ! »
Dès son début le musée a collectionné des statues en plâtre, copies de grandes œuvres de l’antiquité grecque et romaine et de la renaissance italienne. C’est curieux d’entrer dans une grande salle à plafond haut pleine d’œuvres d’art qu’on connaît déjà, ayant vu les originales à Londres au British Museum, à Paris au Louvre, à Athènes et ailleurs. Heureusement qu’elle me plaît énormément, la sculpture classique — je pourrais m’installer dans ces salles sans aucun problème.
Celui-là, il a l'air de faire un peu de muscu, tu crois pas ?
C'est la lumière surtout qui m'a plu
De retour dans notre village on est allé dîner chez des amis. Il y avait dix personnes au total autour de la longue table de réfectoire. Moi j’étais placé à côté d’une femme qui s’est tout récemment installée avec son mari dans le village, dans une grande et belle maison néo-classique qui donne sur le parc central. Malheureusement elle était originaire de l’état exécrable du New-Jersey , ce qui expliquait suffisamment pour moi son côté vulgaire. J’ai fait un effort de ne pas être désagréable mais je n’ai pas envie de la revoir, ni son mari, qui m’avait demandé ce qu’il devrait faire pour vendre une sérigraphie quelconque qu’il n’aimait pas. « Allez voir sur eBay » je lui ai répondu. J’ai appris il y a longtemps que ce n’est pas la peine de gaspiller son temps en leur offrant une opinion instruite puisqu’ils n’écoutent rien de toute façon.
Dans le rayon des congelés et des plateaux-repas du supermarché près de chez nous à la campagne
Comments
la francisation des mots étrangers, ça rend assez confus. je me trompe toujours ! par contre, je sais que le "doryphoros" de polyclète s'appelle "doryphore" en français (je l'ai enseigné à mes élèves il y a deux semaines !).
aussi, merci pour le regard neuf sur la sculpture classique (qui aura le plateau-repas coq au vin ?), dorénavant, je regarderai toujours les deux lutteurs avec un petit sourire. :>
Posted by: alexandre | février 15, 2004 06:00 PM