Le hasard carnetier
Depuis l'enfance j’adore les cartes et j’apprécie beaucoup la nouvelle carte de la carnetosphère francophone que j’ai trouvée chez mediaTIC. J’attends avec impatience la prochaine mise à jour (qui se fera toutes les 24 heures selon son créateur Benoit Fries, à qui j’offre mes sincères félicitations. Une petite question : à quand l’interactivité des points colorés ? ) Je suis passé ensuite, je ne sais pas trop pourquoi, au site similaire de brainoff, par où j’ai découvert par hasard deux carnets — l’un, en espagnol et destiné aux informaticiens purs et durs, parle pourtant de la politique et de l’élection dans son pays dans un beau billet titré « Una victoria amarga ». J’en étais fort impressionné. Ensuite j’ai cliqué sur un point rouge qui est apparu au centre du continent nord-américain. Encore un carnet inconnu au nom de Dru Blood ! Dans un billet intitulé Fear Mongering and « Winning » la carnetière d’Austin (oui, cet îlot texan de la raison, et c’est là où habite aussi la très-marrante PasFolle, je crois) déplore l’hypocrisie de beaucoup de nos compatriotes qui déclarent tout bêtement: on est avec nous ou contre nous. Je cite Mme Blood !: « What. Utter. Bullshit. » Ben, il faut avouer qu'elle est concise, la Blood. Et en plus elle a raison (à mon avis, bien sûr.) C’est curieux ce qu’on trouve quelquefois par hasard.
La carnetosphère politique américaine de droite est tout à fait enragée (merci Tom Tomorrow pour le lien) des résultats du vote en Espagne. Avant dimanche, les Espagnols étaient salués comme des héros dans la guerre contre le terrorisme — et voilà, aujourd’hui on parle de lâches et de peureux, presque de traîtres. Ils usurpent même le terme favori pour les Français qu’on a changé (que voulez-vous, la mode ne s'arrête jamais !) en « gazpacho-eating surrender monkeys », lu dans un commentaire chez le carnet politique de droite (j’allais écrire « d’extrême droite » mais dans le contexte de la politique américaine actuelle ce ne serait pas vrai) Allah is in the House.Ce matin, dans une émission sur l’élection espagnole, le présentateur, un bon vieux libéral new-yorkais, a eu le culot de demander tout haut : Will the Spanish bolt from Iraq ? C’est le verbe « bolt » qui montre le parti pris du présentateur — cela signifie « quitter rapidement un endroit ou une situation particulière », avec un sous-entendu de lâcheté et d’irrésolution.
C’est peut-être dans l’air (malgré une température de printemps aujourd’hui) — même le sacré Atrios, qui ne se laisse pas décourager trop facilement, a remarqué ce matin dans ce billet titré « La fin du siècle américain » : You know, there are just some days when I survey the rhetorical landscape and find it hard to imagine that this whole grand nation isn't starting to come crashing down… Cette pensée me passe par la tête aussi, et plus fréquemment quand on entend ce qu’on raconte à la télé à propose de l’Espagne — on se rend vite compte qu’il n’est aucunement question, dans les médias américains, d’essayer de présenter les informations d’une façon équitable et vérifiée, mais de les présenter d’une manière qui convient tout à fait aux préjugés et malentendus préexistants des spectateurs. Car au fond ces chaînes ne sont là que pour faire consommer et pour gagner de l’argent en vendant des spots publicitaires, donc il vaut mieux ne pas froisser les gens en leur montrant une interprétation de l’actualité qui leur donnerait moins envie d’acheter les produits vendus dans les spots. Les informations proposées par CNN ou par MSNBC (ou, dans un autre format, par le New York Times) ne sont que des appâts prédigérés autour desquels on range les pubs lucratives.
À quand l'édition américaine du Guardian ????
Comments
savoureux
merci beaucoup
Posted by: zvezdo | mars 18, 2004 04:44 AM