Le retour de l'hiver
Mais c’est pas possible, il neige fort en ce moment — on s’y attendait pour l’après-midi et il n’est que onze heures et quart. Il faut que j’aille au gym (c’est le régime, et ça marche, mais bien lentement, once par once) et puis il faut acheter un cadeau d’anniversaire qu’on va offrir à un ami lors du dîner ce soir au restaurant Chanterelle à Tribeca. À l’avis du copain, que je partage, ce restaurant manque de simplicité et de naturel — tout y est trop compliqué, trop « m'as-tu-vu ». La cuisine est bonne, la carte des vins excellente, mais l’ambiance nous laisse plutôt froid. En plus, les gens y vont comme pour rendre un culte à la cuisine — on a l’impression d’être au milieu d’un temple culinaire, on ne parle qu’en tons dûment liturgiques, il n’y a pas de gaieté, pas d’imprévu, pas d’esprit. C'est lourd. Mais bon, nos amis, ils aiment ça. Ils ont réservé, à cause du mauvais temps, une chambre dans un hôtel du quartier, le Tribeca Grand, où je ne suis jamais allé et où on accepte les chiens (« avec plaisir » selon le concierge avec qui on a parlé hier), parce que nos amis ont une terrier de Norfolk, mignonne, petite et agressive qu’ils ne peuvent pas laisser seule dans la maison de banlieue au Connecticut. Donc, la princesse canine passera la nuit à Manhattan dans un hôtel de luxe. Tant mieux pour elle !
Demain c’est le tour du copain de préparer un dîner pour la Saint-Patrick pour six invités qui viennent chez nous, occasion tout à fait extraordinaire puisque c’est la première fois qu’on essaie de faire un dîner dans notre taudis (et je n'exagère pas). Je lui ai suggéré de préparer un ragoût irlandais en l’honneur de la fête du saint irlandais. Voilà la recette qu’il a choisie. C’est fait avec de la Guinness (site plutôt ridicule).
La Saint-Patrick, c’est la fête la plus redoutée de toute l'année des habitants de Manhattan — c’est l’invasion des banlieusards qui gueulent, boivent et vomissent partout. La Saint-Patrick, c’est un jour férié pour toutes les écoles catholiques de la région, dont beaucoup des écoliers défilent dans la grande marche de la Saint-Patrick dans la 5e avenue, cette marche qui continue tout bêtement à défendre aux gays de défiler sous une bannière propre à eux. Chaque année il y a des arrestations de militants du groupe ILGO (Irish Lesbian and Gay Organization) et les files d'agents de police qui encerclent la cathédrale de St-Patrick pour empêcher les militants de « prendre d’assaut » ce sanctuaire réactionnaire. Le Village, notre quartier, sera ensuite envahi par des masses de jeunes (dont certains sont, je l’avoue, pas mal, surtout si on apprécie, comme moi, le genre voyou de banlieue musclé qui deviendra bientôt pompier ou flic comme son père ou son oncle). Mais en général nous, les autochtones, préférons rester chez nous la nuit de la Saint-Patrick.
Comments
La soirée que tu décris me rappelle les soirées "beaujolais nouveau" dans nos villes (surtout étudiantes). Ça afflue, ça crie, ça boit, ça chante, et puis invariablement ça vomit ! ;)
Bonne soirée!
Posted by: aqb | mars 17, 2004 12:13 PM