L'après-Pâques
Dans la salle à manger minuscule où je tape ce billet je peux entendre le sifflement du radiateur (hé oui, il fait toujours frais, il pleut, le printemps nous boude) et le bruit de voix et de rires d’un groupe de jeunes, des filles pour la plupart, qui prennent des photos de l’escalier du « brownstone » où se trouvait l’appartement de la célèbre Carrie Bradshaw. J’écoute aussi la radio publique, où les infos nous tiennent en haleine sur ce qui se passe en Irak. Bush donne une conférence de presse demain soir — des otages chinois ont été relâchés, bien heureusement. Le sort des trois Japonais et du routier américain du Mississippi reste inconnu.
Notre déjeuner de Pâques était agréable. Notre hôte n’est pas douée pour la cuisine, elle est avocate, trop intellectuelle, je crois et tout cuisinier véritable est plutôt sensuel (comme l’amie écrivain, qui était là). On a commencé avec du faisan fumé avec une petite salade. Il y avait de l’agneau farci pour le plat principal avec des haricots verts et du riz sauvage, ensuite un plateau de fromages, et plusieurs — même trop de — desserts, dont une tarte aux poires, un gâteau inconnu avec des fraises en dessus, des macarons, des pâtes de fruits et des bâtonnets de chocolat — j’avais apporté ces trois derniers de Paris. On a bu pas mal, naturellement, et on a parlé politique. Un des invités est le maire de notre village et il vient d’annoncer sa candidature pour un siège au Sénat de l’état de notre région. C’est le prochain niveau à atteindre. Il est gay, son partenaire est prof d’école (énormément populaire chez les parents de ses élèves), et il nous a raconté comment un de ses amis républicains, un bel ouvrier du bâtiment très hétéro, lui a promis de l’accompagner dans des circonscriptions « difficiles » pour faire preuve de son appui. Une ancienne adversaire républicaine lui a aussi offert de donner une réception chez elle pour ses amis républicains, ce qui est assez remarquable aussi. Le copain et moi, on lui a donné un peu d’argent pour financer sa campagne — il lui faut, selon les experts, environ 70.000 $ pour se présenter. L’amie écrivain a promis de donner une garden-party (elle a un des plus beaux jardins du village et comme elle est très difficile dans ses fréquentations, c’est un peu un jardin caché entouré d’un mur et donc même plus attirant pour le public).
Nous sommes rentrés à Manhattan vers 22h45 — il y avait beaucoup de circulation sur l'I-95, ce qui est toujours le cas des fins de week-ends. C'est une sale route de toute façon.
Un peu de gym cet après-midi. Je suis de mauvaise humeur. Le père du copain s’est fâché avec sa femme — ils ne se parlent plus (ça leur arrive de temps en temps) — et quand le copain leur a invité à dîner chez nous, le père a insisté à ce qu’il téléphone de nouveau à sa belle-mère. C’est bien commode, non ? Je m’amuse à jouer avec Betty, pour qui je cache des friandises dans les draps de notre lit — elle est destructrice, elle jette les oreillers par terre, elle fouine sous la couette, elle met son nez froid partout.
Comments
Je viens de lire la note du 6 août 2001, traduite en français. Un détail me frappe: le style rédactionnel, plus proche d'un article de presse que d'une note de service. Je suis assez perplexe. Sur un autre registre, je viens d'apprendre par mon fils que son institutrice avait fait observer aux élèves de sa classe trois minutes de silence en mémoire des trois mille victimes des attentats du 11/09/01. Je l'ignorais, mais je l'approuve. Il s'est passé en Europe un fait intéressant: le gouvernement d'Aznar a perdu les élections en partie parce qu'il a triché sur ce qui s'est passé après les attentats de Madrid. Aux States, vous vous interrogez sur ce qui s'est passé avant les attentats. Dans les deux cas, l'obligation de rendre compte est perçue par les opinions publiques comme une nécessité vitale. Aux states, le gouvernement a adopté une défense du type gvt denies knowledge. Mais il l'a déjà fait dans d'autres affaires si bien qu'on a l'impression, vu d'Europe, que l'administration américaine n'est jamais au courant de rien... La dessus, éclate en Irak une série d'émeutes, qualifiée de "semaine difficile", alors que personne ne sait comment et quand cela va se terminer. J'ai l'impression que les Etats Unis d'Amériques sont gouvernés par des amateurs. Cela n'est pas compatible avec la gravité des défis que ce pays a accepté de relever. C'est la source d'une certaine inquiétude.
Posted by: Tschok | avril 13, 2004 10:28 AM