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Des fleurs et des guerres

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Les orchidées à une pépinière locale

Ce premier jour de mai, au lieu de célébrer la fête des ouvriers comme beaucoup de monde ou danser autour d'un arbre de mai comme le reste du monde, on est allé, le copain et moi, tout simplement acheter des plantes pour mettre dans le jardin. On s’est peu occupé de notre jardinet cet hiver, qui est resté dans un état lamentable, et qui a souffert en plus des déprédations des ouvriers qui travaillaient sur la maison voisine mais à partir d’un échafaudage monté parmi nos roses et nos ifs, qu’ils n’ont pas choyés. Bon, on est donc allé à une pépinière locale pour trouver de quoi embellir nos parterres désolés.

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Les arbustes

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Les étaux de roses et de plantes

Je me demande si je souffre peut-être de cette maladie nouvelle qui s’appelle en anglais « outrage fatigue », maladie décrite par le carnetier et journaliste David Neiwert dans son carnet Orcinus, dont voici une citation :

It seems that, as we count down to the 2004 election, the Bush administration is almost counting on outrage fatigue: Erecting one insane policy after another in such an endless stream that, after awhile, the citizens aware enough to be outraged by it all simply can't keep up.

J’ai aussi l’impression que la plupart des gens qui n’habitent pas aux États-Unis ne comprennent pas en fait combien il est difficile et fatigant d’avoir à se défendre contre une droite scandaleusement éhontée et la désapprobation de plus en plus bruyante et dédaigneuse de nos amis internationaux, en particulier européens. Moi je fais partie de ceux, assez nombreux en fait, qui ont manifesté contre cette guerre illégale en Irak. Je l’ai condamnée dans les soirées et dans les dîners, c’est-à-dire en public. On n’a pas eu d’élection ici depuis le début de la guerre donc cela ne m’a pas été possible de voter contre les partisans de cette intervention militaire injustifiée. Mais en dépit de tous nos efforts pour l’arrêter, cette guerre a eu lieu, grâce à Bush et à ses amis néocons et grâce aussi à Tony Blair, qui a, lui, permis à Bush de clamer que cette intervention avait réussi à comprendre un élément international crédible. Une fois l’armée engagée, c’était difficile pour le pays, toujours atteint d’un patriotisme des plus primaires, de ne pas appuyer nos « boys » qui se trouvaient alors, dans cette phrase si odieuse car si mielleuse, « dans le chemin du danger » — « in harm’s way » dans l’original. La droite accusait les opposants de la guerre (elle le fait toujours) de désirer la mort de nos soldats afin de déranger l’unité politique et morale du pays. On répondait qu’on voulait bien supporter nos troupes, mais on n’en voulait rien de cette guerre opportuniste — distinction difficile à capter par beaucoup d’Américains, qui préfèrent la simplicité bushiste du bien contre le mal.

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Les impatiens

On ne savait vraiment pas au début, ni la droite, ni l’administration, ni la gauche, comment la situation en Irak allait se développer — les erreurs de jugement graves se sont révélées plus tard, la remise au pouvoir de Chalabi en étant une des plus évidentes. L’absence de sécurité dans les villes occupées a causé d’énormes ennuis pour la population irakienne et aussi pour les occupants, qui auraient pourtant dû s’y attendre. Tant d’erreurs inutiles avec tant de conséquences mal devinées.

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Les étaux de pensées

Et maintenant ? Deux carnetiers que je respecte énormément, Laurent d’Embruns et Mohsan de Je Blog, me disent tout nettement (dans les commentaires de mon billet du 30 avril) qu’il faut que l’armée américaine quitte le pays tout de suite. Ils ont peut-être raison. Tout le monde savait, la droite aussi bien que la gauche, que si l’on y allait et que cela tournait mal, il serait à nous de réparer le gâchis. C’est cela que veut dire la phrase « You broke it, you bought it » qu’on applique au cas de l’Irak. Les Américains comme moi qui avons opposé la guerre, nous avons quand même l’idée, peut-être bien naïve, qu’on ne peut pas, du moins moralement, quitter l'Irak en le laissant dans une anarchie encore plus destructrice que l’occupation. On ne propose pas cette idée par paresse intellectuelle ou par un désir secret de prolonger notre séjour impérialiste somme toute fort déagréable, mais en réfléchissant à ce qui se passerait chez les Kurdes, par exemple, une fois les Américains partis. On déclare indépendante la région kurde au nord de l’Irak. Les Turcs l’attaquent immédiatement. Ce sera du beau. À ne pas parler d’extrémistes sunni ou shi’a ou autres qui seraient contents de profiter de la confusion pour s’établir en de petites principautés personnelles. Alors, doit-on vraiment abandonner les Irakiens à ces possibles conclusions violentes d'un seul coup ?

C’est pourquoi on espère, chez les Américains qui n’ont jamais voulu envahir l’Irak, que l’ONU trouvera un moyen de reprendre la situation en main pour pouvoir donner aux Irakiens le sentiment et la réalité de se gouverner sans pour autant que le pays sombre plus dans l’anarchie et la guerre. Est-ce la seule solution raisonnable ? J’en doute fort. Offrez-nous-en d’autres.

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Le copain adore cette plante aux fleurs bleues, le plumbago, qui pousse facilement en Californie mais on verra ça au Connecticut !

Non, chez nous, les nouvelles ne sont pas très bonnes depuis un temps (les commentaires en disent beaucoup de la disposition actuelle de beaucoup d'Américains) — tout le monde attend les élections en novembre mais là aussi on n’est pas sûr de remporter le succès tant espéré par tant de gens. On regarde les photos des prisonniers irakiens humiliés et l’on reconnaît ceux qui l’ont fait — je les vois au gym, dans les voitures de police, dans les banques d’investissement, dans l’armée — le côté voyou, empiré par le pouvoir. On n’a qu’à lire les commentaires chez Free Republic pour en voir d’autres beaux exemples.

Il est possible que les États-Unis se trouvent vraiment à un tournant historique qui marquerait le début de la fin de l’empire. On en parle souvent. Et qu’est-ce qui va lui prendre sa place perdue ? La Chine ? L’Europe ? Une autre entité encore inconnue ?

Les commentaires seront les bienvenus.

Comments

flower power ...
Où est-il perdu ?

a raw war ...
Elle est bien en chair et elle bat son plein au son des violons des fous de la croix.

C'est tout de meme bien lamentable d'en arriver a retourner sa veste, d'est-a-dire accepter l'idee de l'occupation de l'Iraq a cause du fait qu'elle est une catastrophe pour tout le monde! Il y a plein de gens qui pensent que lorsque l'on voit une "conspiracy theory" de la part des Bushistes, on est naif, mais il faut bien avouer que, "based on results" comme on dit, le resultat est la: nous, qui voulions la paix, sommes d'accord maintenant pour la continuation de l'occupation, mais dans d'autres conditions, cette fois si avec une coalition veritable. Les Bushistes auront ainsi reussi a mouiller tout le monde, meme ceux qui ne pensaient jamais participer de quelque maniere que ce soit. On s'est tous fait avoir! C'est pas malin. Ah, mais comment changer de direction?

Pour mon opinion, la moins mauvaise solution est que les Américains partent et soient remplacés par des casques bleus, notamment des pays arabes. Et que tout soit fait pour mener aux conditions de la tenue d'élections dans les meilleurs délais. Il faut aussi rapidement un "plan Marshall" international en faveur de l'Irak, car la misère et le chaos sont les mamelles du terrorisme.

Oui, je suis d'accord avec Laurent — la solution la moins mauvaise serait d'internationaliser l'occupation en laissant partir la plupart des Américains. On trichera un peu, je crois, sur le commandement des troupes et tout et tout — M. Kerry ne peut pas, par exemple, demander à ce que les troupes américaines soient sous la direction d'un étranger — s'il le fait, il perd toute possibilité d'être élu, on aura Bush et ses partenaires pour quatre ans de plus. Donc, on pourrait faire un truc OTAN, par exemple — assez flou pour ne pas permettre aux droitistes de dire que les partisans de Kerry aient vendu les États-Unis et surtout nos boys aux vilains étrangers. Et pour un plan du type Marshall pour le Proche-Orient, je suis d'accord en plus.