Ça dort peu à la campagne
Le copain insiste que je reste ici à la campagne pour surveiller le commencement des travaux de restauration du porche. Je lui ai dit que je ne serais pas du tout content si je le découvrais en train de donner des câlins à un gros poilu moustachu du gym (il a des goûts des années 70 qui me consternent toujours) et il m’a assuré que non et qu’il a passé la plupart de sa journée dans la compagnie d’une bonne sœur responsable pour toute l’informatique dans les bureaux de l’Archidiocèse de New-York — donc, selon lui, il est presque saint.
La livraison de bois traité s’est effectuée ce matin à 6h30 — que ces campagnards se lèvent tôt, c’est tuant ! En plus, le type a posé les paquets de longues planches d’acajou dans la voie privée qui appartient à nos voisins au lieu de les mettre dans la nôtre qui se trouve à quelques pas plus loin du camion. Je me suis excusé auprès de nos voisins, qui sont très sympas et qui s’en moquaient, puisqu’ils garent leur voiture (une grande Lexus VTT) dans la rue et non pas dans la voie privée qui est de toute façon trop étroite. En principe on recommence demain matin et puis je m’en irai à New-York, où le copain prépare un dîner pour un autre couple homo qui quitte Manhattan pour s’installer en Colombie britannique, dans la capitale de la province, Victoria, et non pas à Vancouver. Le copain a grand envie de savoir comment ils ont fait pour obtenir des documents canadiens (ils ont déjà acheté un appartement là-bas). Il insiste sur ce qu’on cherche un endroit où partir au cas de la nouvelle désignation de Bush comme président — moi je voudrais bien considérer le Nouveau-Brunswick ou la Nouvelle-Écosse, mais lui s’intéresse plutôt à l’Europe.
De toute façon, il est difficile de se reposer tranquillement ici — j’ai hâte de retrouver notre lit matrimonial (ben, pas encore tout à fait matrimonial, mais bientôt, peut-être !) dans la chambre à coucher minuscule mais tranquille et délicieusement sombre où j’arrive (en général) à dormir à souhait. (Dommage que le copain refuse de me procurer chez son toubib charlatan des comprimés d’Ambien (distribué — en dépit du drapeau américain posé partout dans le site web — par une société pharmaceutique française Sanofi-Synthelabo, drogue divine, j’avoue, qui permet un sommeil profond et un réveil facile. Mais le copain a ses côtés puritains et il refuse d’être gentil et de m’en chercher quelques comprimés.)
Après une demi-heure de gémissements divers de la part de Betty qui me reprochait de l’ignorer, j’ai passé une heure à la plage avec elle tout en lisant le roman de M. Pellerin. Comme la bête (qui n’est pas aussi bête que ça en fait), je me couche tôt ce soir.