La schizophrénie de l'actualité
On va jouer aujourd’hui les deux côtés du désastre irakien.
D’abord, le ridicule. On le sait, il y a des malins partout qui s’appliqueront à n’importe quoi. Ici les paroles « lyriques » de Donald Rumsfeld mises en musique. Le site SFGate nous propose deux exemplaires, dont l’un est intitulé « The Unknown » ou « L’inconnu » et l’autre « The Situation » ou « La situation ». Encore une fois, j’hésite à me permettre une nouvelle excursion dans le territoire thématique de Kill Me Again, mais j’espère que, vu la qualité profondément éphémère des chansons que je propose, il ne m’en voudra pas trop.
L’autre côté, c’est le très très sérieux caractérisé par ce commentaire d’hier sur le site de The Agonist par un certain Stirling Newberry. Voici une courte citation de ce tract incendiaire sur la responsabilité américaine en Irak :
We went into Iraq, flush with greed for cheap oil and prosperity - which was predicted and promised. We went in flush with hopes of fat contracts for mercenaries and construction. We went in hoping to even decades old scores and extract debts contracted with a regime whose word is not worth the ink it signed contracts with. We accepted blood money, and hunted for blood money.
There are, at this moment, thousands of American young people dead or maimed from this war. There are dozens of journalists, politicians, businessmen, who have made fat profits from their death and dismemberment. Who racked statues on their shelves from the acclaim for acting as propagandists and dupes - simply because the public and elites wished to be duped. Almost all continue to be well paid, and in positions of authority and prestige. It is this, beyond all else, that indicates that America has become criminal to its very core. We do not indict those who have shoveled the flower of our youth into the furnace of Iraq - we do all but knight them.
Je n’ai pas regardé le discours de Bush hier soir mais tout le monde parle de comment et combien de fois il a mal prononcé le nom de la prison infâme d’Abou Ghraïb. Non, j’ai préféré regarder quelques scènes de « A Beautiful Mind » pour une raison curieuse. En fait, deux raisons. La première c’était qu’en zappant j’avais entendu un morceau de musique qui me semblait nettement supérieur (beauté, nouveauté, style) à la plupart de la musique de cinéma. Il y avait une jeune femme, très belle, qui courait dans le parc abandonné d’une énorme maison à la recherche de je ne savais pas quoi. Je me suis arrêté pour écouter la musique. Une petite recherche sur Google m’a montré que le compositeur était James Horner, qui avait aussi écrit la musique pour Titanic (aïe) et pour un nombre presque incroyable d’autres films (y compris Troie, Braveheart et Star Trek : The Wrath of Khan !)
J’ai continué à regarder le film pour une deuxième raison — Jennifer Connelly. Je ne la connaissais que de nom. Mais il est arrivé que, lors de notre récent séjour en Californie, je me naturellement suis offert un massage que je voulais spécialement californien. J’ai donc opté, parmi une sélection considérable, pour le massage cranio-sacral que je ne connaissais pas. Bon, une femme d’une cinquantaine d’années — peut-être plus — est venue frapper à la porte de notre cabine. Elle était habillée tout de noir. Elle a monté la table de massage devant la grande fenêtre et m’a demandé d’ôter ma chemise avant de m’allonger sur la table — ce que j’ai fait. Elle a commencé le massage en me disant que je pouvais parler ou dormir ou n’importe quoi. On a donc commencé à se parler, de rien et de tout. Elle n’était pas vraiment belle, mais elle était attrayante. C'était un peu comme au psy — je parlais en regardant le plafond. Je parlais de mon travail, du copain,elle parlait de son divorce, de New-York, où elle est née et qu’elle avait quitté pour s’installer à Big Sur il y a dix ans. On parlait tous les deux de notre quartier de Greenwich Village. « Ma fille habitait dans la 12e rue ouest pour des années mais elle vient d’acheter une maison à Brooklyn Heights. » « Qu’est-ce qu’elle fait, votre fille ? » « Oh, elle est actrice. » « Oh, ça doit être dur. » « Non, pas tellement. Elle a eu de la chance. » « Elle joue dans des pièces ? » « Non, dans des films seulement. » « Ah, bon — alors c’est curieux qu’elle n’habite pas Los-Angeles. » « Ouais, elle loue des maisons là-bas quand on tourne. » Une pause. J’ai repris la conversation. « Est-ce que j’aurais pu voir un de ses films ? » « Peut-être » m’a-t-elle répondu. « Vous avez vu A Beautiful Mind> ? » « C’est celui avec le type néo-zélandais ou australien Russell … euh… Crowe ? » « Oui, c’est ça. » « Ah bon, je crois que je l’ai vu dans l'avion. J’ai pas tout regardé. Elle jouait quel rôle, votre fille ? » « La femme. » Une pause. « Ah, je vois. C’est excellent. » « Oui. Elle a gagné un Oscar. » « Vous avez été fière d’elle ? » « Ouais, mais j’étais déjà très fière d’elle. » Hier soir en regardant le film je suis allé apprendre sur Internat un peu plus sur l’actrice fille de ma masseuse et c’est exactement ce qu’elle m’avait raconté en me mettant les mains sur le dos et sur le creux des reins.
Comments
Bush et Rumsfeld auront bien mérité quelques chansons effectivement...
"You that never done nothin'
But build to destroy
You play with my world
Like it's your little toy
You put a gun in my hand
And you hide from my eyes
And you turn and run farther
When the fast bullets fly..."
Masters of war 1963
"Idiot wind, blowing every time you move your mouth,
Blowing down the backroads headin' south.
Idiot wind, blowing every time you move your teeth,
You're an idiot, babe.
It's a wonder that you still know how to breathe."
Idiot Wind 1975
Les deux étant de Bob Dylan.
Heureusement je n'ai pas le monopole des citations de chansons, tu peux continuer à abuser de ma thématique :-)
Posted by: Kill Me Sarah | mai 25, 2004 07:05 PM
Merci, KMS, et surtout pour les citations de Dylan. Ça fait trop longtemps que je ne l'ai pas écouté. Et c'est un des grands.
Posted by: Édouard | mai 26, 2004 08:53 AM