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Début de week-end

M’enfin, ça va un peu mieux aujourd’hui. Non, non, j'suis pas tout à fait guéri, loin de là, mais j'ai le nez qui coule moins abondamment et des accès de toux violente qui ne me saisissent plus qu’une fois toutes les deux heures. Ça m’énerve d’être malade et cette fois j’ai gaspillé une semaine quand il a fait un temps vraiment formidable — hé bé, tant pis pour moi. C’est le week-end, un des grands chez nous — la fête nationale, qui cette année tombe un dimanche — donc on aura le lundi férié, mais la marche patriotique suivie de la lecture publique de la Déclaration de l’Indépendance américaine (dans une belle traduction française dite de Thomas Jefferson, francophile hors pair) aura lieu le dimanche, à onze heures. C’est une marche pas très organisée, ouverte à qui veut faire un petit tour du village à pied en brandissant une petite bannière étoilée (pas du tout obligatoire, mais les enfants l’aiment bien). On y aura la participation d’un joueur de cornemuse, d’un batteur ambulant, et d’une grosse vache laitière retraitée qui s’appelle Norma Jean, qui est, comme certains d’entre vous s’en souviendront sûrement, peut-être grâce à Elton John, est le vrai nom de Marilyn Monroe. Mais bon, les parents du copain viennent aussi passer le week-end dans notre hameau, mais pas (heureusement) chez nous, chez des amis à eux qui ont une grande maison où l’on peut s’installer bien plus confortablement que chez nous. Et on aura des invités chez nous aussi — un jeune médecin en 3e année d’internat hospitalier (je ne sais pas comment ça marche ailleurs pour les médecins) et son copain, ami d’université du copain qui comme lui est venu s’installer à New-York après avoir eu son diplôme. Lui il a des ennuis avec l’immigration. D’origine bengalie et installé en Californie avec sa mère il y a au moins vingt ans, il n’a pourtant jamais eu ses papiers américains — c’est la faute de la mère ou de la bureaucratie, on ne sait plus — mais depuis le 11 septembre il est beaucoup plus difficile de se régulariser, surtout pour un jeune homme d’un teint assez basané, avec un nom arabe, et de religion (officiellement) musulmane. Cela semble s’arranger, mais bien lentement — on lui avait même proposé de rentrer « pour quelques semaines seulement » au Bangladesh pour se faire faire de nouveaux papiers là-bas mais il ne parle plus que quelques phrases de bengali et son avocat trouve que c’est plus sûr de rester sur place. Nous, ses amis, on le croit aussi.

Il faut que j’aille chercher le copain à la gare — on entend des roulements de tonnerre qui nous viennent de loin. La Betty s’est déjà jetée, folle de terreur, sous le lit de notre chambre — j’ai entendu ses coups de griffe sur le plancher en bois. Mais elle adore m'accompagner en voiture.