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On a tous droit à nos goûts de midinette, non ?

Hier il a plu toute la journée et à la fin j’ai eu envie d’aller au cinéma voir quelque chose de pas américain — heureusement que le cinéma Quad se trouve pas trop loin de chez nous. On y trouvera toujours quelque chose hors du commun. Je vois donc à l’affiche en ligne « À cause d’un garçon » qu’on passe à 18h20. Connais pas du tout, mais bon... Je regarde l'horloge dans la cuisine: il nous reste assez de temps pour donner à manger à Betty (qui s’ennuie, la pauvre, ces jours de pluie à New-York), de passer au distributeur pour en retirer quelques sous, et de nous rendre alors au cinéma. On sort tous les deux en shorts et mocassins bateau (mignon, non) sous nos parapluies différents (Dieu merci — cette tendance souvent inconsciente de s’habiller en jumeaux, c’est la vraie malédiction du couple gay, surtout quand on commence déjà à se ressembler physiquement — ma mère n’arrive plus à distinguer nos voix au téléphone !) Dans la salle on ne retrouve que trois autres spectateurs qui s’intéressent aux tribulations d'un coming-out en banlieue parisienne — ça ne va pas faire de la concurrence à Spiderman2, c’est clair. Bon, tous comptes faits, c’est pas extra comme film — ou plus proprement téléfilm. Le copain l’a appelé un « after-school special », ce genre de téléfilms maintenant disparus (grâce aux efforts de déréglementation de l’industrie télévisuelle de Reagan) dans lesquels on essayerait d’enseigner une morale très évidente et souvent débile aux jeunes téléspectateurs dans la tranche horaire de 16 à 17 heures. Ouais, ouais, d'accord, c’était pas grand-chose, en effet, et c’était bête combien le petit a été choqué — mais choqué ! — par quelques pédés habitués de bars au Marais et je pensais que des lycéens à seulement 40 km de Paris se seraient comportés avec plus de sophistication sur ce sujet sûrement un peu fatigué.

Pourtant… j’avoue que je suis, depuis hier, président du François Comar Fan-Club de New-York qu’on vient de constituer, le copain et moi. Le copain, lui, s’est promu Secrétaire général du même. On suivra sa carrière avec beaucoup d’intérêt. (Il faudrait l'encourager à parler anglais — il pourrait devenir le nouvel Antonio Banderas.)

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