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La naissance d'une vedette politique

On avait prévu des déluges toute la journée d’hier, mais en l’occurrence il n’a fait que bruiner avec de courtes périodes de pluie entrecoupées. Betty, qui, n'ayant pas de cabinet tout confort à sa disposition, n’apprécie pas le mauvais temps, n’a pas voulu quitter son coin de canapé, d’où elle regarde tout ce qui se passe dans la rue, de l’autre côté des stores vénitiens mi-ouverts (pour laisser passer un peu d’air dans ces salles non climatisées de l'appartement !)

Le stagiaire du copain est parti — le jeune diplômé aux goûts musicaux des plus effrayants par sa vétusté accablante (« But I love the Grateful Dead, they are soooo cooool, man ») a été engagé par une société anglaise d’immobilier où il va s’occuper d’un logiciel graphique quelconque — et l’appartement a l’air un peu vide, mais cela me va.

Je n’ai toujours pas mis à jour le logiciel MT du carnet (l’ami péruvien qui s’occupe tout gentiment de mes problèmes en « formatique » a dû s’en aller au Pérou à cause de la mort imprévue de son petit frère d’un cancer, donc j'attends son retour — et j’apprends par Padawan qu’on verra bientôt la sortie d’un logiciel MT tout nouveau, tout frais (bon, c'est possible que j'exagère un peu) — peut-être vaudrait-il mieux attendre ?), mais je vois avec intérêt combien de gens qui se débarrassent tout à fait de leurs commentaires, comme l’a fait Olivier de C’est chez nous. J’avais pourtant apprécié les commentaires qu'on trouvait là, et c’est dommage, à mon avis, de ne pas pouvoir lire des réactions aux billets intéressants d’Olivier. Mais avec le pourriel que je reçois tous les jours à présent (un certain Dan serait le nom d’un des délinquants les plus récents) je comprends un peu sa décision.

On est allé voir la belle-mère du copain hier soir, de retour de l’hôpital où elle s’est fait opérer pour enlever un nouveau cancer dans l’autre poumon le mercredi dernier (ça fait au total deux opérations chirurgicales en un mois — ouf !). Elle avait l’air assez bien, mais elle était un peu faible et beaucoup trop maigre. On a parlé politique, bien sûr — ils s’en iront chez nous à la campagne pendant la convention républicaine, tandis que le copain et moi, nous préférons rester dans le soi-disant ventre de la bête. On leur a dû expliquer que nous n’avons aucune envie de nous faire arrêter par la police — il faut penser à Betty surtout. En tout cas, la première manifestation se déroulera dimanche, avant le début de l’assemblée républicaine le lundi. Après, on verra. On n’a toujours pas désigné une zone de libre parole ici — sans doute ça va venir, aussi grotesque et anti-américain que celle de Boston.

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Barack Obama — la nouvelle vedette politique américaine, née hier soir à Boston

De retour à la maison, on a regardé la convention sur la chaîne publique (les grandes chaînes nationales ont décliné d’émettre la convention en live — il faut donc regarder la PBS ou la C-SPAN). Tandis que le discours de Dean était plutôt décevant, celui fait par Barack Obama a vraiment ravi les spectateurs dans la salle et ailleurs — avec son sourire énorme et accueillant, l’absence d’un accent stéréotypé ou rebutant (c’est-à-dire que M. Obama n’a rien d’un rappeur de ghetto qui ferait automatiquement peur à tant de blancs), sa façon de parler naturelle et sympathique, son humour (il s’est décrit comme « a skinny kid with a funny name »), c’est la grande vedette de la soirée. Les commentateurs à la télé, libéral et conservateur, l’ont tous les deux trouvé historique, ce discours de débutant. On n’a qu’à lire les commentaires envoyés aux billets d’Atrios (dévoilé — ou déculotté ? — il y a quelques jours et dont les photos sont publiées dans tous les carnets), de Dkos ou de Political Animal (où il y a une carnetière invitée) pour en déduire que le candidat au Sénat a réussi un coup important.

Si le discours de Mme Kerry n’était pas aussi enthousiasmant, je l’ai trouvé quand même pas mal. Se disant immigrée africaine, elle a commencé son discours en souhaitant la bienvenue aux citoyens américains d’origines hispanophone, francophone, italienne et lusophone (les Portugais et les Brésiliens, spécifiquement) dans leurs langues maternelles. En la regardant tout chic dans son tailleur rouge, je me suis souvenu des moments assez fréquents où elle est venue s’installer par terre dans les bureaux où je travaillais, à bavarder en prenant un café — elle a toujours refusé une chaise, en disant « Non, non, ne vous dérangez pas à cause de moi — j’attends seulement le prochain Metroliner pour Washington et j’ai besoin d’un endroit où je peux me reposer un peu avant d’aller à la gare. » Son mari est mort d’un accident d’hélicoptère un jour avant la mort de mon père dans un accident d’avion. Mon patron avait fait partie du cortège d’honneur au mariage de Mme Kerry avec son premier mari, le sénateur John Heinz, et c’est une raison pour laquelle, je crois, elle se sentait si à l’aise dans notre bureau. (Situé à l’angle de l’avenue Madison et de la 60e rue, en dessus de ce qui est devenu depuis la boutique Calvin Klein, le bureau était en plus bien commode par sa centralité.) Elle a ensuite épousé le sénateur Kerry.