Quand la logique manque
Bien qu’on habite, le copain et moi, un véritable taudis, notre quartier devient de plus en plus chic et l’actrice Gwyneth Paltrow, par exemple, a une petite maison à deux pas de chez nous où elle descend quand elle est à New-York. Des amis l’ont vue à plusieurs reprises dans la petite épicerie du coin, tenue par nos amis palestiniens . Hier soir il faisait tellement beau que le copain et moi nous avons décidé de faire un tour du quartier — c’est là, au coin de la 11e rue ouest, qu’on a remarqué ces deux paparazzi aux téléobjectifs fixés sur l’entrée chez Mlle Paltrow. Ce qui m’a le plus frappé c’était combien ils étaient laids tous les deux.
Deux photographes de proie dans la 11e rue ouest
On a fait la promenade vespérale au long de la 8e avenue au Chelsea, le centre du monde gay de New-York— tout le monde profitait du beau temps pour se promener aussi et le trottoir était bourré de gars musclés en débardeur, les cafés et les restaurants étaient pleins, on souriait, on draguait. On est allé chercher de la cuisine mexicaine authentique chez Kitchen où l’on a commandé des burritos au poulet à la Sanfranciscaine qu’on allait remporter manger chez nous.
On a rencontré un ami dans la 8e avenue qui nous a invités chez lui pour prendre un verre de rouge — voici une photo d'une partie du couloir dans son immeuble, typique d'un immeuble new-yorkais moyen bâti avant la IIe guerre mondiale
Ce matin j’ai dû passer chez l’ancienne clinique vétérinaire de Betty dans la rue Washington pour retrouver son dossier médical. Son ancien vétérinaire avait décidé de fermer boutique il y a un an, et l’on en avait trouvé un nouveau dans une clinique tout près de chez nous, donc commode — le nouveau véto a lui-même quitté la nouvelle clinique et j’ai donc, avec l’aide de la marchande de tableaux qui adore Betty, dû trouver un nouveau nouveau vétérinaire — une femme cette fois — et j’avais voulu lui remettre le dossier que j’avais toujours laissé à l’autre clinique. Je l’ai demandé à la réceptionniste. « Non, » m’a-t-elle répondu « il faut attendre. » « Pourquoi ? C’est seulement un dossier. » « Nous sommes très occupés en ce moment. » « Bon, j’attends. » Et je m’assois devant elle. Ça l’agace et elle commence à chercher le dossier tout en feignant de ne pas le faire. Puis elle m’annonce le suivant : « Non, on ne l’a pas, votre dossier. » « Quoi ? Mais je l’ai laissé ici quand on est venu voir le vétérinaire maintenant parti. » « Nous avons dû vous le remettre. » « Absolument pas, mademoiselle, vous ne me l’avez pas rendu, mon dossier. » « Ben, » elle a haussé les épaules, « le dossier n’est pas ici, donc on a dû vous l'avoir remis. » « Mais c’est quoi, votre logique ? » je lui demande alors. « Pourquoi garderais-je un dossier médical que je venais de remettre au vétérinaire qui je croyais allait soigner Betty le reste de sa vie à elle ? Ça servirait à quoi, exactement ? » Elle m’a regardé d’un air irrité. « Je suis désolée, monsieur, mais on n’a pas votre dossier, vous devez l’avoir déjà repris. » « Mais ce n’est que la seconde fois que je mets les pieds ici. (merci, maître, pour la rectification) » C’est à rendre fou. « Donc, on vous l’a remis la première visite. » On serait entré dans une pièce de Beckett.
Une petite affiche dans la rue Perry
Chez un fleuriste chic dans la rue Bleecker
On ramasse des petits éléphants (symboles des républicains) en étain pour les mettre dans des poubelles de cuisine à l'ancienne dans cette vitrine d'un magasin de mobilier du début du 20e
La sorcière des canalisations d'eau municipales
Je suis allé tout énervé de cette « discussion » (c’est beaucoup dire) chez la nouvelle vétérinaire où j’ai pris rendez-vous pour lundi. Le copain a ensuite insisté à qu’on emmène Betty chez le coiffeur pour qu’elle soit belle pour le brunch protestataire qu’on fait ce dimanche matin chez nous. Donc on l’a emmenée chez Woof, un nouveau « spa » canin. Maintenant elle est toute belle et ne sent plus le poisson pourri (bien que cela soit son parfum préféré).
L'extérieur de l'établissement Woof, pas loin de la 14e rue
Sa torture terminée, Betty est maintenant prête à recevoir la racaille que ses « compagnons » vont faire venir chez elle
On dîne ce soir en cabale de marchands d’art (à part le copain, qui est informaticien bien sûr) — on va essayer de déterminer où l’on a finalement caché « Le Cri » et de deviner combien d’argent sera demandée pour la rançon (merci, Maître).
Comments
Cher Edouard, je n'ai pas trouvé de mail sur le site pour vous écrire directement. Détruisez donc ce commentaire s'il vous plait après l'avoir lu :
- "Mais ce n’est que la seconde fois que je METS les pieds ici", car il ne s'agit pas là du présent du subjonctif mais du présent de l'indicatif. On dira en revanche : "Avant que je remette les pieds ici, vous serez arrière-grand-mère". Un excellent outil que j'utilise moi-même souvent : http://www.leconjugueur.com.
Souvent c'est la négation qui fait trébucher. Pour être fixé assez facilement, il faut passer la phrase à l'affirmative dans sa tête : "C’est la seconde fois que je... mets les pieds ici". Petite technique très efficace.
- "deviner combien d’argent sera la rançon demandée" > "deviner combien d'argent sera demandé pour la rançon"
Posted by: Maître Cappello | août 26, 2004 06:27 PM
Irrésistible et particulièrement irritante cette plongée dans l'univers de Beckett! (Ce n'est pas toi qui a commandité le vol du cri?) ;)
Posted by: aqb | août 26, 2004 08:12 PM
J'adore la sorcière! Et la glorifie même.
Posted by: R J Keefe | août 26, 2004 08:31 PM
Maître Cappello, non, je ne veux pas votre commentaire, que j'ai beaucoup et sincèrement apprécié et qui m'a permis de ne pas me comporter, au moins linguistiquement, en barbare total ! (Non, là, je plaisante un peu...) Mais je sais que j'écris pleins de fautes en français qui me sont pour la plupart inconnues donc je suis très et honnêtement reconnaissant à ceux et à celles qui voudront prendre le temps à me montrer où j'ai écrit une faute de français et comment la corriger. Donc, merci à vous, maître.
Hélas, aqb, c'est pas moi qui ai commandité le vol du tableau, que j'aime bien mais qui n'aurait pourtant pas été mon premier choix.
Hé oui, M. Keefe, la sorcière m'a fait sourire aussi — c'est plutôt primaire, avouons-le, comme blague visuelle, mais cela avait pour moi un soupçon d'insolite et de délicieusement quelconque.
Posted by: Édouard | août 26, 2004 11:01 PM
Aaaaargh, ces conversations où vous êtes pris pour un(e) idiot(e).. tellement frustrantes.
Jolie Betty.
Votre français, cher Edouard, comme vous le savez, est proche de la perfection. Poil au menton.
Posted by: Zorglub | août 27, 2004 12:53 AM
Toujours des photos amusantes (paparazzo de paparazzi et la sorcière), toujours des commentaires rigolos. C'est très sympa.
C'est la première fois que j'entends quelqu'un emmener son chien dans un spa !!!! Et un spa canin s'il vous plaît...
Posted by: Mijo | août 27, 2004 02:52 AM
Edouard, je crois que c'est un de tes plus beaux posts, et dieu sait qu'il sont tous très bons.
Posted by: wam | août 27, 2004 05:15 AM
Cher Edouard,
Je me suis permis ces remarques car votre français est excellent et qu'il n'en appelle que de très ponctuelles. Je ne me serais jamais lancé dans un inventaire s'il avait fallu qu'il soit interminable.
Pour ce qui est de mon petit pseudo, il dira quelque chose aux déjà vieillissants anciens téléspectateurs de l'émission "Des chiffres et des lettres". Plus d'info :
http://jeuxde20h.free.fr/capelo.htm
Amitié,
Posted by: Maître Capello | août 27, 2004 07:33 AM
Oh oui, Maître, je suis de la génération qui se rappelle de cette télé-là et de votre bouille.
Posted by: Zorglub | août 27, 2004 08:23 AM