« Encore une fin de saison | Main | Le gai (ou gay, comme vous voulez) savoir »

Le crépuscule civil

L’actualité n’est pas très gaie en ce moment, c’est le moindre que l’on peut dire. Les morts en Ossétie du nord pour commencer. J’avoue ne pas être assez au courant de la situation en Russie et dans les républiques du sud pour me sentir plus qu’un rien informé sur la situation là-bas — est-ce que tous les Tchétchènes cherchent l’indépendance du pays, ou seulement quelques-uns ? Les Russes ont laissé partir les Ukrainiens, les Estoniens, les Moldaves, les Lithuaniens, et plein d’autres nationalités autrefois faisant partie de l’URSS — donc, pourquoi pas laisser partir les Tchétchènes (s’ils le veulent) ? On me dira que c’est différent, c’est trop tard, la Tchétchénie, c’est plein de Russes, la majorité préfère rester partie de Russie — bon, je veux bien. En ce qui concerne les rebelles tchétchènes, d’après ce que j’ai lu (par exemple ici), je trouve qu’il s’agit en grande partie de seigneurs locaux quasi indépendants qui chercheraient surtout à agrandir leur pouvoir et leur richesse en se couvrant de slogans islamistes faciles. Mais j’ai peut-être tort, je le reconnais. C’est quand même navrant de lire les reportages sur les morts à Breslan (correction le 9 septembre 2004 : la ville s'appellerait Beslan), sur les familles, et sur l’engrenage politique et social (que je ne comprends pas, évidemment) qui continue à faire souffrir tant de gens.

En Irak, sept soldats américains morts à cause de l’explosion d’une voiture piégée. Ça continue...

Les sondages les plus récents aux États-Unis sembleraient indiquer une avance importante de Bush sur Kerry, même si la différence n’est pas aussi significative qu’on dit. Mais quel que soit le vrai chiffre, c’est démoralisant de se rappeler que pour beaucoup trop de gens les faits comptent peu contre les impressions faussées ou truquées.

On a dîné chez l’amie écrivain samedi soir — elle nous a préparé un délicieux navarin d’agneau fait de légumes (carottes, pommes de terre, navets) du potager de chez elle dont elle est énormément — et justement — fière.

Les parents du copain sont partis hier après-midi — ils sont adorables, mais la maison est petite et ils ont l’habitude de tout réarranger, dans le salon comme dans le frigo — ils sont restés ici pendant une douzaine de jours, donc les changements ont été considérables. Il y a aussi le cas du chien, un terrier West Highland tout gentil qui s'appelle Twinkie, mais Betty n’aime pas du tout partager sa maison avec un autre canin. Donc c’est l’emprisonnement alternant dans les chambres à coucher, et Betty, toute soumise et résignée, rentre dans notre chambre comme si on la punissait — elle est très bonne comédienne, en fait, et elle sait parfaitement comment nous culpabiliser avec ses grands yeux bruns et liquides de pauvre chienne maltraitée. Hier soir on est allé à un cocktail chez de gens qu’on connaissait à peine — un couple pourtant charmant, mais on n’a vraiment parlé qu’à nos amis avant de rentrer au village où l’on a dîné au resto favori — il y avait du monde et il nous a fallu attendre une heure presque pour avoir une table. Là, devant nos verres de vin blanc d’Oregon (pas extra, il faut le dire), on a parlé finances, espoirs, craintes et avenir — un de ces moments imprévus de sérieux.

Le copain rentre à New-York demain matin par le train — j’ai une réunion à 9 heures, et ensuite je rentrerai en voiture avec Betty.

C’est peut–être la fin de l’été et le début de la saison « sérieuse » qui me donnent un petit coup de blues cet après-midi, malgré le temps formidable qu’il fait. Déjà il fait presque nuit à sept heures et demie — c’est l’heure du « civil twilight » ou le crépuscule civil, terme qui m’était jusqu’aujourd’hui inconnu, quand le soleil couchant n’est pas plus que six degrés en dessous de l’horizon, mais on peut continuer, malgré l’obscurité croissante, à faire des « ordinary outdoor activities » . C’est bien sûr un moment fugitif que j’apprécie plus que jamais.

Mais il faut aussi rire, ou au moins sourire — pour ce faire, je voudrais signaler cet article satirique, trouvé chez Steve Gilliard, sur une présumée guerre de Suède menée par les forces amerloques au bénéfice de ceux qui chercheraient à rétablir « le Grand Danemark » dans la région scandinave et baltique. Faites attention, Olivier, ils sont très rusés, ces Danois « néo-barbs » (pour néo-barbares) !

Comments

je ne suis pas spécialiste du conflit tchétchène, mais je crois qu'il y a deux grandes différences avec les autres anciennes républiques soviétiques: La tchétchènie est sur "la route du pétrole", ce qui interesse évidemment moscou, et la population est en majorité musulmane, ce qui permet à Vlad Poutine de justifier sa conduite on-ne-peut-plus ferme sur l'air raciste de : "Je voudrais vous y voir, vous, avec un état islamiste à vos portes." Tout cela, si j'ai bien compris. Quelqu'un pour corriger/compléter ?

Ah, et ces morts, moi aussi, me retourne le coeur, évidemment. Difficile en plus, pour les proches, de savoir vers qui tourner sa colère : les terroristes avec leurs explosifs ou l'armée russe avec ses méthodes d'un autre âge.

En tous cas, merci pour ton site, c'est une jolie fenêtre pour nous, en France.

Le sujet est simple et difficile à la fois. Ça fait des années que je ne l’aborde plus, car j’ai lu, entendu (et c’est pas encore fini!) trop de bêtises, la presse occidentale m’a bien fort déçu… elle est digne de « La Pravda » des années staliniennes.

Pour être bref, je tiens à préciser :
a) Il y a plus de Tchétchènes qui habite en Russie, qu’en Tchétchénie.
b) Les Tchétchènes qui avaient un bon niveau d'éducation ont fui le pays vers d’autres régions de la Russie. Ceux qui sont restés sont réduits à la survie dans une insécurité permanente. La guerre s'auto-alimente par le jeu des vendettas interpersonnelles, tandis que la majorité de la population, épuisée, ne souhaite qu'une seule chose : que les violences cessent. C’est logique. De toute façon, elle n’a aucun avenir en-dehors de la Russie.
c) Le pouvoir tchétchène prorusse qui a été mis en place, avec le soutien de Moscou, détourne massivement l'argent que verse l'État fédéral pour la reconstruction du pays.
d) L'armée fédérale entretient aussi un conflit qui lui permet de détourner de l'argent et de justifier son importance. Et les «combattants» de la «résistance» tchétchène glissent inexorablement vers le radicalisme et le banditisme. Les ONG et les politiques européens en ont une très belle image, mais elle reste bel et bien fausse, car il s’agit bel et bien des bandits les plus inhumains.
e) Les pays arabes aident et soutiennent financièrement les « combattants ». Mais ceci consterne aussi les islamistes anglais ou français (des jeunes français d’origine maghrébine participent à la violence en Tchétchénie, la France le reconnaît).

Le résultat ? C’est la mort de nos enfants.

Il faut arrêter de croire que la Tchétchénie représente un quelconque intérêt économique pour la Russie. La ville de Grozny a été fondée par les Russes et peuplée par les Russes à 70%. Même s’il n’y a plus de massacre de la population russe comme c’était le cas au début des années 1990 (au plus grand silence des Occidentaux!), les 400 000 réfugiés russes ne sont jamais retournés dans leurs maisons.

Alors, que veut Moscou ? Moscou cherche à contrôler la région pour vivre en paix, la paix qui n’est pas encore gagnée.

Mais rien de gagner dans ce monde. Lorsque l’Amérique a connu le 11 septembre, tout le monde a compati, lorsque l’Espagne a connu son 11 mars, tout le monde a pleuré et quand des CENTAINNES de gosses russes sont massacrés, on cherche à bannir l’odieux Poutine le Tiran alors qu’il n’est qu’un salaud comme bien d’autres dans cette histoire de merde.

"MoscowMachin" alias Poutine Eliots a écrit des conneries comme:
"Moscou cherche à contrôler la région pour vivre en paix, la paix qui n’est pas encore gagnée...."
puis "des jeunes français d’origine maghrébine participent à la violence en Tchétchénie.." :-))

-----------

Ben voyons !... Moscou cherche la paix, ça ne serait pas du "Paixtrole" plutôt ?...


"La question du tracé des oléoducs déjà construits ou en projet pour acheminer vers l'Occident le pétrole de la Caspienne accroît encore l'importance stratégique de la Tchétchénie, comme celle des ex-républiques soviétiques de Transcaucasie que Moscou considère encore comme son arrière-cour. -- libé.fr

- Plus de 100 000 soldats russes sont déployés depuis trois ans et demi en Tchétchénie.
- Plus de 100 Tchétchènes tués chaque mois en moyenne, près de 3000 cadavres retrouvés dans des charniers, enlèvements et tortures. Pour la première fois, un rapport des autorités tchétchènes pro-russes établit la réalité de crimes toujours niés par le pouvoir russe.
- Le pouvoir russe garde un silence total sur ces faits qui se déroulent sur un territoire interdit aux médias...

En octobre 2002, Amnesty International lançait une campagne mondiale intitulée "Justice pour Tous" pour dénoncer les nombreuses atteintes aux droits humains en Tchétchénie, dans le silence étourdissant et complice de la communauté internationale.

" Depuis le 11 septembre 2001, ni à Washington, ni même dans les capitales européennes, cette sale guerre n'intéresse pas grand monde, mise à part une poignée d'organisations de droits de l'homme en Russie et en occident. Pourtant, le bilan de la première guerre (déc 1994 - août 1996) de Tchétchénie faisait déjà froid dans le dos: les pertes tchétchènes sont évaluées aux alentours de 100.000 morts (hommes, femmes et enfants). Cette décimation, presque au sens mathématique du terme, aurait pu constituer un avertissement pour des gouvernements occidentaux qui soulignent à chaque occasion leur attachement "aux droits de l'homme" -- Amnesty


" Depuis plus de trois ans, les Tchétchènes subissent massacres, tortures, disparitions et arrestations arbitraires. Plus de 15 % de la population a été exterminée. Des faits reconnus par tous, mais commis avec la complaisance de la «communauté internationale», qui a d’autres priorités stratégiques à négocier avec la Russie..." -- Politis

Au fait, Poutine Eliots tu devrais changer de tisane la prochaine fois, tu ecriras moins de conneries comme ça ;-)

Bien cher Mohsan l'Anonyme

Pour ta petite tête de bête, je te signale que je bosse pour le Comité des Mères des Soldats (en Russie) et les Médecins du Monde, je collabore avec l’Amnesty et Comité Tchétchénie (à Paris), ainsi qu’avec un bon nombre d’avocats parisiens, car contrairement à toi, je connais la situation sur place et je n’ai aucun intérêt dans cette histoire : je ne suis ni religieux, ni patriote, ni espion. Quant à la presse, j’ai déjà dit un mot et si tu es bizarrement inattentif, tant pis pour toi. Si tu veux affirmer que les islamistes arabes viennent en Russie pour raconter la « Blanche-neige et les sept nans » aux enfants tchétchènes, ce que tu en train de faire, je n’ai que pitié pour toi. P’vre gars !

un peu de douceur dans ce monde : comment est-il possible de faire un mauvais pinot gris en oregon ? c'est le terroir idéal par excellence ... bref, dommage !

une précision, l'alsace n'a plus le droit d'appeler pinot gris "tokay" comme ce fut le cas jusqu'il y a peu, du fait de la confusion avec les tokay (ou tokaji) de hongrie. c'est une mesure européenne, logique ... celle-là.

L’Ossétie a connu son troisième jour d’obsèques. Irina Fraeva, sur la tombe de son fils Arthur, âgé de trois ans, a juré de venger sa mort. Au moment de la prise d’otage, elle se trouvait à l'école avec son enfant, Irina implorait les terroristes de l’épargner : "Ne touchez pas à mon fils, je suis moi-même, musulmane!" Mais l’un des bandits lui a répondu ceci : "Ta foi vaut rien. Crois en Allah", et il a tiré une balle dans la tête du gamin.