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Quand un Américain « moyen » se pose une question

On fait repeindre une partie de notre petite casita (c’est trop bête d’être obligé de ne peindre que trois-quarts de la maison, mais les travaux de reconstruction de derrière n’ont même pas commencé, on n’arrive même pas à joindre l’entrepreneur par téléphone pour lui demander quand il penserait à commencer les travaux, c’est bien ça, la vie à la campagne). Le peintre est un informaticien qui s’appelle Henry et qui avait repeint la maison d’à côté. Il fait de la peinture résidentielle pour gagner un peu plus de fric dans son temps libre (il a trois enfants, dont le plus âgé commencera en quelques années ses études universitaires, qui coûtent cher, voilà pourquoi il fait de la peinture en plus de son travail d’informaticien.) Henry est aussi réserviste dans l’armée (et lui, à l'opposé de Bush, il ne sèche pas les week-ends obligatoires d’entraînement). Ça fait des mois qu’on parle de temps en temps politique (le voisin dont Henry avait peint la maison en fin août est « libertaire », il aime gueuler contre les démocrates et les républicains (« ils sont tous pareils » etc.), et on s’était amusé à discuter à trois d'un peu de tout sur le trottoir pendant les longues fins de journée d’été). Il y a trois jours, Henry m’a dit qu’on avait dit à sa compagnie de réserve qu’elle serait envoyée en Irak au début de 2006. Henry se déclare républicain, mais il reconnaît le gâchis qu’on a fait en Irak et il n’a aucune envie d’y aller lui-même. Donc, on a parlé un peu d’une stratégie de sortie qui serait acceptable d’abord aux Américains et puis au reste du monde. En ce qui concerne Bush et Cie, nous étions d'accord : ils sont coincés — ou ils admettent qu’ils ont eu tort — peu probable d’après tout ce qu’on sait d’eux — ou ils continuent à s’embourber dans une vérité hostile. Pour Kerry, on trouve qu’il aurait peut-être la possibilité de faire une sorte de déclaration de « mission accomplished » qui ne serait bien sûr pas tout à fait vraie, mais qui satisferait une majorité d’Américains. Il y aurait alors un grand sommet un peu truqué qui autoriserait un transfert d’autorité politique en Irak à l’ONU (l’autorité militaire resterait américaine) et puis on ferait venir des forces, de l’argent et des coopérants de partout, mais surtout de France et d’Allemagne, qui s’empresseraient à montrer leur satisfaction et leur volonté de coopération avec un gouvernement américain moins unilatéral. Comme ça, on s’est dit, on pourrait imaginer un retrait de troupes américaines de l’Irak. C’est pour cette raison qu’Henry, quoique républicain, m’avait dit qu’il pensait voter pour Kerry.

La comédie musicale est un art typiquement américain. Dans le genre de la chanson célèbre du film et maintenant de la comédie musicale The Producers au titre inoubliable « Springtime for Hitler » (dont on chante quelques mesures ici, Atrios propose « I’m a Nazi » chantée par le toxicomane et l’artiste de variété radiophonique incontournable Rush Limbaugh.

Comments

Cher Édoard,
Merci encore pour un très beau lien (au Rush).

Salut Ed, je passe moins souvent, mais je passe. Très franchement, pour ce qui est de l'envoi de coopérants français (ou allemands) en Irak, l'ambiance n'y est pas du tout, du moins en l'état actuel de la situation la bas. Je veux dire que l'idée selon laquelle les Français se réjouiraient d'un échec US en Irak et s'empresseraient d'en récolter les fruits est fausse. Elle peut plairent aux anti américains, mais il y en a partout. Je me mets à la place d'Henry et je suis vraiment frappé de voir à quel point vous vous installez dans une ambiance de guerre. Vu d'ici, la guerre en Irak est plutôt une guerre de diversion qui a permis d'ouvrir un front hors des Etats Unis, dont le territoire est sanctuarisé et de fixer le terrorisme en Irak. Le problème qui se pose est qu'une diversion ne peut pas durer éternellement. Elle ne divertit plus personne et certainement pas Henry, s'il est obligé d'y aller, je le crains. Le scénario de sortie de crise correspond donc à un changement de stratégie, mais laquelle? Bush nourrit l'Amérique d'illusions, c'est son métier. Kerry ne donne ps l'impression d'avoir des idées claires dans ce domaine. Donc Henry peut préparer son baluchon, sa M 16 et sa ration de topinambours.