Le « French Quarter » à Manhattan
Saviez-vous qu’il y avait autrefois à New-York un « French Quarter » ? Si, si, même s’il n’était pas aussi connu, bien sûr, que celui qui se trouve toujours à la Nouvelle-Orléans. J’ai découvert ce détail historique en lisant le livre « Around Washington Square », histoire du quartier autour du parc de la place Washington au centre de Greenwich Village par Luther S Harris. En 1879 il y avait une communauté d’environ 24 000 immigrés français, dont la plupart des ouvriers, qui se sont établis à l’ouest de la rue Laurens (aujourd’hui la place La Guardia) jusqu’à Broadway à l’est, à la rue Grand au sud et à la place Washington au nord. C’était vraiment le début de la vie de bohème au Village, car les Français « despite their poverty and relative insularity (most spoke little English), […] introduced many New Yorkers to the joys of café life and French food and wine in picturesque restaurants and shops. » (p 129). Il y avait même un restaurant assez connu au nom du Restaurant du Grand Vatel (on affichait à l’extérieur en franglais: tous les plats, eight cents) au numéro 123 de la rue Bleecker. Cette communauté française est restée là jusqu’à la fin du 19e siècle, quand on a commencé à raser les maisons pour les remplacer par des usines et des dépôts. Les Français se sont alors déplacés vers le côté ouest de Manhattan au nord de la 23e rue ouest (où se trouve toujours l’église St-Vincent-de-Paul, paroisse nationale française de l’archevêché de New-York).
Hier soir on est allé voir, avec l'amie marchande de tableaux, le film « I ♥ Huckabees » hier soir, aux cinémas Regal à côté des chantiers du World Trade Center — on doit les subventionner, car il n’y a jamais personne dans les salles. Pour notre séance il n’y avait qu’à peine une douzaine de spectateurs. On a voulu fêter la nouvelle que les médecins n'ont trouvé aucune trace du cancer dans le sang de l'amie marchande — il n'y a donc pas eu de métastase, heureusement.
Le film est curieux : drôle, un soupçon prétentieux, moqueur, un peu trop branché peut-être. Le défilé de vedettes dans de rôles insolites est impressionnant — Jude Law, la vedette masculine du moment ici, joue bien son rôle de cadre ambitieux au sein de la société amorale d’Huckabees, Lily Tomlin et Dustin Hoffman sont bien aussi (c’est un peu surjoué, peut-être, mais bon...) et j’ai surtout apprécié Mark Wahlberg (l'ancien rappeur Marky Mark aux abdos à faire rêver) en sapeur-pompier pas brillant qui est obsédé par le gaspillage du pétrole (surtout par les 4x4 — il se déplace seulement à bicyclette — et à Los-Angeles !) et des produits pétroliers qui font du mal à la planète. La comédie n’est pas toujours réussie, mais il y a des moments hilaires et touchants. Mais j’ai quand même l’impression qu’il s’agissait là d’une production « à vanité » qui faisait sourire surtout les initiés.
Voici un excellent article paru dans la Voice de cette semaine d’un homme de théâtre new-yorkais que je connais un peu — Michael Feingold, grand francophile qui a traduit des pièces d'Ionesco et de Musset, critique de théâtre pour la Voice, et ainsi de suite. L'article s'intitule « Nos valeurs évanouies ».
On part ce soir à la campagne, accompagnés de l'amie marchande de tableaux. On va faire un dîner demain soir avec le candidat échoué et son partenaire pour parler politique, stratégies, et art. Je suppose aussi qu'on va boire.
Comments
Oui buvez pour oublier ! Du bon pinard français, en pensant à tous ces mêmes français qui vous aiment toujouuuuuurs ! :-)) (enfin moi lol)
Posted by: Matoo | novembre 12, 2004 07:17 PM
Oui oui buvez un coup ou deux à la santé des éternels Frenchies !!!
Très intéressant Edouard ce que tu racontes sur le quartier français de Washington Square. Je n'ai jamais mis les pieds à NY mais il y a mille ans j'avais des amis français qui habitaient... Bleecker St.
Posted by: Portokali | novembre 14, 2004 05:03 PM
En effet, Matoo, on a vidé BEAUCOUP de bouteilles de beaujolais-villages Louis Jadot 2003, ça va choquer les éboueurs-recycleurs qui passeront demain matin ramasser le tout. C'est honteux, je sais (mais ça a dû faire plaisir à M. Jadot, quand même).
Portokali, moi non plus, je n'avais jamais entendu parler ou lu quelquepart de ce quartier de Français (surtout des exilés de la Commune! C'est comme si on s'installait à Paris pour échapper à Bush — tiens, si on le faisait ... on créerait un « quartier américain » plein de diners et delicatessens !).
Posted by: Édouard | novembre 15, 2004 05:49 PM
J'en parlerai à M. Jadot ... dont le Beaujolais Village est toujours très bon (pour ce que c'est)
;)
Posted by: wam | novembre 18, 2004 10:56 AM
Ah, je vois — « pour ce que c'est » ! Mais on est pauvre ici, le dollar n'achète plus rien, on ne peut plus se payer de grands vins extraordinaires !
Posted by: Édouard | novembre 18, 2004 12:03 PM