Préparations de repas de fête
Bon, un vague désir de faire un peu traditionnel cette année a gagné sur le pur scrupule culinaire : c’est-à-dire que je viens de commander une grosse dinde bio de 18 à 20 livres au lieu d’un chapon (ou deux) plus raffiné pour faire manger 12 personnes le jour de l’Action de grâce qu’on célébrera le jeudi prochain à la campagne. Ce sera tout un rassemblement du clan du copain, au moins ceux qui vivent sur la côte est du pays (Boston et New-York), ainsi que ma mère, la mère de la belle-sœur du copain, l’amie écrivain, et peut-être aussi le maire du village et son partenaire l’enseignant. Le problème le plus important c’est qu’on ne savait vraiment pas où l’on allait se trouver au début de la semaine prochaine et, pour compliquer les histoires de préparer pour le grand repas, on part demain pour Philadelphie, où l’on descend chez l’aînée de mes deux sœurs, car le copain va courir le marathon de la ville de l’amour fraternel ce dimanche matin. Fallait-il donc attendre pour acheter les vivres à la campagne, dans la folie furieuse qui précède cette fête dans les supermarchés locaux, ou allait-on chercher tout ce qu’il nous faudrait ici en ville et de l’emmener ensuite avec nous dans la voiture ? Ce matin j’ai tranché la question : on achète tout ici à New-York. Comme ça on sait où l’on en est. Typiquement, tous mes livres de recettes se trouvent à la campagne, donc il va falloir deviner quelle recette on va éventuellement choisir — mais en fait, rôtir une dinde n’est pas, comme on dit dans cette expression débile, « de la chirurgie du cerveau », c’est le farci (qu’on ne met plus dans la bête, supposés risques sanitaires obligent) qui est le plus difficile. Moi j’ai envie d’y mettre des canneberges sèches, ainsi que des noix. On aura du riz — un mélange de riz sauvage du Canada et du riz ordinaire, une sauce aux canneberges maison (trop facile à faire et très bon, moins sucrée que ce qu’on achète au supermarché, garnie de tranches d’orange — en plus, c’est joli, le contraste des couleurs). Des pommes de terre aussi, probablement, mais dans quel format ? J’ai déjà commandé deux tartes aux fruits d’une jeune femme à la campagne, dont l’une aux canneberges et pommes (répétition du thème de canneberge, évidemment) et l’autre aux framboises, le fruit favori de ma mère. Avec une grosse cuillerée de glace à la vanille, ça ira très bien pour le dessert.
Une grosse bagnole noire stationnée devant la boutique Polo Femmes, déjà décorée pour Noël, dans la rue Bleecker près de chez nous
Je suis allé donc ce matin à 9h30 à la boucherie célèbre Ottomanelli & Sons (c’est lui, le vieux boucher à gauche dans la photo de la page d’accueil, qui m’a aidé ce matin) dans la rue Bleecker juste au sud de la 7e avenue. Il faisait gris et le Village se réveille tard, la plupart des boutiques rangées le long de la rue Bleecker étaient toujours fermées.
La rue Bleecker déserte vers le sud et à l'angle de la rue Christopher
Une nouvelle présence française dans la rue Bleecker à l'angle de la rue Grove
Il faut traverser la 7e avenue pour arriver au centre du Village italien — c'est l'église Notre-Dame de Pompéi dont on voit la flèche italianisante au fond
Devant l'excellente boucherie Ottomanelli
Je me suis trouvé l’unique client dans la boucherie, et j’ai donc pu bavarder avec les vieux bouchers, dont celui qui a pris ma commande est né dans la rue Perry où j’habite — le côté pauvre, d’après lui, à l’ouest de la rue Hudson — et moi je lui ai expliqué qu’on habitait dans un vrai taudis parmi toutes ces maisons rénovées où habitent les vedettes de cinéma, les mannequins et les grands financiers. Il était vraiment agréable de discuter volaille et quartier avec ce vieux pendant quelques minutes.
Pour rentrer chez moi je remonte la 7e avenue, où l'on remarque cette phalange de taxis avides de clients — pour une fois
Hier soir on est allé voir le film documentaire « Tarnation » fait par un type qui s’appelle Jonathan Caouette (nom d’origine québécoise, sûrement), né au Texas d’une mère assez « disturbed » — pour utiliser l’euphémisme anglais qui décrit les malades mentaux — et élevé par ses grands-parents. Il n’a pas dû être facile d’élever un enfant pareil qui se faisait filmer à 11 ans en travesti toxicomane — parmi plusieurs rôles un peu, disons, transgressifs (c’est-à-dire, faits exprès pour choquer le monde). C’est très bien fait, le film — ça ne lui a coûté que 218 $ au début, sans payer les droits pour la musique et les clips, qui a fait monter le chiffre total jusqu’à 400.000 $ — ce qui n’est pas rien, quand même. Le film a attiré l'attention de Gus Van Sant et de John Cameron Mitchell. Le copain et moi, on était tous les deux d’accord en sortant du Film Forum dans la rue Houston qu'on avait vu quelque chose d’authentiquement extraordinaire, une cinématographie originale qui a finalement réussi à narrer une histoire en images d’une façon nouvelle. On peut voir une bande-annonce du film ici.
Comments
bon appétit, alors ... je vais chercher des canneberges de ce pas, tu m'as mis l'eau à la bouche !
Posted by: wam | novembre 19, 2004 07:24 AM