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La cruauté et les fêtes

Les dernières nouvelles de l’Irak accablent de nouveau les esprits— las de révélations dégoûtantes qui s’avèrent presque toujours vraies, on attend les désaveux officiels et rituels de la Maison blanche et du département à la défense à propos de l’ordre exécutif qui aurait permis aux militaires de torturer leurs prisonniers en Irak et à Guantánamo, déguisés en agents du FBI. Il y a quelques heures, dans la voiture, j’ai entendu parler à la radio de l’attentat contre les militaires américains dans une base à Mossoul. Une vingtaine de morts au moins. Une cinquantaine de blessés. On y faisait la queue pour manger des « chicken tenders » — morceaux de blancs de volailles frits qu’on trouve surtout chez KFC ou McDo. Il s’agissait donc de spécialités très prisées — on est loin de sa famille, de ses amis, des fêtes de Noël et du Nouvel An — des « chicken tenders », c'est qu'on mange chez nous, bon, ça remonte un peu le moral, ça chasse pour un instant le cafard. Et puis…

Déjà de plus en plus d’Américains se demandent si l’aventure irakienne a valu les dépenses en vies et en argent. Dans le sondage du Washington Post publié hier, 56 % des sondés ont dit que cette opération ne valait pas la peine. La tuerie à Mossoul ne va pas les convaincre du contraire.

Tant qu’il n’y aura pas de photos de ces dernières séances de torture organisées par les militaires, avec la connaissance et l’approbation de leurs supérieurs, je doute que le public américain en fasse grand cas — après tout, c’est les photos d’Abou Ghraïb qui ont rendu insoutenables les mensonges de l’administration (et l’on ne nous a pas permis de voir les plus choquants). Malgré cela, malgré les photos qu’on avait rendues publiques, la majorité du public américain n’a pas voulu concéder la possibilité qu’on pouvait vraiment abuser des prisonniers chez les forces armées américaines. Donc, sans preuves, la Maison blanche pourra dire facilement qu’elle n’était point au courant d’un effort éventuel d’enquêtes « agressives » dans les prisons américaines à l’étranger.

(Je viens d’apprendre l’heureuse nouvelle de la libération des journalistes français tenus en otages en Irak. Bon retour en France. Et quel beau cadeau inespéré pour leurs familles !)

En ce qui concerne la cruauté des hommes envers leurs semblables, il existe d’exemples de partout — ce billet de Ron l’infirmier stagiaire m’a tout à fait bouleversé. On n’a plus à se demander « mais comment ont-ils pu faire cela ? » — la simple vérité, c’est qu’il y a beaucoup de gens pour qui la cruauté ne veut rien dire. Ils y sont tout à fait indifférents — ils peuvent faire souffrir les enfants, les femmes, les homos, les « combattants ennemis », les pauvres handicapés mentaux, les animaux — ils leur font mal, et ils en rient.

Désolé de cette harangue énervée — la lecture d’Après l’empire ne réjouit pas l’esprit non plus. On se comporte comment, les citoyens d’un empire en déchéance structurale ? On fait semblant de ne pas l’avoir compris ? On devient atrocement réactionnaire et protectionniste, afin de gagner encore quelques années, la durée d’une vie ? On se demande s’il ne ferait pas mieux d’aller vivre ailleurs, dans un pays en ascension — ou peut-être un peu à part, en Amérique du sud, par exemple. Si l’Europe et l’Asie sont devenues trop chères en dollars, il y a toujours Buenos-Aires ou Montévidéo où le dollar compte encore un peu.

En plus, il fait froid ! Et cela ne me donne aucune envie d’aller acheter des cadeaux. En fait, je me suis décidé que je n’allais acheter que des livres — mais il y a, tout près du garage, une petite boutique où l’on ne vend que des plateaux en verre dans une quantité de tailles et de formes qui sont décorés de découpages amusants d’anciennes gravures. Ils sont drôles et utiles et (je l’espère) pas trop chers. Sinon, je retombe sur les bouquins. Pour l’amie écrivain, ce sera des chocolats du chocolatier suisse Teuscher — pour Fauchon, les amis parisiens insistent qu’il n’est plus bien, que le magasin actuel n’a rien à voir avec ce que c’était dans le passé. Mais l’emballage de chez Fauchon est tellement joli (oui, je sais, ce n’est pas une bonne raison de dépenser autant d’argent).

Comments

Je confirme, Fauchon n'est plus du tout ce qu'il était. Il ne reste plus que Hediard place de la Madeleine...

(Hmmm, je vais encore avoir une réputation de blogueur bourgeois ;-)

Voyons, mon cher, on vous a déjà accusé de bien pire — et moi je l'ai lu !

Manque d'originalité, je crois que je vais passer toutefois chez Fauchon — l'amie écrivain a adoré l'année dernière les chocolats dans les petits sacs à main roses.

"les révélations qui sont presque toujours avérées", plutôt. "s'avérer vrai" est une redondance.
mode chiant OFF.

Merci, wam ! Mais selon Google, ça se dit assez souvent — je l'ai sûrement lu quelque part et comme je répète bêtement comme un perroquet — !

Le chausson aux pommes reste indépassable chez Fauchon. Je n'ai pas goûté le reste !
Quand j'étais plus jeune, il m'arrivait de faire l'aller-retour le matin depuis chez moi (1H30 environ en métro), uniquement pour en ramener un à ma conquète de la veille au petit déjeuné.
Maintenant je suis passé aux croissant congelés de Picard que je fais cuire à peine, ce qui leur donne une consistance de grosse limace un peu croustillante un peu gluante à se damner. Finalement, vieillir, c'est faire des économies forcées.