Quelques découvertes
C’est peut-être un heureux hasard qui fait que toutes ces expressions de francophobie qu’on trouve ici et là dans les médias américains nous font découvrir en même temps un fond de francophilie profonde aux États-Unis qui resterait caché si les gens ne le trouvaient maintenant en quelque sorte remarquable. Voici un poète américain dont, je l’avoue, je n’ai jamais entendu parler, qui donne des cours à l’université Princeton pour six mois et qui vit en France pour le reste de l’année (avec sa femme française). Ce poète C K Williams qui a fait l’objet d’un article dans le Times d’hier.
Ailleurs, suite à ce bel hymne à la ville de San-Francisco, qui le mérite bien à mon avis, paru dans l’homme qui marche, j’ai trouvé dans les commentaires à ce billet le carnet web d’un Sanfranciscain intéressant qui s’appelle A man could stand up. Rédigé en anglais, ce carnet, ainsi que son animateur, est imbu d’une culture française qui va bien au-delà de quelques pénibles clichés de la Tour Eiffel et des curiosités de la cuisine locale. À suivre.
Il est toujours intéressant de découvrir le sens un peu particulier de la phrase « un dîner en ville » qui pour moi ne signifierait plus qu’un repas pris dans n'importe quelle agglomération urbaine, mais qui en français « français » aurait, il paraîtrait, des connotations bien plus spéciales — dans la phrase, par exemple, « briller dans les dîners en ville », ce qui voudrait dire, si je l’ai bien compris, réussir à se faire voir dans la société. De toute façon, je ne brille que très rarement, dans les dîners ou ailleurs, mais on est allés, le copain et moi, à un dîner en ville offert par des amis qui émigrent au Canada, plus précisément à Victoria, en Colombie-Britannique. Pour le moment, et surtout jusqu’à ce qu’ils reçoivent leurs permis de séjour canadiens, ils gardent leur appartement à Manhattan. Celui-ci se trouve dans un immeuble de luxe énorme de verre et d’acier perché au-dessus de l’autoroute FDR Drive qui longe le fleuve de l’Est à la 72e rue est, à quelques pas du siège social étincelant de Sothebys dans l’avenue York. C’est un quartier que le copain et moi nous ne visitons que très rarement. On a décidé de prendre un taxi, le métro n’ayant pas de station commode pour s’y rendre. J’ai pris quelques photos sans flash (désolé pour mon instabilité) des environs avant de monter à l’appartement, qui se trouvait au 25e étage.
Une allée d'arbres déserte dans la 72e rue est
Des arbres illuminés devant l'entrée du parking souterrain de l'immeuble
L'autoroute FDR en bas, le pont de Queensborough au fond
L'immeuble a plus de 50 étages
L’un du couple est architecte et l’autre est financier — ils sont tous les deux super propres ! On a commencé avec un pâté un peu spécial, végétarien, peut-être, et un vin blanc correct.
Dans le salon
On peut remarquer, n'est-ce pas ?, le goût un peu sévère et chaste de l'architecte dans la décoration de table
Le dîner s’est bien passé — ils nous ont raconté une histoire d’une célébration de changement de sexe à laquelle ils avaient été invités à assister il y deux ans à Victoria. On s’était mis sur un pont, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. La femme « changée » avait monté le pont jusqu’au centre, où se trouvait un rabbin qui a prononcé quelques prières, et puis « l’homme » est redescendu vers les hommes. Faut le faire, non ?! Nous nous sommes tous demandé comment la copine de l’ex-femme l’avait trouvé de changer d’un couple de lesbiennes en un couple hétéro d’un coup. A-t-elle vraiment voulu devenir hétérosexuelle ? C’est compliqué, non ?
On part ce soir pour la campagne, où l’on fait une grande fête pour laquelle j’ai acheté hier des lumières multicolores qui clignotent qu’on va mettre un peu partout à l’intérieur de la hutte. C’est comme ça qu’on fait « bohème » à peu de sous.
J’ai eu le grand plaisir de rencontrer mercredi un autre carnetier dont j’ai toujours apprécié ce qu’il écrit et publie — il s’agit de Luc du carnet What You See Is What You Get, qui est venu passer quelques jours de vacances à New-York pour voir des amis et des endroits qui lui sont chers après un séjour de six mois (je crois) au FIT où il faisait un stage. Il est charmant, sympa et plein de vie et je suis sûr que j’ai dû beaucoup l’ennuyer en l’obligeant à subir deux heures de bavardage (en anglais, car il parle cette langue merveilleusement bien) d’un vieux con comme moi. J’espère qu’il ne m’en voudra pas trop.