La sangria fait du bien
J'avais pris une autre photo plus correcte, avec le flash, mais je préfère l'ambiance suggérée par celle-ci
On est sorti hier soir avec l’amie marchande de tableaux pour faire un dîner de fin du monde — on parlait suicide, regrets, amours, tout en buvant plusieurs grands pichets de sangria chez El Charro español, un drôle de restaurant vieillot tout près de chez nous dans la rue Charles où l’on n’avait jamais mangé. Il n’y pas beaucoup de monde à cause de la neige. La sangria était très bonne, exactement ce qu’il nous fallait à ce moment-là. L’amie marchande de tableaux n’a pas pu faire ses tests hier à cause d’un « embouteillage » dans la clinique et on les a donc reportés à vendredi matin. Elle est curieusement sereine sur son avenir, qui n’est pourtant pas prometteur dans l’immédiat. Son frère arrive de Sydney à la fin du mois. Sa mère viendra de Denver en même temps.
On l’a raccompagnée chez elle après le repas — le Village paraissait plus pittoresque qu’ordinaire sous une nouvelle couche peu épaisse de neige. En remontant la rue Bleecker on a vu les sapeurs-pompiers devant l’immeuble qui appartenait autrefois au couple d’antiquaires français Pierre et Pierre (d’où le nom de leur boutique célèbre Pierre II) — ils sont tous les deux morts du sida il y a quelques années, l’immeuble doit appartenir à la succession.
On voit les pompiers dans la rue Bleecker
Ils sont comme des personnages du film Tron
Le brave Roméo monte au secours de sa Juliette — ou Jules, comme vous voulez, on se trouve en tout cas au Village — au premier étage
Je n’ai pas eu le cœur de suivre l’inauguration à la télévision. C’est trop triste, trop dégoûtant. Je suis tout à fait d’accord avec l’éditorialiste Mark Morford, excédé lui aussi. Je me demande quand même ce qui se passe avec la confirmation de Mlle Rice — on va permettre neuf heures de débat au Sénat sur sa confirmation. Et la confirmation de M. Gonzales a été retardée par le sénateur Kennedy. Ce n’est pas normal, tout ça.
Et finalement, j’ai réussi à ne pas dépenser un sou aujourd’hui en protestation assez pathétique contre les excès de l’inauguration — cette fameuse journée de « Not a Red Cent » dont j’ai écrit il y a quelques jours. On va ce soir à un vernissage de photographies prises par un membre dit de la Haute Société Homosexuelle (on nous a promis une foule de beautés — on verra si c’est vrai ou pas) dans l'appartement d’un privé (ce qui est déjà suspect pour le snob du monde de l’art qui je suis), ensuite on rentre manger chez nous (peut pas aller au restau). Nous sommes très malins — on a acheté tout ce qu’il nous fallait hier soir — un potage « toscan » aux fèves, un poulet rôti, des haricots verts, une salade, du fromage. On mettra tout dans le micro-ondes pour réchauffer — à part les haricots verts, qu’il va falloir cuire. Voilà, on fait ce qu’on peut.