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De errationibus in urbe

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Photo de l'agent italien Nicola Calipari tué par des soldats américains en Irak après avoir sauvé l'otage Giuliana Sgana

Ici il fait plutôt beau — pas encore le printemps (la neige qui reste aux bords des trottoirs ne fond toujours pas, par exemple) mais on pourra maintenant l'espérer pour l’avenir. Les nouvelles hier de la mort de l’agent des services secrets italiens m’a pourtant déprimé — encore une bavure militaire. Aux infos de la radio publique, à huit heures du matin, on a parlé d’un incident par « des forces de la coalition » — aucune mention de troupes américaines, dont la présence était cachée dans ce mot vague de « coalition » en dépit des gros titres chez la BBC, Reuters, et CNN. C’est bien ça, la censure « douce » — on s’est très bien rendu compte de ce qui s’est passé avec le responsable de CNN qui a osé suggérer que les forces américaines avaient tiré sur des journalistes « indépendants » en Irak. J’étais tellement énervé que j’ai envoyé un courriel de protestation contre ce blanchiment lâche à la direction du service actualités de la National Public Radio.

On savait d’avance ce qu’allait dire l’administration Bush — on a tout de suite plaidé l’innocence des troupes en expliquant que la voiture roulait trop vite vers un contrôle. Malheureusement, la journaliste italienne libérée qui a été blessée dans la circonstance a donné une version complètement différente de ce qui s’est passé.

Les carnets politiques américains n’en parlent pas beaucoup — ont-ils peur aussi d’offusquer nos troupes ? Néanmoins, on trouve chez Left I une bien rare mention de la libération de la journaliste italienne à Bagdad. Et aussi chez Billmon, qui imagine les réactions de la carnetosphère de droite sur l’incident de la « pute coco » et des médias « du centre » qui font des insultes contre nos boys en disant la vérité.

Le New York Times semble aussi ne pas vouloir se faire la cible des « patriotes ». L’incident n’est que cité (pourtant avec une photo de l’Italienne blessée) dans un article général sur les morts en Irak qui se trouve à la page 14 du journal papier. Des lâches.

Mais il fait plutôt beau et je suis demi-veuf à cause du cours de Microsoft du copain (il rentre souvent vers 22 heures tous les soirs). Donc je fais une promenade avec Betty, qui, comme nous tous, vieillit. On y va lentement, de la 7e avenue vers la 5e et encore jusqu’au parc de la place Gramercy.

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L'entrée de la boîte célèbre Village Vanguard dans la 7e avenue — c'est dommage que je n'aime pas trop le jazz

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De bergères sexy dans la vitrine pascale d'un sexshop

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Vue de la 5e avenue vers le nord de la 12e rue

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Et puis, le nouveau bureau qui brille au fond !

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Ce drapeau propose une réponse amusante à la question posée à un alcoolique mondain : où es-tu allé hier soir ? À laquelle on peut répondre sans mentir : « No idea »

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Avenue du Parc Sud à la 20e rue

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Le parc de la place Gramercy, avec la tour de l'immeuble Chrysler tout à fait au fond

Et puis on rentre, en passant par le parc de la place de l’Union et la 14e rue, bondée de monde, jusqu’à la 7e avenue et notre rue à nous, la rue Perry.

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Une maison un peu « à la vénitienne » dans la 19e rue est

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La maison dite de Washington Irving (faux) mais d'Elsie de Wolfe et d'Elizabeth Marbury (vrai) dans la place Irving — deux lesbiennes fascinantes — la de Wolfe est devenue Lady Mendl et a habité un pavillon extraordinaire à Versailles pendant des années

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Le côté nord de la place de l'Union

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L'entrée sud au marché de la place de l'Union

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Une soupçon de la Nouvelle-Orléans dans la rue Charles ?

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Et puis, la rue Perry

Je laisse Betty se reposer sur le canapé et je sors d’abord pour manger quelque chose. Avant l’arrivée du copain dans ma vie, je sortais avec un acteur/mannequin un peu, euh, disons, compliqué. De toute façon, il était strictement végétarien et c’est à cause de lui que j’ai découvert ce petit restaurant végétarien dans l’avenue Greenwich.

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Village Natural dans l'avenue Greenwich

Cela fait des années que je n’y ai pas mis le pied, mais cela n’avait pas du tout changé, sauf que tous les serveurs, autrefois quasiment tous des hippies un brin demeurés, sont maintenant des Asiatiques très agréables et éveillés. Mais la carte n’a pas changé — j’ai pris des pancakes au blé noir pour commencer et une omelette « à l’occidentale » — ou « western » si l’on veut, c.-à-d. avec des oignons et du poivron vert. Mais le plus intéressant, c’était la clientèle. Il y avait deux groupes d’environ une douzaine de personnes chacun à manger le brunch bio — l’un se composait seulement d’hommes, mais ils n’avaient pas l’air d’être tous des homos — ça faisait l’effet des Stammtisch que j’ai vus en Allemagne, ces rassemblements d’hommes pour manger ensemble dans une sorte de fratrie basée sur — euh, je ne sais pas, moi. Dans l’autre groupe, il y avait des hommes et des femmes, et là aussi, quelques homos et quelques lesbiennes évidents . Chez tous les deux, on était très polis, très calmes. Les invités ont quitté leurs tables un par un pour payer séparément la note à la caisse, et ensuite tout le monde s’est dit au revoir en se serrant dans les bras avec enthousiasme. Des gens de chez AA ? Je ne sais pas. Mais à part eux, il y avait un couple de mannequins extraordinaires — une jeune femme et un jeune homme — et un couple d’homos plus âgés mais vraiment beaux, eux aussi ! Et tout le monde avait l’air de se connaître. Moi je lisais un bouquin que j’avais acheté il y a un an tout en mangeant et en regardant entrer et partir ce monde curieux.

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Le marchand de disques extraordinaire Footlight Records dans la 12e rue est

La faim rassasiée, j’ai continué mon parcours jusqu’au disquaire extraordinaire Footlight Records dans la 12e rue est où je cherchais une chanson sur CD d’une bande sonore des années 80 (Together in Electric Dreams de Giorgio Morodor). C’est extraordinaire, cette boutique — le personnel est aussi sympa que génialement différent — le caissier aux cheveux d’Elvis, l’assistant ventru à la voix aiguë (en plus sans aucune affectation), et les autres. Sans parler des clients, comme un énorme Allemand habillé en loden qui feuillette une pile impressionnante de pages Internet imprimées sur des enregistrements obscurs qu’il achète. (Il y avait moi aussi dans le magasin bien sûr, mais comme je suis plutôt fade d’apparence, je n’ai dû rajouter rien de bien intéressant.)

Ensuite je suis passé à la 4e avenue, ancien quartier des librairies d’occasion où aujourd’hui il n’en reste que deux, et celles-ci sont nouvelles. Je suis allé à la librairie Alabaster où j’ai trouvé une édition Faber & Faber épuisée de trois pièces de Harvey Fierstein qu’il a plus tard réunies dans la célèbre Torch Song Trilogy. Ensuite j’ai passé une bonne heure à fouiller dans les bibliothèques du Strand, où j’ai trouvé un exemplaire pas trop abîmé de « Le XVIIIe siècle français » dans la collection Connaissance des Arts parue chez Hachette en 1956. (Je n'ai payé que 20 $, non pas les 25,25 € !) Hé oui, c’est surtout pour rêver un peu — habiter une petite gentilhommière en Normandie au lieu d’un taudis dans le Village, pourquoi pas ? Pour conclure cette journée agréable et oisive, j’ai déposé mes achats au taudis et je me suis offert un massage d’une heure au Centre Tai Ji Chinois de la rue Christopher.

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Il n'est pas élégant mais il suffit

C’est Frank qui s’occupe de moi, un petit Chinois assez trapu qui me fait geindre de douleur quand il presse les « nœuds » musculaires qu’il trouve chaque fois autour de mes épaules. Il me marche dessus, pour me craquer le dos, à l’aide des béquilles. Pour terminer, il s’attaque aux points de pression dans les pieds — ça fait (un peu) mal, mais après on se sent bien. Après une heure de torture délicieuse, je me rhabille et lui paye ses efforts. À la maison, je reçois l’amie marchande de tableaux pour la première fois depuis son opération. Elle a l’air bien. On va recommencer la chimiothérapie en six semaines, pour être sûr d’avoir attrapé tous les cancers, et elle mange peu. Mais on a bu un verre de rouge chacun et jouait avec Betty.

Aujourd’hui, c’est Betty qui est malade — est-ce la promenade d’hier, ou le gros bâtonnet en peau de buffle que lui a offert l’amie marchande de tableaux, qui lui a fait mal. Il y a rien de pire, ou de plus inquiétant, qu’un enfant ou qu’un animal qui n’arrive pas à expliquer ce qui ne lui va pas. J’ai laissé un message chez la vétérinaire pour prendre rendez-vous chez elle demain.

Et puis les parents du copain viennent de m’appeler pour dire qu’ils pensaient acheter notre maison, qui a subi ce week-end une « open house » — une période de deux heures samedi et dimanche où le public (et les autres agents immobiliers) sont invités à venir inspecter la propriété sans prendre rendez-vous avec notre agente. C’est pour cela que je n’ai pas voulu aller à la campagne ce week-end, l’idée d’un tas d’étrangers curieux dans la maison me rendant tout à fait mélancolique. Mais il faut le faire, on nous dit.

Pour remonter un peu le moral, je vous recommande ce site méchant go fug yourself qui a pour devise : Fugly is the new pretty. Je l’ai trouvé grâce au site Dcmediagirl.

Et pour ceux qui comme moi auraient un peu marre de tous ces chrétiens criards, spécialité de chez nous, je vous recommande ce billet du « révérend » Mykeru qui satirise les preuves de l’authenticité de la religion chrétienne proposée par un certain Josh McDowell en révisant ses propos d’une manière assez drôle. Et comme j’ai déjà eu occasion dans ce billet de parler de bâtonnets pour chiens, je ne puis me garder de signaler le concept déjà réservé du « Savior on a Stick® » — ici en Amérique il faut savoir vendre ses idées.

Comments

Eh bien oui, mon blog est bien nommé "journal virtuel d'un alcoolique mondain ou journal mondain d'un alcoolique virtuel". Alors, le drapeau "What did you do last night ? No idea", je me l'approprie car il pourrait, il peut me concerner au premier chef. Pourtant, hier je ne suis pas sorti, et je n'ai pas bu. Juste après ma séance de shiatsu qui a bien duré 1h30/2h00, je ne me souviens plus très bien, je suis rentré dans mon palace personnel pour un en-cas et une soirée à la maison avec mon chat le bien nommé little nemo of slumberland. Une question s'impose : suis-je vraiment un alcoolique mondain ?

Cher Grey, je pense que la qualité d'alcoolique mondain ne dépend pas seulement de la fréquence des sorties en ville ni de la quantité d'alcool consommé dans des bars branchés et puis, après deux heures de shiatsu, on s'attend quand même à un peu de relâchement nocturne, vous ne trouvez pas ?

La mort de Nicolas Calipari est une affaire lamentable. On nous dit que c'était une zone "contrôlée", que la voiture roulait trop vite. Que c'était des "réservistes" fraichement débarqués qui ont tiré. Des réservistes qui confondent consignes de sécurité et le jeu Deer Hunter.

Ce week-end, j'ai fait un rapide sondage sur Technorati. Tous les blogs italiens en ont parlé. Côté US, c'était le calme plat, à part quelques allusions ("If Eason Jordan was right?"). Atrios a fait un court article dès le 4 au soir. Sur Daily Kos, c'est Jerome from Paris qui sous le coup de la colère s'est chargé de réveiller tout le monde. Hier chez Johnson et sa LGF (Legionen Grünen Fussball), les habitués s'excitaient contre les déclarations de la *Kommuniste* Sgrena. Johnson a commis une belle boulette en se trompant de voiture : il a affiché celle de l'enlèvement croyant que c'était la mitraillée. Mais quelle bande de cons ! Ca fera 8M de rançon pour les terroristes sunnistes et le massacre va pouvoir continuer.

Sinon je connaissais Go Fug Yourself depuis un trimestre. Visiblement, ça marche très fort pour eux, ils sont passés sur Typepad. Certaines figures sont inconnues en Europe, mais tout le monde y passe.
Ca, ça vaut son pesant d'Hemingway à Paris.