De moribus levibus
Un coucher de soleil impressionnant dans la rue Perry hier soir, à la fin de la tempête de neige — désolé pour le flou de l'image, mais mon appareil a toujours du mal à prendre de photos nettes au crépuscule
Ceux qui s’intéresseraient à un certain mode de vie new-yorkais ou qui chercheraient à mieux comprendre l’humour un peu particulier qu’on trouve par exemple chez Gawker devraient lire le bouquin écrit par le journaliste anglais Toby Young intitulé « How to Lose Friends & Alienate People » dans lequel il décrit assez finement ses mois passés au service de la revue Vanity Fair. Paru en 2001, le livre est déjà un peu périmé, mais l’auteur n’est pas bête (il a fui New-York pour s’installer de nouveau à Londres) et il a un don pour la langue du moment (par exemple, les « clipboard Nazis » — en général un bataillon de jeunes filles en minijupes noires Chanel qui tiennent les listes des invités aux défilés de mode, aux boîtes, aux soirées de vedettes sur des écritoires à pince— et les « Condé Nasties », le nom d’ensemble pour ces employés insupportables et snob de la société Condé Nast. On y trouve un tas de blagues plus ou moins connues — Anthony Haden-Guest devient, après quelques verres de vin, Anthony « Uninvited-Guest » — et ainsi de suite. Après un certain temps, M. Young remarque que « Vanity Fair is basically just People magazine for those who can read without moving their lips. » (Je trouve qu’il n'a pas tort.)
En parlant des femmes à Manhattan (et il est farouchement hétéro, d’où le titre d’un des chapitres « Not Nearly Gay Enough »), il se demande « why is a prominent husband still considered such a desirable asset » ? Surtout par des femmes qui ont déjà un succès reconnu. « The ideal, » M. Young suggère « is to become the female half of a power couple. In Manhattan, the highest tier of society is occupied by the all-conquering husband-and-wife teams : Diane von Furstenberg and Barry Diller, Diane Sawyer and Mike Nichols [qui nous ont acheté le premier tableau vendu à la Foire il y a deux semaines], Gail Sheehy and Clay Felker, Binky Urban and Ken Auletta, Tina Brown and Harold Evans — the list is endless. For the city’s most ambitious women, this is the ultimate goal. »
Ça n’a pas marché pour lui au magazine parce que, fondamentalement, il n’y croyait pas : « I never took the magazine or the world it operated in very seriously. » Ceux qui travaillent et réunissent à Vanity Fair sont ceux qui sont des « true believers » en la mode — dans le Zeitgeist du moment. « By wearing the hippest styles, humming the latest tunes and eating at the hottest restaurants, they believe they’re staying in touch with something significant and profound. »
La superficialité, c’est souvent la matière la plus difficile à apprendre. Manhattan, c’en est une Grande École.
Comments
Bonjour Edouard ! Et dire que je ne connaissais pas ce livre ! Mais je vais courrir chez W.H. Smith et Brentano's. J'avais naturellement lu le roman de Lauren Weisberger "The Devil Wears Prada", mais ce fut par certainn aspect, trop bien pensant et pas assez politiquement incorrect. Le happy end final est décevant. Bref un livre pas assez méchant et faussement cruel. Ce qui est drôle c'est que l'auteur a été l'assistante de Anna Wintour et on peut supposer qu'elle s'en est inspiré en partie pour le personnage de Miranda Priestly. Et dans la réalité, THE Anna Wintour a été entarté juste avant d'assister au défilé Chanel par une militante anti fourrure. Voilà les petit grains de sable qui font hurler de rire quand on voit, ou qu'on apprend la chose. Ce commentaire n'ajoute rien d'intelligent au post. Aujourd'hui à Paris, il y a d'autres préoccupations : la grève des transports en commun. Amis marcheurs priez pour qu'il ne pleuve pas ;-)
Posted by: Grey | mars 10, 2005 02:33 AM
On pourrait également dire que Vanity Fair est un Harper's pour les passioné(e)s d' « American Idol » ... mais bon, je ne suis pas très au courant, par contre j'avoue beaucoup aimer le carnet de James Wolcott, qui est rédacteur chez Vanity Fair.
Posted by: vaara | mars 10, 2005 05:40 AM
très jolie photo! on dirait qu'il y a un incendit, presque.
fashion: LA mode
way of life: LE mode de vie...
le français est trop bizarre...
Posted by: miss lulu | mars 10, 2005 03:36 PM
Attention, Grey, ce n'est pas de la grande littérature, ce bouquin — mais j'ai quand même souri en le lisant pas mal de fois. J'espère que tout s'est arrangé avec les transports en grève — on en a parlé à la BBC, mais non pas à la ABC.
Vaara, je suis tout à fait d'accord — le carnet de James Wolcott est exceptionnel et j'y passe tous les jours.
Merci, Miss Lulu — j'ai corrigé la faute (au moins, celle-là).
Posted by: Édouard | mars 10, 2005 09:22 PM
Edouard, hélas oui je me doute bien que parler de la mode et de ce monde superficiel, n'engendre pas de la grande littérature. Sauf peut-être le livre d'Edmonde Charles-Roux "Irrégulière, mon itinéraire Chanel" ou celui de Paul Morand beaucoup plus ancien.
Posted by: Grey | mars 11, 2005 02:19 AM