Sumusne insani ?
On traverse la 6e avenue à la 33e rue ouest en route ver l'Empire State Building
Il fait beau, pas trop froid, finalement — ça n’empêche que les nouvelles de cette contrée sont — toujours et encore — de plus en plus folles et mesquines. (Est-ce un signe significatif de décadence ou seulement le délire sociopolitique momentané ? Sais pas.) Il y a d’abord cette décision de l’évêque de San-Diégo de ne pas permettre des funérailles religieuses dans l’église catholique de l’Université de San-Diégo pour un jeune homme gay, décédé d’une maladie du cœur pendant des vacances de ski. Le porte-parole du diocèse a déclaré que l’église de San-Diégo ne voulait pas permettre des services religieux aux « pécheurs manifestes » — ce jeune homme était propriétaire de deux bars gais du coin et aussi un important bienfaiteur financier pour la communauté gaie et lesbienne de la ville. Quelle honte ! J’ai de plus en plus envie d’envoyer tous les « chrétiens » de ce genre-là aux lions et aux requins — qu’ils jouissent de leurs martyres et nous laissent ensuite en paix. (On en parle aussi ici et ici.)
C'est là, sur la face occidentale du gratte-ciel, où se trouve l'unique fenêtre du bureau du copain
Mon rendez-vous avec la section sécurité terminé, je descends la 6e avenue pour aller à la galerie
Nous n’avons plus aucun sens de décence, c’est évident — les Républicains de la Chambre des représentants ont fait voter « un mandat de présentation » pour Mme Schiavo, une Floridienne qui est restée dans un « état terminalement végétatif » (du français googlisé, en français correct: état végétatif persistant — merci chrysante) (c'est-à-dire, aucune sensibilité consciente) selon les médecins depuis 1990 et qui continue à être nourrie par le moyen d’un tuyau. C’est ce tuyau que le mari de la patiente a essayé de faire enlever pour la laisser mourir tranquillement, mais les parents de Mme Schiavo y sont tout à fait opposés et ils ont réussi à faire intervenir l’assemblée législative de la Floride, ainsi que le gouverneur Bush lui-même — tandis que les tribunaux ont décidé à plusieurs reprises pour les droits du mari à décider le sort de sa femme. Mais, comme les républicains préfèrent protéger les vies des foetus et des comateux au lieu de celles des pauvres ou des malades, ils ont fait ce dernier truc dans la Chambre — à insister qu’elle vienne sous peine de … de quoi, exactement ? … sous peine d’une sanction pire que sa vie actuelle, je suppose, ce qui est quand même difficile à imaginer, voyons — à insister qu’elle vienne à Washington pour apparaître devant un comité de la Chambre. Alors, là, ce sera vraiment la cerise sur le gâteau, pour nous tous, de voir venir cette femme pitoyable dans les salles d’audience solennelles du Capitole — c’est peut-être à ce moment-là que le grand public américain se rendra un peu compte où l’on en est arrivé avec ces salauds dégoûtants. Et on en parle en français iciici.
Dans la 28e rue ouest, notre marché à fleurs
Billmon a publié un billet tout à fait sensationnel et colossalement spirituel sur l’avenir de Paul Wolfowitz, nommé à présidence de la Banque mondiale. Juan Cole publie un billet sur le même sujet mais avec une tournure complètement différente. Ils se foutent de nos gueules, hein, ces bushistes !
J'arrive enfin dans la 8e avenue à la 27e rue — une HLM syndicale au milieu et un court couvert de tennis en-dessus d'un MacDo
Malgré tout, il y a des lueurs d’espoir — s’il y en a peu par ici, il y en a au moins dans la mer de Corail, où je viens d’apprendre l'existence du Royaume gai et lesbien de la mer de Corail où tout membre de la tribu homo a le droit d’obtenir la citoyenneté corallienne (c'est basé plus ou moins sur la loi du retour en Israël). Le royaume se trouve à côté de l’Australie et sa superficie terrestre est de moins de 3 km carrés (oooh, on va être serrés, les gars). Par contre, il y a une infinité d'eau (on va être tous surfers bronzés). La monnaie officielle est l’euro, ce qui me semble un choix très raisonnable pour garçons sensibles et filles fonceuses. La bonne nouvelle m’a été révélée par l’incontournable Blogadoon, brave héritier de l’esprit fin d’Oscar Wilde.
On réaménage la nouvelle ambassade du Royaume qui se trouve, bien sûr, à Chelsea — hé bé, non, hélas, ce ne sont que de nouveaux appartements de luxe dans la 9e avenue
Et en plus, j'ai reçu ce matin mon badge d'employé de la boîte du copain (je me suis donné la qualité de chef de marketing et de publicité), depuis hier locataire d'un tout petit bureau au 49e étage de l'Empire State Building. Lundi j'y repasse pour choisir la moquette et la peinture — on ira ce week-end peut-être à Ikea ou ailleurs pour voir du mobilier de bureau — on ne va pas dépenser beaucoup, il faut être super-pingre, n'est-ce pas ? On n'est pas du Bernie Ebbers, nous !
Comments
Hello du soir et de la nuit (pour Paris) NYC est toujours égale a elle même. Juste une remarque sur l'orthographe de foetus, c'est un O E dans l'O ;-) sinon j'admire ma maîtrise des accents circonflexes.
A lire dans Libération, le papier d'Olivier Roy, directeur de recherches au CNRS à propos de la polémique autour de la publicité de Marithé et François Girbaud, inspiré de la Cène de Vinci. Je suis de son point de vu et son analyse est très fine. Je me suis peut-être mal exprimé sur le sujet, où alors certains blogueurs ne sont pas arrivé à lire entre les lignes du post que j'ai consacré (est-ce bien le verbe ?) à cette publicité la semaine passée.
Mais de quelle couleur sera la moquette du bureau du copain ?
Posted by: Grey | mars 18, 2005 06:36 PM
Merci, Grey, j'ai corrigé l'orthographe. Le choix de moquette fournie par le propriétaire n'est pas, vous vous en doutez, grand. Tout comme pour la couleur de la peinture — il y a du sand, wheat, ecru, cream, off-white, fawn, mushroom, taupe et ainsi de suite. Et le blanc (j'ai oublié !)
Posted by: Édouard | mars 18, 2005 06:50 PM
"état terminalement végétatif" serait plutôt "état végétatif persistant". A part ça, je suis cette histoire depuis quelques mois déjà et même si cet acharnement me surprend autant que toi, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'une fois qu'ils retireront le tuyau, elle mourra de faim, en quelques jours ... drôle d'histoire ...
Posted by: chrysante | mars 19, 2005 03:14 PM
Merci, chrysante, pour la phrase correcte — la mienne était une calque de l'anglais « terminally vegetative state ». C'est curieux, Antidote Prisme, que j'adore, ne reconnaît pas l'adverbe « terminalement » mais on retrouve un tas d'exemples chez Google — voilà le problème !
Posted by: Édouard | mars 20, 2005 07:52 AM
je trouve horrible de laisser cette femme mourir de faim alors qu'il existe des moyens de l'"endormir" rapidement et sans souffrance. mais bien sur, ca serait de l'euthanasie et ca, c'est impossible dans ce pays! c'est fou!
Posted by: miss lulu | mars 20, 2005 05:26 PM
J'ai lu dans la presse suisse ce matin (presse francophone, vu que je vis dans la partie ouest du pays) l'expression "état végétatif permanent". J'ai donc vérifié sur le net et l'expression "état végétatif persistant" semble bien être la bonne. Cela dit, j'aimerais écrire l'anglais aussi bien que toi tu écris le français ... Merci pour les photos, je me régale à chaque fois ! Chris
Posted by: chrysante | mars 21, 2005 04:02 AM