Tabella-flumen
Une drôle d'ombre
Toujours aucune trace de Verizon au bureau du copain malgré les promesses répétées (« Oh, you’re the first job on our list for Monday » — il est dix heures et demie, c’est vous dire combien ils bossent dur, mais dur, chez Verizon). J’ai donc pris la relève, m’installant devant un des jolis bureaux tout blancs tout propres (mais pour combien de temps ?) de chez Ikea à taper ce billet tout en écoutant iTunes. J’ai eu ce matin, je ne sais pas trop pourquoi, un accès de fièvre d’achat de chansons plus que vieilles qui me font réfléchir à mon passé, les grands moments de bonheur inespéré, comme ceux d’une tristesse noire et, il me l’a semblé alors, infiniment profonde. Mais rien ne dure, ni ces bonheurs, ni ces tristesses — ils sont tous apprivoisés par le temps et par l’habitude – et heureusement, je dis. Sinon on n’en sortirait jamais, n’est-ce pas ?
Un des ces immeubles résidentiels si typiquement new-yorkais — celui-ci se trouve au numéro 1 de la rue Christopher
Je suis venu ici par métro que j’entre à la station de la 4e rue ouest. J’ai le choix de lignes — A, V, B, et F, elles vont toutes à la 34e rue. Dans la voiture de métro dans laquelle j’ai monté, il y avait une douzaine de personnes au moins qui portaient des écouteurs iPod. Ça fait des années que j’ai des iPods, grâce au copain qui adore ce genre de gadget électronique et qui m’en donne sans s’informer trop auprès du récipient (moi) si ça lui fera particulièrement plaisir ou pas. Mais c’est pareil pour les anciens baladeurs Sony — j’aime pas me promener avec. Je n’aime pas surtout me sentir coupé de la réalité sonore qui m’entoure. Les sons, ils m’intéressent, ainsi que le hasard et la surprise — deux traits plus ou moins absents de l’écoute d’un iPod (même en mode aléatoire) où l’on a tout de même dû choisir ses chansons avant de les télécharger. C’est pourquoi, dans la voiture, je préfère écouter la radio — quoiqu’elle devienne de nos jours de moins en moins « originale » à cause de la grande concentration médiatique qu’on éprouve ici depuis l’époque Reagan et dans laquelle la programmation individuelle des anciennes stations de radio locales a été reprise par des spécialistes à Los-Angeles et à Chicago — on doit par conséquent subir les mêmes chansons populaires médiocres de Portland, dans le Maine, à San-Diego, économie d’échelle oblige. Mais bon, on ne sait pas tout à fait ce qu’on va passer. Et il y a toujours la possibilité de découverte.
Je ne résiste pas — et en plus ça brille ! (Je suis sorti pour chercher de quoi manger au bureau)
Dans la 5e avenue à la 33e rue
Dans l'avenue Madison, où j'ai trouvé une « sandwicherie » pas mauvaise du tout et qui livre à l'immeuble
Ce trou sera rempli d'un immeuble résidentiel de 50 étages de hauteur — au fond on achève une autre tour
L’effet bande sonore que nous offre des iPods, je trouve que cela fausse la réalité (quelquefois pour le mieux, j’avoue) et je n’aime pas cette curieuse distance un peu froide que je ressens quand j’écoute la voix superbe de Donna Summer en regardant une grosse femme laide à l’expression énervée traînant de gros sacs de magasins peu chic et luttant pour une place sur le banc de la voiture de métro trop petite pour son derrière. Est-ce comique ? Est-ce ironique ? Est-ce atemporel, dans la manière d’un rêve ?
Dans le gymnase, porter des écouteurs signale à autrui qu’on cherche à ne pas être dérangé par qui que ce soit. Je ne parle presque jamais à personne au gymnase — je dis bonjour aux entraîneurs qui sont là tous les jours mais c’est tout, sauf si je rencontre un ami ou une connaissance. C’est vrai que la musique qu’on joue dans les salles n’est pas toujours de la plus haute qualité, surtout si l’on préfère le rock classique (non, non, pas moi — c’est plutôt le disco bête et rythmique que je veux écouter au gym.) Mais je trouve qu’il est un peu asocial le port des écouteurs — tout comme le port du voile, d’ailleurs — tous les deux mettent à part. On est déjà assez séparé, je trouve — nous faut-il encore des signes de méfiance ?
Donc, ce matin, atteint d’un accès de nostalgie sentimentale provoquée en partie par une chanson que j’avais entendue dans un magasin hier après-midi, j’ai acheté des chansons chez iTunes. La première était la version de « Helpless » chantée par K D Lang, qui commence par les paroles toutes simples de « There is a town in north Ontario… ». L’originale était écrite et chantée par Neil Young, compositeur d’un énorme talent qui a aussi écrit et chanté « Don’t let it bring you down » qu’Annie Lennox a plus tard interprété dans une version ravissante. J’ai aussi acheté « Woodstock » et « Rainy Night House » d’un des premiers albums de Joni Mitchell « Ladies of the Canyon » (vous voyez combien j’ai raison quand je vous assure que je suis indiciblement âgé).
La table de samedi soir
Le week-end s’est assez bien déroulé — on a dû aller à un dîner où il y avait un couple de républicains (riches, débiles et, le pire de tout, originaires du Nouveau-Jersey) invités par une grande amie de la maîtresse de maison qui a envie, il paraît, de les lancer dans le « monde » du village. Moi je m’étais déjà plaint auprès de notre hôte (une grande amie à moi à qui je peux dire tout sans réserve) en lui disant que je n’avais aucune envie de passer une soirée en compagnie de ces gens-là qui sont, pour moi, infréquentables (ou, plus précisément, qui ne valent pas l’effort qu’on les fréquente). J’avais menacé de décommander, mais finalement j’ai accepté de venir (sa fille pratique m’ayant conseillé de me saoûler avant d’aller chez sa mère) — il y avait d’autres invités très amis avec qui on s’est beaucoup amusé à faire des plaisanteries à propos du pape, de la Schaivo, de ma mère avare (elle m’aurait enlevé la fameuse sonde d’alimentation tout de suite afin de minimiser le montant), et du prince Rainier afin de choquer la femme bien pensante du couple. De l’esprit mortel, quoi !
En dépit du soupçon de gueule de bois que j’avais le matin suivant, on a décidé de rentrer tôt à New-York. Il faisait très beau, très chaud. Pendant que le copain et Betty dormaient, j’écoutais l’émission de Jerry Springer sur Air America — il protestait la candidature de John Bolton comme ambassadeur américain à l’ONU. C’est un personnage curieux, ce M. Springer, et quelle carrière variée ! — ancien maire de Cincinnati, animateur d’une émission de télé trash célèbre, sujet d’opéra monté à Londres et maintenant animateur d’un programme à la nouvelle radio de gauche Air America.
Photo prise dans la 17e rue ouest pendant que le copain faisait pipi dans le bar pédé Splash de l'autre côté
Ah, bon, le type de Verizon est enfin venu — il s’appelle Alberto et il est sympa. On va bientôt avoir une ligne téléphonique !
(Alberto est parti — on a un téléphone ! Le copain s'occupe du haut débit. Je le laisse faire et je rentre à la maison, où il faut que je sorte Betty.)
Comments
Je me suis mis depuis peu à la lecture de tes aventures et j´adore.
Toujours un bon moment..
merci.
Posted by: Wendy | avril 11, 2005 05:29 PM
Ils diffusent toujours des épisodes de I love Lucy au Splash ? Je me souviens avoir dragué un comédien (c'est fou le nombre de comédiens qu'on croise à NYC) et un jeune hispanique (du New Jersey, oui nobody's perfect Edouard) le tout sans prêter attention aux gogos prenant leur douche.
Posted by: Grey | avril 11, 2005 05:43 PM
Ton blog est toujours aussi merveilleux ; comment fais-tu pour donner à ce point l'impression d'être avec nous ?! C'est un magnifique talent. Bravo et, si tu as deux minutes, merci de jeter un coup d'oeil à www.vraiparsien.canalblog.com
Bye,
Ben
Posted by: Benjamin Randow | avril 12, 2005 04:50 AM
Of course, la bonne adresse est : www.vraiparisien.canalblog.com (ne pas oublier le premier "i" de parisien...
Posted by: Benjamin Randow | avril 12, 2005 04:52 AM
encore une merveilleuse promenade dans la ville avec vous ,et par un soleil radieux,ce qui ne gate rien .Je constate avec plaisir que l'installation s'est pas trop mal passée.
Voila, les bagages sont prêts, demain nous prenons l'avion pour chicago .Nous y resterons jusqu'à dimanche,puis cap sur la grosse pomme, pour 6 jours .J'ai un peu le trac ,j'avoue, j'ai vos images dans la tête et les adresses de camille-de-la-gazette...
Posted by: antag | avril 12, 2005 03:56 PM
salut... en passant!
jm
Posted by: jm | avril 12, 2005 04:01 PM