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Curæ quotidianæ

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Dans le parc de la place Jackson, triangle entre la rue Horatio, l’avenue Greenwich (la rue la plus vieille du Village) et la 8e avenue, un petit soupçon de printemps

L’illégalité des arrestations faites à New-York l’été dernier pendant la convention républicaine est le sujet de correspondance outragée adressée au Times d’aujourd’hui, mais tout le monde se rend compte bien cyniquement que rien ne changera. La police, sanctionnée par une administration républicaine elle-même portée vers la suppression des droits publics par tous les moyens, y compris la torture, continuera à arrêter illégalement ceux qui voudraient contester les politiques républicaines dans le but de les taire.

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Des façades d'anciens grands magasins du « Ladies' Mile » dans la 6e avenue dont plusieurs sont en train d'être aménagés en appartements

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Le quartier coréen s'avance jusqu'aux pieds de l'Empire State Building — ce restaurant se trouve dans la 33e rue ouest

Dans les chambres du Sénat, on peut suivre les audiences de confirmation des candidats proposés par l’administration Bush pour les postes d’ambassadeur à l’ONU et de « chef de la sécurité de la patrie » — nom à sonorités dûment totalitaires. Dans le cas de John Bolton, l’éditorial du Times prend note du joli trait de caractère professionnel du candidat qu’on lui a revendiqué hier — a « kiss-up, kick-down sort of guy », ou un lèche-cul pour ses supérieurs et un lâche envers ses inférieurs. Pour M. Negroponte, la publication mardi par le Washington Post de câbles rédigés lors du « projet spécial » de la guerre contre le gouvernement sandinista au Nicaragua et qui fait l’objet de cet article dans le Times, montre bien combien et comment il s’est mêlé peu convenablement dans les affaires internes de ce pays. Mais en dépit de l’évidence qui montrerait sans aucun doute pourquoi ces hommes ne devraient pas être confirmés par le Sénat, il y a, en effet, très peu de chance qu’ils ne le soient, étant donné la majorité républicaine du comité, pour laquelle, comme on le voit maintes et maintes fois, une reconnaissance de la vérité a visiblement moins d’appât que la loyauté partisane. Tout comme les rapports officiels sur les « événements » qui se sont déroulés à la prison d’Abou Ghraïb dans lesquels les faits ont été essuyés afin d’excuser surtout le haut commandement des forces armées — l’importance de la loyauté a encore raison de celle de la vérité.

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L'autoréférentiel en pierre — l'intérieur revêtu de marbre d'un ascenseur dans l'Empire State Building

Sur un autre plan, depuis le moment où le copain et moi nous avons mis notre maison de campagne en vente, nous prêtons attention à l’état de l’économie américaine un peu plus qu’avant. La raison est simple : on cherche à s’offrir un petit fond d’argent comptant et on pense que, étant donné les conditions actuelles du marché immobilier, il vaut mieux en profiter tandis que les prix restent élevés. Mais on guette le cours de la Bourse et les taux d’intérêt et le prix du pétrole avec une anxiété nouvelle. Pourquoi ? Parce que quand la Bourse baisse, on se sent moins riche et donc moins disposé à s’acheter une jolie (mais petite) maison. Et parce que, quand les taux d’intérêt montent, il devient de plus en plus cher d’emprunter de l’argent à une banque, ce qui fait que notre (petite) maison coûtera encore plus de sous. Et finalement, parce que, avec l’essence ordinaire à 2,29 $ le gallon (et nettement plus pour le super), ça coûte de plus en plus cher de rouler 225 kilomètres l’aller simple tous les week-ends, surtout si on a, comme la plupart du monde, il me semble, de gros 4x4 ou véhicules tous terrains. En plus, ce genre de billet nous fait peur aussi. Il est de plus en plus évident que nous, Américains, nous vivons dans un monde détaché de la réalité économique. Mais les signes sont là, visibles pour tous qui voudraient les reconnaître — plus que la moitié des meubles qu’on a achetés pour le nouveau bureau du copain sont d’origine chinoise, ainsi que la plupart des sacs en plastique et des emballages. Le reste est venu de Slovénie, de Slovaquie, de Grande-Bretagne, du Canada et du Mexique. Nous, on ne fabrique plus rien. Et en voici un résultat.

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Le nouveau bureau du copain à présent

En suivant l’actualité, je suis de plus en plus convaincu que la sclérose politique de ce pays ne sera surmontée que par une crise d’un ordre entièrement inattendu. Cette crise sera précipitée en toute probabilité d’origine économique — flambée du prix de l’essence, effondrement de valeurs immobilières, chute effrénée du dollar. En tout cas, quelque chose de très désagréable qu’on n’a pas tellement envie de considérer en face.

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On traverse la 8e avenue en direction de la galerie devant des taxis féroces

J’espère bien qu’on aura vendu la maison avant que cela n’advienne !

Comments

Fine analyse de la situation économique des pays "riches", mais pour combien de temps encore. La crise viendra, effectivement, mais prendra sans doute une forme totalement inattendu. Ici, en France, je pense que le moment approche. Nous avons eu le 21 avril 2002 (l'extrême droite au second tour de l'élection présidentielle) et la campagne sur la constitution européenne (ou le "Non" est en constante progression d'après les sondages) démontre que les Français ne savent plus où donner de la tête. Ils ont peur de l'avenir, peur du monde tel qu'il évolue et se réfugient dans un monde rêve de fausse sécurité, d'idéalisation du passé (il n'y a qu'à voir le triomphe des films rétros, comme "les choristes")... On est mal partis, c'est moi qui vous le dit !!! Et pendant ce temps-là la Chine et l'Inde se réconcilient pour, eux, ne pas perdre leurs forces en d'inutiles conflits.

Cela n'a rien à voir avec le contexte mais j'ai déjà entendu plusieurs fois de sources différentes (par le biais de LVMH et dans le cadre du travail) qu'il est très "in" de critiquer New-York, de trouver la ville invivable et de vouloir s'en aller en Europe, dans les montagnes suisses pour certaines Institutions en particulier. C'est plutôt "amusant" parce que je me rappelle quelques uns de tes billets, mais surtout triste parce que cela me donne à penser qu'effectivement l'ambiance autour de toi n'est pas des plus agréables. New-York près les Etats-Unis comme Alexandrie près l'Egypte.

Pas encore eu l'occasion de te dire que j'ai durant un moment cru que tu arrêtais le blog (dans le billet, d'une splendide tenue d'ailleurs, qui expliquait pourquoi le titre de Sale Bête en référence à la bonne de tante Léonie). Plus de peur que de mal.

J'en profite également pour te dire combien j'aime beaucoup tes titres latins.

Bien à toi,

S.

D'après ce que j'ai lu ça et là, je pense et je crains que la crise ne vienne d'Asie et soit d'abord monétaire. Si le Japon ou la Chine s'enrhume, ce sera au tour des E-U d'éternuer...

En tout cas, quelle tristesse de voir les Etats-Unis se recroqueviller sur eux-mêmes, fermer leurs frontières, restreindre les libertés à l'intérieur (mes amis (gays) du New Hampshire pensent sérieusement s'installer en Ontario ou au Québec depuis qu'on parle de légiférer contre leur nouveau droit au mariage).

En tout cas merci beaucoup pour tes analyses, et pour toutes tes belles photos que je viens regarder tous les jours.

J'aimerais bien revenir visiter la Grosse Pomme, mais ce ne sera pas avant de remplacer le passeport (pourtant tout neuf) de mon chum...

A bientôt

Olivier (Montréal)

formidable billet, édouard !
je vous souhaite aussi de pouvoir vendre votre maison sans problème.