In insula (pars secunda)
Le scrutin français sur la Constitution européenne sera bientôt terminé. Je pense que j’aurais voté oui. Mon raisonnement : il n’est pas sain pour le monde que les États-Unis soient une puissance sans bornes, et à présent les valeurs d’une Europe unie me paraissent un contrepoids utile à la mégalomanie américaine. Voilà — ce n’est pas bien profond et ce qui est absent dans cette analyse est tout le côté Chirac, « libéralisme », bureaucratie accrue, et ainsi de suite qui joueraient, il me semble, des rôles très importants dans les décisions des Français).
Il est strictement interdit de stationner au petit parking du quai d'embarquement pour l'île — on y permet une voiture par maison — les autres sont garées aux alentours de la base de la Garde côtière à dix minutes à pied
La salle d'attente et la billeterie des grands ferries pour le Nantucket et le Vignoble de Marthe
La grande rue commerciale du port de Woods Hole
Ce n’était pas par un temps radieux que je me suis mis en chemin vers le petit port de Woods Hole (ou le Trou de Wood — et je ne sais ni qui était cette personne Wood ni pourquoi son trou serait devenu un nom de village) — non, je plaisante, le « trou » ne serait qu’un pertuis aux courants forts entre la baie de la Buse et la baie du Vignoble de Marthe. Le village sert de port d’embarquement pour les grands ferries à destination des îles de Nantucket et du Vignoble de Marthe, et pour l’île de Naushon (qu'on prononce « naou-chonne »), où je suis allé rejoindre un ami de New-York qui y avait loué une maison pour une semaine.
Le bac qui m'amènera vers l'île
La côte embrumée
Entrée au rade de Hadley
L’île appartient à la famille Forbes de Boston et elle est gérée par un conseil d’administration en faveur des « actionnaires » d’une association fiduciaire. C’est un peu comme une copropriété — les actions donnent droit à l’usufruit de l’île (location « permanente » d’une des maisons, location temporaire dans la plupart des cas). L’association fournit un petit bac qui fait la navette entre Woods Hole et Naushon, dans le rade de Hadley. La traversée est d’une durée de vingt minutes. À cause des récifs et des écueils, le bateau doit zigzaguer avec grand soin entre les bouées.
L'abri des bateaux
Une des maisons les plus vieilles de l'île — Mansion House, dont la partie centrale date de 1810
En dépit du manque de macadam, il y a quelques véhicules sur l’île qui sont réservés aux gens chargés de l’entretien de l’île, pour livrer du bois pour les poêles et pour ramasser les ordures. Il n’y a pas d’épicerie sur l’île — il faut tout acheter sur le continent. Il y a des cases postales sur le bateau et l’on a le droit d’acheter des légumes élevés à la ferme par un système d’autosurveillance. C’est dire combien on se sent (agréablement) coupé du monde. Pour circuler, on va à pied ou à cheval.
Vers la maison
Vue de la ferme, le vrai centre de la vie de l'île
On y élève des moutons
C'est le commencement de la rue principale de l'île, qui la traverse jusqu'au bout occidental
La petite maison de mon hôte se trouvait à vingt minutes de marche du quai, sur une petite île à un nom indien à peine prononçable — Veckatimest — attachée à l’île principale par un pont et par une chaussée. L’année dernière les résidents ont découvert un grand requin blanc dans une des criques — on peut voir des vidéos de la bête ici. Ça ne donne pas tellement envie d’aller jouer dans l’eau, quand même !
Le pont du fameux requin !
La chaussée entre les îlots
Il y a à peu près vingt-cinq « habitations » éparpillées à travers l’archipel, qui vont de l’humble écurie réaménagée en cabanon louée par mon ami jusqu’à la grande demeure de douze chambres à coucher principales. La plupart se trouvent dans la partie orientale de l’île, mais il y en a un au centre, sur la côte sud, et un autre tout à fait au bout occidental, à 15 km à peu près du port d’entrée !
Vue de la maison que mon ami avait louée
Le salon (Louis XXV)
La salle à manger Regency
Dans le cabanon de mon ami, l’ancien candidat à la présidence John Kerry a écrit son nom dans le livre d’or qui débute en 1947 (sa mère est née Forbes, donc elle avait droit à passer des vacances sur l’île.)
La signature enfantine de « Johnny Kerry » est en bas de la page gauche
La cuisine
Les anciennes stalles avec des lits superposés
Ce n’est surtout pas le grand luxe à Naushon. C’est tout à fait le contraire de ce qu’on voit à Southampton où les grands banquiers et les agents de change se font bâtir d’énormes résidences équipées de tout ce qu’il y aurait de plus branché par les décorateurs chic les plus chers aux garages bourrés de Mercedes, de BMW, de Jaguar et de Hummer. Non,le décor, c’est plutôt délabré, les housses délavées sur le mobilier de salon sont un peu déformées par l’âge, les enfants, et les chiens qui y sont passés dessus. Non, le luxe qu’on ressent ici c’est l’absence de tous les embêtements usuels de la vie moderne : une circulation automobile folle, les queues devant les cinémas, la publicité visuelle, la pollution, les gens égoïstes qui se plaignent de tout. En effet, c’est atrocement snob, ce rejet de la réalité vulgaire de la vie d'ailleurs, mais on comprend vite pourquoi on cherche si vigoureusement à protéger la mode de vie un peu périmée qu’on mène si tranquillement à Naushon.
La maison du Pré du nord
La plage de baignade de la côte nord
Des murs de pierre sont partout
C'est toujours la rue Haute, un peu plus verte, au centre de l'île
On se sert des llamas pour protéger les troupeaux contre les coyotes
Un cerf se trouve au milieu de cette photo floue
(J'espère publier d'autres photos prises sur l'île plus tard.)
Comments
sont-ils heureux les gens qui peuvent ce permettre ce vrai luxe? - Peut-etre non, mais comme me dit un vieux monsieur "quand-meme, il vaut mieux pleurer dand une Rolls qu'a l'arret de l'autobus"
Posted by: ferouzeh | mai 29, 2005 01:05 PM
Magnifique endroit que tu nous montre de puis deux jours.
J'imagine qu'en soulevant une souche tu trouverais un écrivain ou deux, en pleine inspiration.
Cette ile semble être l'endroit révé pour écrire,
et la cuisine est terrible :)
Tu nous fais voir de beaux endroit..
Posted by: Louis | mai 29, 2005 01:45 PM
Magnifique en effet ! Avec quelques airs de Guernesey je trouve !
Posted by: Matoo | mai 29, 2005 03:49 PM
Photos splendides qui m'ont fait oublie (un instant) que la France a vote non. ;-)
Posted by: Pierre Carion | mai 29, 2005 04:29 PM
Je partirai bien quelques semaines m'isoler là bas.....
A défaut, il y a le Cantal, le Cotentin ou la Creuse........
Posted by: Quel Fourbi ! | mai 29, 2005 05:23 PM
Merci de m'amener dans des endroits où je n'irai jamais, avec cet humour distant, ce raffinement exquis qui font de vous un excellement compagnon de voyage virtuel.
Posted by: samantdi | mai 29, 2005 08:09 PM
merci édouard.
amusant le nom du bac, le "cormorant" ... qui a gardé son "t" final du 17° siècle.
Posted by: wam | mai 30, 2005 03:20 AM
>ferouzeh, c'est drôle, y en a qui sont très heureux, d'autres moins — mon hôte fait partie de ceux du milieu, content, mais se souvenant d'histoires de famille atroces.
>Louis, c'est beau, l'endroit, mais l'isolement peut aussi être nuisible aux créateurs.
>Matoo, c'est vrai (je ne connais pas Jersey), on compare l'île surtout aux îles écossaises (que je ne connais pas non plus).
>Merci, Pierre, toi qui habites déjà au paradis ; )
>Fourbi, oui, le Cotentin pourrait bien être similaire, je crois.
>Samantdi, merci, c'est trop flatteur
>wam, et en plus, ça se prononce chez nous — pas de T muet !
Posted by: Édouard | juin 1, 2005 10:57 AM