Nebulosus, calidus et umidus
Depuis cinq jours (à partir de dimanche dernier) il fait un temps (« hazy, hot and humid » de la météo TV repris en titre latinisé) qui écrase toute envie de réfléchir sur quoi que ce soit — mauvaises nouvelles de l’Irak, révélations régulières de nouveaux mensonges de Bush et Cie, histoires de grandes fraudes d’argent en Ohio (état qui a fait gagner Bush, ce qui n’est pas sans rapport dans la « victoire » de celui-ci), évidence de « lesbianisme » chez Hillary Clinton et tout le reste de la poubelle médiatique. C’est le début de l’été à New-York, saison qui n’est caractérisée ici par aucun sentiment de « Bonheur de vivre » particulier — on ne danse pas tout nu et en rond à la Matisse dans le Parc central (il y a pourtant des parties de patins à roulettes accompagnées de musique disco des années 70 et 80 qui plaisent à certains). Ah, mais il faut, contre toute velléité, se ressaisir et se mettre à la tâche.
Sous la grande rubrique « Dernières Dépêches du Nouveau Monde » : d'abord, pour les scientifiques : on nous apprend qu’il y avait plusieurs paires de dinosaures sur l’Arche de Noé et que les os qu’on trouve un peu partout dans le monde seraient seulement des os de dinosaures d’âges différents et non pas d'espèces différentes. Et puis, après le grand déluge, il est évident que la flore de la terre inondée avait pas mal changée, donc il n’y avait plus de quoi nourrir certaines espèces de dinosaures, qui ont très logiquement disparu, selon ces gens instruits, faute de croquettes pour les lézards (expression piquée chez l’Alcoolique mondain, avec modification obligatoire).
Ah la la, est-ce seulement la chaleur qui me rend si désagréable ? Pourquoi ne ressens-je pas la même foi en les contreforts institutionnels principaux de la République américaine que mes concitoyens ? Ils aiment, en ordre descendant de popularité, l’armée, la police et l’Église (sondage trouvé chez Billmon). Pourquoi suis-je si déphasé ?
Nous avons, le copain et moi, un ami architecte qui est d’origine bolivienne (il vient de devenir citoyen américain après plus de vingt ans de résidence aux États-Unis). Sa famille habite Cochabamaba, ville agréable d’après lui. Il a essayé de s’y rendre il y a quelques jours, à cause de la situation actuelle au pays, mais il a été bloqué à l’aéroport et a dû rentrer à New-York. L’ami péruvien, avec qui l’on a dîné hier soir dans un restaurant choisi exprès pour la force bienvenue de sa climatisation, nous a dit que ce qu’on craint le pire au Pérou serait une guerre civile en Bolivie entre les indigènes et ceux d’origines européennes et autres. On peut suivre l’actualité bolivienne sur place chez ce carnet Web de Cochabamba (trouvé chez cursor). Le carnetier a clairement eu peur hier.
Le dégoût ressenti par le public pour les journalistes de la presse dominante (traduction inélégante de l’anglais « mainstream ») ne va sûrement pas diminuer grâce aux révélations comme celle-ci sur le silence pour le moins curieux de nos reporters intrépides — euh, ben, plutôt trépides, à ce que je vois. Je cite un passage de l'article:
The fact that it took five weeks for more than a handful of Washington reporters to focus on the memo highlights a striking disconnect between some news consumers and mainstream news producers. The memo story epitomizes a mainstream press corps that is genuinely afraid to ask tough questions and write tough stories about the Bush administration. Worse, in the case of the Downing Street memo, it simply refuses to report on the existence of a plainly newsworthy document.
Ailleurs, le carnet du dessinateur politique Tom Tomorrow est devenu depuis quelque temps un carnet à multiples auteurs, et l’on y trouvera la langue spécialement mordante de Billmon, qui traite lui aussi le mémorandum dit de la rue Downing ici, où il fait une critique encore plus brutale que celle d’Eric Boehlert dans Salon sur nos dignes gardiens de l’information :
Prodding the media into revisiting a story it has collectively decided to ignore isn't impossible, but it's extremely hard. Once the journalistic herd has made up its collective mind (think of a pile of slime mold growing in your refrigerator) the overwhelming tendency is to move on to the next story. Even more than most people, reporters and editors live in a fog of sensory overload. New stories break every day, every hour, and decisions about whether to cover them are made on the fly, usually by people (i.e. editors) who are barely competent to unroll their socks in the morning.
« À peine capable de dérouler leurs chaussettes le matin » — c’est quand même délicieux ! Il y en a plus chez Billmon ici.
Brèves européennes : Ce que j’adore le plus chez Netlex (et je souligne qu’il y a vraiment un tas de raisons différentes pour apprécier ce site toujours plein de choses à découvrir), c’est qu’on trouve chez lui des sites tel Littérature estonienne (un double plaisir, parce que je m'intéresse à l’Estonie et parce que je trouve qu’il est formidable qu’on ait cette ressource de recherche sur cet aspect de la culture estonienne en français). C’est aussi chez Netlex où j’ai appris que la chaîne française d’information va enfin commencer à diffuser par satellite et j’espère bien qu’on insistera à pouvoir la capter dans toutes les chambres d’hôtel de Pékin à Las-Vegas. Il ne faut pas laisser le terrain au CNN et à la BBC sans aucune concurrence francophone (et je suis désolé, mais la Cinq ne suffit pas.)
Silt d’Amsterdam fait des vacances méditerranéennes. Il prend des photos d’« Europe en crise ». (Cela fera l'affaire des anti-européens chez nous.)
Et finalement, je sais que depuis pas mal de temps maintenant je pourrais être considéré comme un de ces pédés qui sont convenablement assimilés au monde hétéro. Finis les séjours d’été à l’Île de feu, finies les marches de la fierté gaie, finie la drague aux bars et aux discothèques gais.On voit mon nom (avec celui du copain) sur les cartons d’invitation entre M. et Mme Quelquechose et M. et Mme Machin et on peut s’imaginer compté parmi les « normaux » de la communauté. Il n’est plus de bon ton, à New-York au moins, dans les milieux que je fréquente (BCBG, bobo, les artistes, le grand monde — tout ce que vous voulez, cela ne me gêne point), de dire du mal des homosexuels — publiquement. On peut donc se donner l’illusion que tout va bien et qu’il n’y a plus d’effort à faire dans ce domaine. On aurait bien tort. A ce sujet je recommande ce billet excellent intitulé « Actions et réactions » de Pascal chez Finis Africæ, ainsi que la réponse considérée de François. Comme si l’on avait vraiment besoin de se rappeler de l’existence de l’homophobie quelconque de tous les jours, Ron l'Infirmier à la plume d'or en parle ici chez lui. Tous les trois valent le détour. Bon week-end.
Comments
Merci de la mention, c'est sympa. Vive la Vieille Europe !
Côté météo, à Amsterdam le ciel est couvert actuellement et il fait 14°. Barcelone, ça me manque ...
Posted by: vaara | juin 11, 2005 02:48 PM