« Nebulosus, calidus et umidus | Main | Beneficia »

Innocens

Je me trouvais dans la salle des machines d’exercice aérobique à essayer de « dépenser » quelques calories excessives quand on a annoncé les verdicts dans le procès de Michael Jackson — les huit postes de télévision suspendus du plafond diffusaient tous les scènes prises devant le palais de justice de Santa Maria dans le comté californien de Santa Barbara. Une trentaine de petits postes montés devant les machines individuelles affichaient les mêmes images. Il y avait une douzaine de personnes dans la salle, dont onze suivaient les événements à la télévision, les écouteurs sur les oreilles, les expressions un peu plates, neutres, mais concentrées. Finalement, on a commencé à énoncer les verdicts sur les accusations : « Not guilty ». Tout le monde dans la salle regardait les postes. « Not guilty. » La litanie se poursuivait. Une chaîne a montré une foule assez grande assemblée dans le Times Square à suivre ce qui se passait simultanément en Californie.

vuedugarage.JPG
Vue du garage, où l'on attendait la voiture vendredi soir — c'est la 7e avenue au fond

dansla22erue.JPG
Au feu de la 22e rue à l'angle de Broadway — on est en route vers l'autoroute FDR

Personnellement, moi, j’étais soulagé — je n’avais pas, il est vrai, suivi de trop près les nouvelles du procès, mais d’après ce que j’avais compris des témoignages que j’avais lus ou entendus, j’avais toujours l’impression que M. Jackson avait été victime d’un coup monté par la mère du gosse avec qui Jackson était censé avoir eu des rapports illicites. Ce n’est pas dire qu’il n’a pas fait preuve lui-même d’un manque de bon sens presque incroyable, mais c’est là le propre de la grande vedette — de ne pas s’imaginer vulnérable, ou de l’oublier. Dans le temps j’ai travaillé pour une personnalité célèbre qui a eu des histoires semblables et je me souviendrai toujours du ravissant jeune homme aux cheveux noirs dont les parents ont insisté à ce qu’il aborde mon employeur sur l’escalier extérieur d’un palace à Vienne. C’était la mère qui l’avait poussé à dire bonjour à mon « chef » — il était écossais et avait un accent des plus charmants, presque folklorique à nos oreilles new-yorkaises — pour lui dire aussi qu’il cherchait à faire le même métier que mon chef. Mon chef s’arrêta sur une marche, regarda le jeune homme nerveux, et lui dit « Voulez-vous dîner avec moi ce soir ? On pourra alors parler de votre avenir et de votre choix de carrière. » Après une rapide consultation oculaire avec sa mère ravie (ils étaient venus d’Écosse dans l’espoir d’une éventuelle rencontre), il accepta l’invitation. Il est dûment retourné à l’hôtel à l’heure convenue — et mon chef à moi m’a dit très précisément qu’il ne fallait pas laisser mon « chef » tout seul avec son invité. Oui, je suis devenu alors la duègne du chef — on était quatre à table, à dîner dans une des salles privées de l’hôtel. Le décor, la cuisine, le service, tout était brillant. Mon chef avait déjà bu beaucoup de Ballantines(drôle de site), sa marque préférée de whisky. C’était un être plein de vie et d’intelligence, mais il était seul et il souffrait de sa solitude. Il avait « un petit ami » officiel, qui pourtant le traitait souvent avec un dédain assez étonnant — une fois on l’attendait à Munich, on découvre trois jours plus tard, après des coups de téléphone hystériques un peu partout, qu’il était passé par Amsterdam, sans pourtant être capable d’avertir son « patron » ce qui lui était arrivé — et c’était bien sûr le patron qui payait tout. Donc, mon chef était seul, un peu déprimé, un peu saoûl, un peu ennuyé — et voilà qu’il a l’occasion de dîner avec un superbe éphèbe fana de lui. Hmmm.

versleFDR.JPG
On fonce vers le FDR — c'est l'ONU au fond

Malgré tous ses efforts à me chasser du petit salon où l’on mangeait, j’ai fait mon devoir (il avait toutefois réussi à insulter un autre des convives, qui était parti en claquant violemment les portes vers sa chambre, où il s’est enfermé pendant deux jours entiers en dépit des excuses orales et écrites du chef). Mon chef a bien essayé de faire sa cour au jeune Écossais, gêné, cherchant à plaire, mais peu certain de ce qu’on attendait de lui ; moi je restais là à assurer la parfaite décence exigée par mon chef à moi, qui ne voulait pas de scandale. À la fin de la soirée, j’ai accompagné le jeune homme à l’ascenseur et je lui ai dit bonsoir. La chair fraîche partie, je suis retourné à l’appartement d’hôtel où j’ai vu de mes yeux que mon chef, toujours habillé, s’était jeté sur son énorme lit défait, où, allongé sur son dos, il ronflait bruyamment. J’ai retrouvé ma chambre où j’ai essayé de suivre des programmes américains en version allemande. (Difficile à mettre tout ça dans un CV.) Donc, je suis content que Michael Jackson, aussi idiot et fou qu’il soit, n’ait pas été condamné.

surlautoroute.JPG
Sur l'autoroute

Je suis content aussi que Florence Aubenas et Hussein Hanoun aient retrouvé leur liberté. C’était une très bonne nouvelle.

pontdequeensboro.JPG
Vue du pont de Queensborough (aussi connu comme le pont de la rue 59e

manpsyhosp.JPG
L'hôpital psychiatrique de Manhattan derrière les arbres — bien que cela ne se trouve pas sur l'île de Manhattan

Ce week-end dernier était agréable. Samedi matin le copain a couru 19,3 km avec sa partenaire à 7 heures du matin (pour éviter la chaleur) et moi je suis allé à la salle de muscu après m’avoir fait couper les cheveux tout ras. Le copain est allé ensuite faire de la voile à bord d’un nouveau voilier de course (J-22) acheté par deux amis et sur lequel il fera partie de l’équipe lors des courses de voile locales. Il est rentré tout rouge, mais très content de ses six heures en bateau. A la dernière minute, on avait invité des gens à venir dîner chez nous et c’était à moi de leur préparer de quoi manger — du saumon fumé aux concombres pour commencer (ultrafacile à faire, j’avoue), des blancs de volaille à l’estragon en plat principal avec un assortiment de légumes (oignons, navets, carottes) préparés dans du bouillon de volaille et du vin blanc (toujours du vin), un excellent camembert bien fait (ce qu’on trouve rarement à la campagne), du comté et du chèvre, et des sorbets variés. Le tout arrosé d’un Sancerre rouge bien frais et, pour l’amie écrivain qui n’aime pas le rouge, du Pouilly-Fuissé « Les Vieilles Vignes » que j’aime beaucoup aussi et qui ne coûte « que » 14,95 $ la bouteille.

quincaillerie.JPG
Le parking d'une grande quincaillerie du coin

Les invités se connaissaient tous, ce qui est toujours plus facile pour les hôtes, et l’un des couples est venu avec leur nouveau chiot, un terrier gallois à l’âge de12 semaines, qui courait partout dans la maison, sa « gardienne » lui courant après. C’était agréable d’avoir de nouveau un chien à la maison. Ils sont tous les deux diplomates retraités, et lui il est plutôt à droite (il estime que les choses vont mieux en Irak, par exemple, l’amie écrivain a protesté que non, pardon, ça n’allait pas du tout et puis ils se sont parlés en hongrois (si, si, en hongrois, qu’elle savait mieux autrefois et lui qui avait passé une partie de son enfance avec son père à Budapest). Mais à part ça, on n’a presque pas parlé politique. De toute façon, l’ambassadeur aime sermonner et ce n’était pas la peine de le contredire. Sa femme, ambassadeur elle aussi, ne l’écoutait qu’à demi, elle jouait avec le chien.

interieurdusine.JPG
Je suis allé visiter l'atelier d'une peintre amie dans cette usine désaffectée

Dimanche on est allé déjeuner avec une amie du copain et puis en bons enfants on est allé dire bonjour à ma mère, qui va mieux. On a passé quelques moments avec elle au soleil sur la terrasse.

On a quitté la campagne vers huit heures — un peu tard, d’accord, mais il fallait ranger la maison pour l’agente immobilière. On est arrivé à Manhattan vers 22 heures 30. On a ramené avec nous des pivoines en boutons, tout prêtes à s’ouvrir — je les ai mises dans une vase dans la cuisine et puis, ce matin, elles sont toutes en fleur.

pivoines.JPG
Mon bureau avec les pivoines en fleur

Comments

Très bien écrite! Vous êtes homme à la surprise, meme tant que bonne femme.

Je suis fan absolu... des pivoines. Est-ce que M. J. est soignable à coup de pivoines ? Un peu de jugeotte lui ferait du bien. A le Pouilly Fuissé ! Là aussi, je suis fan absolu.

Grey> L'anecdote de Guillemette au sujet des pivoines est charmante : http://guillemette.typepad.com/guillemette/2005/06/french_women_do.html

Mais je suis certain qu'Edouard doit avoir un sens des bonnes manières absolument irréprochable !! :))

La petite photo du bureau avec les pivoines en fleur est un délice qui permet de mieux imaginer votre intérieur... La gravure dont on ne distingue que le bas a l'air ancienne (cf. les armoiries...), le livre, le répertoire, la lampe... J'ai tout examiné avec avidité !

PS : on ne peut pas écrire : "après m'avoir fait couper les cheveux" mais "après m'être fait couper les cheveux"... Mais on est là dans le fignolage, car bien des français auraient fait l'erreur !

Que du bonheur ce matin: des pivoines et du Pouilly Fuisse!

Tres bonne explication sur l'histoire Jackson...