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Beneficia

Il est évident que, de plus en plus, les journalistes sont considérés par le public américain comme une classe privilégiée qui fait partie de l’establishment. Il est vrai que certain d’entre eux ont grand peur des carnets Web, de ces médias citoyens, de l’énorme démocratisation de l’information qui signifie que faire parvenir les informations aux autres n’est plus la sphère privée de ceux munis d’un diplôme de journalisme. On se rend compte en plus que le journaliste est un employé comme les autres, c’est-à-dire qu’il a besoin de plaire, d’une manière ou d’une autre, d’abord à sa rédaction et ensuite au propriétaire s’il veut toucher son salaire. C’est cette nécessité de plaire au pouvoir (et donc de se faire payer le salaire) qui inévitablement rend suspect les intentions de trop de journalistes. Un journaliste est-il vraiment libre de dire toute la vérité ? N’est-il pas sujet à des pressions de carrière, de salaire, d’histoires de gestion interne de la boîte qui lui feront choisir le facile et le commode à la place du vrai fâcheux? De plus en plus de gens ne le croient plus.

Les événements qui ont précédé la guerre en Irak ont montré une presse bien plus avide de l’action des champs de guerre que d’analyses sur la validité des raisons offertes par l’administration pour justifier cette même guerre. Ah, les explications, c’est ennuyeux, les reportages de batailles, ça, tout le monde va regarder ou lire. Comme le note Digby de Hullaballoo:

The fact of the matter is that the media are part of the political establishment, as as such, had as much of a stake in making the case for the war as the administration did, despite the fact that many of them knew very well there was no threat. They couldn't wait to go to war. They were intoxicated by bloodlust and they sold that bloodlust like it was the best reality show in history --- "9/11: America's Revenge" and they were right. It was a hell of a show.

Certains contre-attaquent — on en parle ici sur dKos, où l’on discute depuis quelques semaines une proposition sous considération par la Commission fédérale des élections sur le financement des campagnes électorales et le rôle des carnets Web. Voici un extrait d’une lettre envoyée à cette Commission par la directrice d’un institut universitaire chargé d’étudier la politique, la démocratie et Internet, avec mes commentaires insolents ajoutés entre parenthèses :

« If anyone can publish a blog, and if bloggers are treated as journalists, then we can all become journalists. (Ô l’horreur !) If millions of “citizen journalists,” as bloggers like to call themselves, are given the rights and privileges of the news media, two consequences will follow. One is that a newly-expanded media exemption encompassing millions of bloggers will create a new loophole that will eviscerate the contribution and expenditure limits of the campaign finance law. »

« The other consequence is that the privileged status the press (qui est en majorité sous l’emprise de grosses multinationales alliées aux tendances les plus conservatrices des républicains, mais passons) currently enjoys will diminish (quel dommage!). When that happens, an erosion of its most important privilege, its ability through shield laws to protect the anonymity of its sources, will surely follow. While the FEC has no jurisdiction over shield laws, a change in the rules defining the news media in one arena is bound to affect other laws. As the pool of those considered journalists quickly expands, it is inevitable that the media’s fragile privilege to refuse to answer questions about sources posed by prosecutors and grand juries will narrow. The ramifications of the bloggers’ demand are enormous. The issue before the FEC goes to the heart of the fundamental questions that define a democracy’s relationship to a free press: Who should be treated as a journalist, and what special privileges, if any, should they receive? »

J’ai l’impression que ce débat important ne vient que de commencer.

La cote de popularité de Bush continue à descendre. C’est la mère d’un soldat de 24 ans tué en Irak qui a dit le suivant (l'article en entier se trouve ici) : We're watching you very carefully and we're going to do everything in our power to have you impeached for misleading the American people," she said, quoting a letter she sent to the White House. "Beating a political stake in your black heart will be the fulfillment of my life ... ," she said, as the audience of 200 people cheered.

« Enfoncer un pieu politique dans votre cœur maléfique sera l’accomplissement de ma vie. » Non, elle n’est pas contente.

Comments

Concernant les journalistes et les blogueurs, je vous recommande le livre de Dan Gillmor : We, the media, 2004. Extraits disponibles sur http://weblog.siliconvalley.com/column/dangillmor/archives/010092.shtml
C'est un point de vue de plus en plus répandu, le grand public peut faire du journalisme. Je ne relancerai pas le débat que j'avais amorcé ici il y a quelques semaines dans un ou deux commentaires. Il n'en reste pas moins que les journalistes devront faire avec les blogs et surtout avec le fait qu'ils sont faillibles et que les sources doivent être vérifiées. Beaucoup de blogueurs sont de vrais veilleurs, je renvoie à l'affaire concernant le sénateur républicain Trent Lott qui a voulu rendre hommage en 2002 à un autre sénateur, Strom Thurmond, à l'occasion de son centenaire. Thurmond étant ouvertement ségrégationniste et plutôt raciste. Ce sont les blogueurs qui ont obligés les journalistes à traiter cette affaire. Les journalistes dont c'est le métier de traiter l'information.
Plus proche de nous, la guerre en Irak a été l'occasion pour les Warlogs d'exploser. Salam Pax, citoyen irakien, a connu la célébrité en racontant sur son blog les événements à Bagdad. Depuis un journal anglais lui a ouvert ses colonnes.
Poynter Online (http://www.poynter.org/) est un vaste répertoire de ressources et de blogs qui émane du Poynter Institute, une école de journalisme indépendante et à but non lucratif. On trouve aussi Online Journalism Review (http://www.ojr.org/) qui est un site d'information consacré au journalisme sur Internet (Ecole Annenberg, Université de Sud Californie). On peut trouver aussi une liste actualisée des journalistes blogueurs sur Cyberjournalist.net (http://cyberjournalist.net/cyberjournalists.php). Enfin lors de la dernière campagne présidentielle aux Etats-Unis, les conventions démocrates et républicaines ont accrédités des blogueurs, privilège jusqu'alors réservé aux seuls journalistes professionnels. Les blogs sont devenus incontournables pour peut qu'ils soient sérieux et rigoureux dans le traitement de l'information et ne relayant pas les rumeurs. Ils ne remplaceront pas les médias actuels, ils les transformeront, les compléteront.

J'ai fait long, j'en suis navré, une fois de plus.

To be clear in English (and I have just had my leçon de français): I am mystified by the general association of first amendment protections with journalism and with journalism - as though other kinds of writing were not protected. This is not the case! "Free press" means "no censorship of printed matter" - with very few exceptions, none of them bearing on political campaigns certainly. The professor is a sotte.

c'est amusant de voir la presse conservatrice américaine, favorable en théorie aux dérégulations de toute sorte, demander une sorte de protection de leur status quand, à l'évidence, l'information devient un objet de la loi de l'offre et de la demande. ce genre de contradiction emberlificotée dans un discours alarmiste me ferait bien rigoler s'il n'était si malhonnête.

Et j'ai oublié de parler de Agoravox (http://www.agoravox.fr/) ouvert depuis le mois de mai dernier et qui est le premier journal français en ligne écrit par des non-professionnels. Il y a un papier dans Libé aujourd'hui (http://www.liberation.fr/page.php?Article=304081).