Verba vacua, verba vera
Nous, on n’avait rien d’autre à faire — on ne voulait pas sortir, on a donc commandé chinois livré à l’appartement, des nouilles froides sichuanaises et des beignets de viande à la vapeur qu’on a mangés devant le poste de télévision en regardant un Bush, tout petit, à l’air presque timide, prononcer son discours sur l’Irak. Rien de nouveau, l’exposition était plutôt plate, et dans la salle, remplie de militaires invités, l’ambiance a semblé bien froide, même glaciale (une impression partagée par d’autres que moi). Il n’y a eu aucun applaudissement spontané — c’est un agent de la Maison blanche qui a incité le seul applaudissement de la soirée.
C’est dans la Tribune européenne que j’ai trouvé l’analyse la plus pertinente du texte du discours de Bush, où le carnetier soj présente une véritable explication de textes aussi exhaustive qu’intelligente. À recommander.
Chez nous on fait, on dirait, un petit festival de films du metteur en scène anglais John Schlesinger : hier soir on a regardé Le jour du fléau, qu’on connaît en anglais comme « The Day of the Locusts », ce qui rappelle un peu le ton apocalyptique exprimé dans ce billet du Vrai Parisien. Hier soir on a regardé « Midnight Cowboy » ou, en français, « Macadam Cowboy » — qu’est-ce qu’il est jeune dans ce film, Dustin Hoffman !
À ceux qui s’imagineraient que les homos fassent trop de cas en réclamant des droits auxquels les hétéros ne pensent même pas, tellement ces droits font partie de leur quotidien automatique et invisible, je recommande cette désarmante « digression » qu’on trouve au milieu de ce billet de Matoo. En voici une partie :
« J’ai essayé de cacher, gommer, effacer, enfouir pendant des années les stigmates de cette orientation sexuelle différente de la majorité. J’avoue que maintenant, à presque trente balais, je m’en branle totalement la nouille. Mais j’essaie de bouger de moins possible lorsque je prends le métro ou le RER dans des coins craignos (comme simplement d’où je viens et où je suis né, Cergy), car si des cailleras me repèrent, je sais que je peux me faire agresser. Et puis, quand je suis au travail aussi, je me tiens, je fais attention à comment je m’exprime pour que ça ne se voit pas, sinon ça pourrait chauffer pour mon matricule. De toute façon, si cela se voyait, je n’aurais certainement pas été embauché, pas le genre de la maison. »
Il est important de ne pas oublier que certains parmi nous restent, en dépit du progrès réel et imaginaire, des citoyens de seconde zone.