Momenta veritatis
Les réactions à la démission-surprise du juge Sandra Day O’Conner semblent pour l’instant avoir été reléguées au second plan devant le possible parjure du conseiller en chef de Bush, Karl Rove, qui pourrait, selon certains, avoir des conséquences bien au-delà du cercle restreint de Washington.
En tout cas, les conservateurs « traditionnels » (c'est-à-dire, pas ces enragés de néo-con comme Bolton, qui a d'ailleurs son rôle moins connu dans l'affaire Plame et Rove) commencent à se rendre compte des horreurs commises au nom des États-Unis par le régime actuel. Voici un commentaire, frappant par sa clarté morale et rédigé par l’ancien médecin de Bush père, qui a paru dans le Washington Post d’hier. En voici une citation :
« Today, however, it seems as though our government and the military have slipped into Joseph Conrad's "Heart of Darkness." The widespread reports of torture and ill-treatment -- frequently based on military and government documents -- defy the claim that this abusive behavior is limited to a few noncommissioned officers at Abu Ghraib or isolated incidents at Guantanamo Bay. When it comes to torture, the military's traditional leadership and discipline have been severely compromised up and down the chain of command. Why? I fear it is because the military has bowed to errant civilian leadership. »
« Errant civilian leadership » — ou une administration civile dévoyée. Cela ne va sûrement pas plaire aux fanatiques de la Maison blanche. (Mais d'autres choses les préoccupent ce soir, je parie.)
À signaler aussi : cet excellent essai par un Américain d’origine iranienne intitulé « An American Wog on July 4th ». Le terme « wog », surtout modifié par l’adjectif « américain », est difficile à traduire. Mon Larousse le traduit comme « nègre » mais ce n’est pas tout à fait juste, puisque le mot, utilisé surtout dans les Îles britanniques et d’un exotisme linguistique presque littéraire ici en Amérique où l'on le retrouve dans des romans contemporains anglais, veut dire toute personne « de couleur », dont les Indiens et les Pakistanais qui n’ont toujours pas d’appellation particulière chez nous. (Il existe pourtant la distinction entre un « Indian with a dot » (Indien à point) qui signifierait un originaire du sous-continent et un « Indian with a feather » (Indien à plume) pour signaler un autochtone du continent nord-américain.) En fait, un « wog américain » est un non-sens et l’auteur explique qu’il ne s’était jamais senti être un « wog » aux États-Unis — jusqu’au 11 septembre 2001. Mais il ne désespère pas qu’on puisse un jour retourner au bon vieux temps où il n'était qu'un Américain « comme les autres », avec un drôle de nom... californien.
Comments
Wog me fait penser par les explications données au mot "métèque".
Posted by: daniel | juillet 5, 2005 03:59 AM