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Urbs vacua

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Dans la 7e avenue à l'angle de la rue Perry

Manhattan est vide. Les grandes avenues ainsi que les rues dites « de charme » au Village sont quasi désertes. Les rares âmes qu’on voit s’y promènent ou en touriste, les plans à la main, le vague au visage, ou en habitant, de mine hagarde, épuisé par la chaleur et abandonné à l’humidité, les cheveux moites, la peau livide, la tenue négligée. La lumière fade fait ressortir les façades crasses des bâtiments et des immeubles.

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Pas de vent

On s’attend impatiemment aux orages du soir pour alléger l’ambiance lourde et claustrophobe de ce ciel gris. Mais attention, tout n’est perdu dans ce monde peu appétissant — j’ai réussi à trouver le dernier des brosses à cheveux anglaises de la marque Denman, qui serait, d’après toutes mes connaissances dans la haute coiffure new-yorkaise, la seule vraie brosse à cheveux professionnelle, la classique, quoi ! Assez de l’ersatz extrême-oriental à des prix non compétitifs — j’avais remarqué un rayon de brosses Denman lors d’une visite précédente à la pharmacie Ricky’s dans la 6e avenue — j’y suis retourné aujourd’hui, où j’ai découvert, à mon horreur, qu’il n’y en avait plus et que presque toutes les brosses anglaises avaient été remplacées par des brosses fabriquées en Chine.

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Une des vitrines de Ricky's, dans la 6e avenue, où l'on trouve les « articles de beauté »

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Dans la 6e avenue devant, à gauche, l'ancien palais de justice Jefferson, maintenant aménagé en bibliothèque publique

Déprimé, me sachant seul responsable du retard qui évidemment m’avait fait manquer les derniers exemples de la haute technologie capillaire anglaise, j’ai un peu fouillé, avec la velléité de l’espoir déchiré, dans les coffres à brosses mixtes en bas du rayon, où l’on trouvait les orphelins du commerce de la brosserie. Mais qu’est-ce que c’est que ça, m’écrié-je ! Au fond d’un des coffres pleins de brosses oubliées, je vois ce rose si anglais d’où sortent les brosses en plastique transparente, avec le manche noir ! C’est le Denman que je cherchais ! Et en plus, cela ne coûte que 5,95 $ (cela se vend à 5,95 £ en Angleterre).

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Vitrine de la papeterie Stevdan dans la 6e avenue — de la porno pour l'écrivain !

Surpris, je l’avoue, par ce coup de bol tout à fait inattendu, j’ai décidé de prolonger ma joie marchande en me dirigeant vers la papeterie qui se trouve aussi dans la 6e avenue, à quelques pas de la pharmacie. Tenue par un Indien très poli, cette papeterie est remplie de choses que j’adore : du papier de toutes sortes, des carnets, des cahiers, des stylos, des enveloppes — tous ces supports de l’écrit. Après dix minutes de fouille délicieuse dans les rayons étroits, j’ai finalement acheté un bloc Rhodia, un autre, en papier jaune, d’Ampad, et quelques cartes postales pour me permettre d’écrire de rapides (mais sincères) notes de remerciements.

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Vue de la petite place Milligan, cul-de-sac tranquille dans la 6e avenue, où a vécu l'écrivain de pièces de théâtre et Nobéliste Eugene O'Neill

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Le mannequin dans cette vitrine de salon de coiffure sirote du Tab, la boisson de régime favorite des années 70 et 80 — avant le scandale d'Aspartame !

Je suis un peu déçu que Paris n’ait pas été choisi pour accueillir les JO de 2012, mais je pense aussi que les Jeux Olympiques ne sont plus l’attraction bénigne qu’ils avaient été autrefois — la sécurité (exagérée ou pas), la pagaille colossale en ville, le contentement tout satisfait de la fine fleur politique et mercantile qui s’amusera à gogo bien loin des masses serrées dans les stades et les arènes de sport, les travaux gênants, et tout le reste.

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Un nouveau restaurant péruvien vient de s'ouvrir dans la rue Christopher — on ira l'essayer demain, peut-être, avec l'ami péruvien qui est un fin gourmet

Les tristes événements à Jérusalem pendant la récente marche des Fiertés font un écho chez C’est chez nous, où un commentateur accuse les pédés de « provocation » pour avoir voulu se promener dans la ville « sainte ». Histoires d’intolérance répétées. C’est une ville maudite, Jérusalem. J’y suis allé une fois (on est descendu au luxueux Hôtel du Roi David, lieu d’un attentat meurtrier exécuté en 1946 par des terroristes ou des combattants légitimes — à vous de choisir — pendant le mandat britannique qui a fait 91 morts) et j’avais grande hâte de partir — on y retrouve une lourdeur d’esprit étouffante. Si Paris est la ville des Lumières, où l’humanité a commencé à se libérer du carcan de la superstition religieuse, Jérusalem est, par contre, le Trou noir d’où la liberté de conscience et la raison ne s’élèveront jamais.

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La toute petite rue Gay, vers la place Waverly

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Et dans l'autre sens, la rue Gay (rien à voir avec une préférence sexuelle, c'est le nom d'un ancien propriétaire) vers la rue Christopher (c'est la tour de l'immeuble résidentiel au nº 1 de la rue Christopher au fond) — c'est mignon, non ?