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Cui bono ?

On s’est levé ce matin aux nouvelles confuses des attentats à Londres — j’ai envoyé un courriel à un ami avocat qui travaille dans la City (il ne sait pas conduire, donc il prend le métro presque tous les jours pour aller à son bureau). Il m’a répondu qu’il se trouvait déjà au bureau quand les explosions ont eu lieu. Ici la police surveille le métro, les ponts et les tunnels. Le site de Reuters ne fonctionne plus.

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On prépare les pubs de mode pour l'automne ce matin dans la rue Perry

Dans la place Sheridan j’ai vu des flics qui bavardaient et riaient devant l’entrée de métro.

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Des flics au centre — eh non, je n'ai pas voulu me faire trop remarquer, c'est vrai

Si, comme je le comprends, le terrorisme n’est qu’un moyen parmi d’autres pour influencer la politique (et donc nos vies personnelles), je me pose la question de savoir qui gagne (le célèbre cui bono latin cité par Cicéron) par ces actions ? D'abord, on voit que des gens (al-Qaïda, peut-être) peuvent bien réussir à faire exploser en même temps des bombes multiples à des endroits multiples. Cela n’ajoutera rien à la confiance qu’on fie, pour le meilleur ou pour le pire, à la police ou aux services secrets de renseignements. Ce qui fera croître l’anxiété sécuritaire chez la population générale, surtout chez cette partie qui prend régulièrement les transports en commun. Mais il faudrait combien d’attentats, combien de morts atroces dans les tunnels de chemins de fer, avant que le public ne demande au gouvernement de réagir d’une manière forte ? Et de quoi s’agirait-il, cette « manière forte » ? Une intervention « massive » contre les responsables (si l’on arrive à fixer qui ils seraient) ? Un abandon d’initiatives (militaires, économiques, culturelles, et ainsi de suite) qu’on croirait à la base des raisons pour ces attentats ? Est-il possible de tuer un nombre de personnes dans des attentats suffisant à convaincre les autorités politiques de bien vouloir se changer de leur politique antécédente sans les provoquer à de contre-réactions nuisibles à ceux qui les auront faits ainsi qu’aux autres (individus, pays, régimes, sectes) chez qui ils pourraient trouver de l’appui ? Sait-on vraiment manipuler la volonté d’une nation à ce degré ? Je le doute fort. J’ai l’impression plutôt qu’on « essaie » des trucs (les avions qui s’écrasent dans des gratte-ciel, les bombes qui explosent dans les wagons de chemins de fer de banlieue, etc.) et puis on attend à voir ce que ça donne. Dans le cas des États-Unis, les attentats ont fourni l’excuse tant recherchée pour une aventure militaire en Irak — je ne sais pas si les commandants d’al-Qaïda se sont attendus à ce « fruit » de leur offensive américaine. Si oui, ils sont trop malins : ce n’est pas bête du tout de faire s’embourber l’ennemi (dans ce cas, l’armée américaine) dans une intervention militaire dans un pays qu’on n’apprécie pas non plus — c’est vraiment faire d’une pierre deux coups. Si la réponse est non, ils peuvent tout de même se réjouir de la situation peu confortable dans laquelle se trouvent les États-Unis et leurs amis en Irak.

Pour ceux qui seraient responsables de la réponse américaine aux attentats commis sur le sol américain, ils avaient aussi un certain nombre de choix à faire. L’invasion de l’Afghanistan n’avait rien de surprenant — c’est purement de l’œil pour l’œil et la population américaine réclamait une revanche rapide, sanglante, et nette aux morts du 11 septembre. C’est aussi sous le signe de la revanche « pure et dure » que les responsables de la guerre en Irak ont voulu vendre leur programme aux Américains — ils ont donc profité des attentats pour promouvoir un programme à eux qui, à son tour, allait profiter à qui ? Aux Israéliens, pour qui l’Irak avait toujours représenté une menace importante ? Aux compagnies de pétrole, dont les anciens PDG fourmillent chez l’administration Bush, qui chercheraient à s’octroyer cet or noir sous le sable de l’Irak ? Aux géopoliticiens et aux Realpolitiker du genre d’Henry Kissinger qui estimeraient que les intérêts stratégiques des États-Unis exigent l’occupation américaine de cette partie du monde ?

On notera ici le fait pour le moins curieux que ces attentats-ci semblent avoir marché pour les deux camps, en principe complètement opposés. Al-Qaïda perd quelques hommes, mais ils sont vite remplacés par de nouveaux jeunes dégoûtés par les méfaits des nouveaux Croisés venus chez eux ; Halliburton perd quelques « entrepreneurs », mais n’a aucune difficulté d’en trouver d’autres qui voudront bien gagner des sommes impressionnantes pour travailler en Irak ; les militaires perdent des troupes américaines, mais ils vont pouvoir donc demander encore de l’argent au Congrès pour se payer toutes sortes de jouets à des prix fous. Alors, qu’est-ce qui perd vraiment dans ces scénarios ?

Cela peut marcher jusqu’à un certain point, je crois — un point toujours indéterminé jusqu’au moment où la population dit « Assez ! ». Assez, pour une ou plusieurs raisons. Trop de morts chez les troupes (un désastre militaire pareil à la Têt au Viêt Nam ?). Trop d’argent gaspillé (inflation, taux d’intérêt élevés ?). En ce qui concerne les militants d’al-Qaïda, c’est plus difficile à savoir à quel point ils ne se soumettraient plus aux intentions meurtrières de leurs dirigeants.

Dans le cas des attentats d’aujourd’hui à Londres, je me demande si les responsables ne cherchent pas à causer un durcissement de la position britannique en Irak, ce qui gênera une bonne partie de la population qui serait toujours opposée à la guerre irakienne. Donc, les responsables des attentats voudraient influencer la politique domestique du pays en aggravant les désaccords présents et en déstabilisant (un peu, beaucoup ?) le gouvernement de Blair.

Pour Bush, j’attends à ce qu’il déclare que ces attentats démontrent combien on suit le bon chemin dans la guerre contre le terrorisme et qu’ils justifient le passage du Patriot Act II au Congrès afin de permettre aux autorités policières de « protéger » la population américaine. On pourra bientôt se trouver plus vulnérable, plus fauché, et plus contrôlé par le régime — cui bono ?

Comments

Merci pour ce Joli Blog.

Super les photos .
Super les commentaires et les ecrits

:-)

En gros j'ai bien aimé.

Vraiment Manhattant a une drole de tete avec le 'frog ' . On le voit rarement comme cela sur les photos 'plus commerciales'.


rikki

mais est-ce que ces anglais qui etaient contre la guerre en irak ne vont pas maintenant changer d'avis?

Bravo pour ton blog. Je viens réguliérement sur NY et ressent dans tes notes toute l'atmosphére du NY que je connais. "Souvenirs, souvenirs".
Es tu d'origine française ou US ? j'ai hâte de lire la suite ...

Je ne comprends pas très bien le commentaire de Lulu! Veut-elle dire que les assassins ont bien fait de "punir" les Britanniques en organisant avec un génie diabolique cette série d'attentats destinés à tuer le plus possible de gens?

Faut-il qu'ils fassent comme ce sinistre zapatero qui n'a même pas attendu que la poussière retombe sur Madrid endeuillée, meurtrie pour retirer ses troupes?

Si on continue sur cette logique, le 11.9 était un jour de gloire, l'Amérique n'a eu que ce qu'elle méritait!

je n'oublie jamais la chance que j'ai eu lors des attentats parisiens de 95. ce matin la colère, la révolte et l'abattement se déchainent. pas capable de réflechir aux motivations des uns ou des autres. alors je repense à la photo du rochemorin de lurton ( hum ! ) et je monte dans mon train.
merci pour la qualité de vos messages

Moi, je trouve que les terroristes visaient surtout l'Afrique. Ce n'est pas par hasard que les attentats se sont produits le jour même de la réunion du G8, réunion consacrée largement aux problèmes l'Afrique.

Or, l'Afrique est un terrain de "recrutement" très important pour les islamistes, donc les extrémistes entre eux se sentent sans doute menacés par toute tentative de l'Occident d'améliorer le sort des Africains -- car ce sont eux qui profitent souvent de l'échec du développement africain.

les anglais récoltent ce qu'ils ont semé. Après tout n'est-il pas le lot quotidien des baghdadis ce qui s'est passé le 7 juillet à londres ?

Zigourat, attends donc un peu de voir ce que la France ne va pas tarder à récolter après des années de politique étrangère abominable aussi bien en direction de l'Afrique que du Moyen-Orient ou de l'Asie (ah, cet appui inconditionnel pour Pékin dès qu'il s'agit de Taïwan !). Peut-être ne prononceras tu plus les choses avec tant de légèreté. Evidemment que toute nation disposant du droit de vote est responsable des actions menées par son gouvernement. Pour autant, c'est pas parce qu'il y a des attentats quotidiens à Bagdad que c'est bien qu'il y en ait aussi à Londres !!! Il faudrait que ça cesse en Irak - après, on pourra réfléchir.

à e69 : ce n'est pas par ce que je critique la politique brittanique que je soutiens celle de la France. Plus hypocrite tu meurs. D'un côté elle essaie de se faire des alliers dans le monde Arabe de l'autre côté elle traîte ses Arabes comme des citoyens de seconde zone victimes de discriminations, péjugés et racisme alors que les anglais ont une attitude beaucoup plus ouverte et tolérante envers les étrangers qui y habitent. Ce que je voulais dire c'est la manière dont on traite les infos de ce genre. On dirait que la vie d'un occidental à plus de valeur que celle d'un baghdadi ou d'un moyen oriental. Regardez comment les infos ont traité l'assassinat de l'ambassadeur égyptien à Baghdad, par contre remplacez sa nationalité par celle d'un occidental alors là on aurait eu droit à un reportage sur toute sa vie, sa femme aimante, ses enfants, son chien,... c'est de tout celà dont je voulais en parler.