Vae ! Victus cotidianus deminitus !
Dans la 4e rue ouest, au crépuscule
L’ami ex-Marine et moi, nous avons fait la semaine dernière un pari sur lequel de nous deux pourrait perdre le plus de poids avant le 30 (ou 31) août, cette quantité étant déterminée en pourcentage du poids corporel total. Eh oui, on avait bu pas mal de margaritas congelées (non, je refuse d’écrire « frozen » — et puis, le genre du mot « margarita » n'est pas sûr — non, mais ho, c'est déjà difficile pour nous, les étrangers ! Faut pas exagérer ! ) avant de l’engager, ce pari — celui qui le perd aura la peine appropriée. Pour moi, il s’agit de courir un demi-marathon, c’est-à-dire, une distance de 21,1 km — je déteste courir et je le fais très mal et d’une manière tout à fait inélégante. Pour lui, s’il perd, il courra un marathon entier (ce qu’il a déjà fait plusieurs fois) habillé en tutu rose (en fait, la couleur du vêtement n’a pas été fixée, mais le rose me plaît par ces connotations et par la tradition elle-même). Tout cela, c’est pour expliquer pourquoi je suis à présent au régime strict du point de vue de l’alimentation et de l’entraînement physique — et j’ai faim ! J’ai (temporairement) cessé de boire et c’est fou combien ça donne de l’appétit, la réduction abrupte de glucides qu’on trouve chez les alcools, les pâtes et le pain.
Dans la 8e avenue
Le petit parc, tout récemment aménagé, de la place Abingdon (merci, M. le maire), un répit civilisé pour les habitants du Village contre la chaleur et l'humidité de ces derniers jours
Hier soir on a toutefois osé aller dîner avec l’ami galeriste dans le restaurant indien branché Bombay Talkie, qui se trouve dans la Neuvième Avenue à la 21e rue ouest.
En montant la rue Hudson, l'hôtel Gansevoort à gauche — le quartier se remplit de boutiques de mode comme celle de Catherine Malandrino au rez-de-chaussée de l'immeuble à l'opposé de l'hôtel — mais pour combien de temps ?
Il fait toujours trop chaud pour vouloir dîner dehors au restaurant Vento, favori des jeunes stars de Sex and the City
Le côté sud de la 23e rue ouest vers l'est
Un jeune homme sexy fume devant un bar irlandais populaire dans la 23e rue (oui, je sais, je suis indiscret avec l'appareil)
Moi j’ai monté la 4e rue ouest afin de passer d’abord au distributeur Chase avant de monter la rue Hudson (qui devient plus loin la 9e avenue). Le copain est arrivé à pied de la 34e rue — 20 minutes de marche dans une chaleur impressionnante. L’ami galeriste s’y était déjà installé au comptoir au centre du restaurant à draguer plusieurs des beaux serveurs — Keith, Troy, Guillem, un bel étudiant en cinématographie de Barcelona, Omar du — Vénézuéla, en dépit de son nom et du restaurant.
Cette partie de la 9e avenue est un quartier qu'on « découvre », grâce à l'hôtel Maritime, le marché de Chelsea, le Soho Club et tout et tout — mais on n'a pas tout nettoyé, dont l'extérieur de l'épicerie de quartier Alaska donne la preuve
On y a très bien mangé en effet — des galettes indiennes pour commencer, du blanc de volaille cuit dans un petit four en terre cuite pour moi, des boulettes d’agneau pour le copain et des kebabs de poulet pour l’ami galeriste (qui se dit aussi au régime, mais en moins strict).
La façade simple du restaurant Bombay Talkie, dans la 9e avenue, dans le petit immeuble en bois de droite
L'intérieur du restaurant avec des affiches pour les films tournés à Bombay
Du nan (non, j’ai pas touché), des compotes d’aubergines épicées et de lentilles (miam), et deux sortes de riz. Ayant quitté le restaurant, on a traversé l’avenue pour aller chercher un dessert hypersucré (pas moi, bien sûr) chez Billy’s, pâtisserie qui concurrence la pâtisserie Magnolia plus célèbre, proche de chez nous dans la rue Bleecker. On est rentré chez nous par le quartier de la boucherie en gros afin d’aller chercher des raisins pour moi au supermarché D’Agostinos dans la rue Jane.
Qu'est-ce qu'il était agréable de passer quelques minutes dans la salle réfrigérée (si, si, toute une salle, pour les viandes et quelques boissons) du supermarché célèbre (car tellement bon marché) Western Beef dans la 14e rue ouest
M. Roberts, sélectionné hier soir par Bush pour rejoindre la Cour suprême, semble un conservateur pur et dur, mais aussi assez intelligent. On se plaint aussi qu’il soit si jeune — il n’a que 50 ans — ce qui veut dire qu’il pourrait faire partie de la Cour pendant plusieurs décennies à venir.
Les accents et les variantes de prononciation m’ont toujours intéressé et la BBC nous propose un extrait de Shakespeare prononcé à la moderne et — ici on devine évidemment un peu — avec une prononciation d’époque, c’est-à-dire de la fin du 16e et du début du 17e siècle. On va l'essayer au théâtre Globe à Londres cet été dans la pièce « Troilus and Cressida ». À mes oreilles, ça donne un curieux effet de Cockney mêlé à l'Australien, mais bon...
Comments
Bon chance pour le régime!
Posted by: RJ Keefe | juillet 20, 2005 11:57 AM
La dernière photo en bas de billet, dans la partie inferieur gauche de l'image:
C'est une palette de Nutella?
Wouahaaaaa.....
Ps: que peut bien être du "Nan"?
Posted by: Louis | juillet 20, 2005 12:19 PM
Du nan, c'est du pain indien, je crois bien.
Posted by: Olivier | juillet 20, 2005 12:29 PM
Désolé, Louis, c'est pas de la Nutella mais une sauce à viande de la maison (j'ai regardé de près sur la photographie).
Olivier a raison — le nan, c'est un pain indien, tout à fait délicieux et donc, pour le moment au moins, tout à fait défendu. On le fait avec, au choix, ou de l'ail, ou des pommes de terre, ou de la coriandre (comme celui qu'on avait hier soir).
Posted by: Édouard | juillet 20, 2005 02:41 PM
Merci et dommage pour la sauce à la viande.
(remarque: dans une boucherie ça aurait été étonnant...)
Pour le nan, c'est une galette de pomme de terre alors?
Posted by: Louis | juillet 20, 2005 05:12 PM
Bonne chance pour ton régime, mais ne mets pas ta santé en péril (même pour avoir le plaisir de voir ton adversaire courir plus de 42 km en tutu...) et garde assez de forces pour ton bloc-notes.
Posted by: Vrai Parisien | juillet 20, 2005 05:35 PM
Pourquoi appelles tu ton ami "mon ami", n'avez vous pas des prénoms même fictifs ?
ça créé une distance
Je ne comprend pas vraiment, tu es d'une grande sensibilité et tu nommes froidement ton ami
A la limite prend de faux prenoms !!!
Posted by: chris | juillet 21, 2005 12:47 AM
Je m'interroge ... Pourquoi votre ami (j'aime beaucoup le terme "mon ami", c'est vraiment délicieusement choisi) porterai un tutu mais point vous-même ?
Posted by: Veuve Tarquine | juillet 21, 2005 04:28 AM
Louis, après un peu de recherche, je trouve que le nan aux pommes de terre serait effectivement plutôt une sorte de pain pita sans la pochette fait ou avec de la farine de pommes de terre ou avec des morceaux de pommes de terre ajoutés à la pâte. Voici une excellente page de référence avec photos sur ces pains dits « plats ».
Merci, VP, je ferai très attention à ne pas me surmener. À propos du mot « bloc-notes », je présume que vous le préférez aux mots « carnet » ou (frisson de déplaisir) « blog/blogue ». Pourquoi ?
Chris, mon ami particulier, avec qui je partage ma toute petite vie à moi depuis plus de 14 ans, s'appelle dans ces pages « mon copain », dénomination que j'ai piquée je ne sais plus où dans un des premiers carnets homos que j'ai suivis (Matoo ? Garoo ? Dendromatt ?) Le copain, lui, en rit — c'est rendu par « buddy » en traduction Google, ce qui a chez nous des résonnances un peu cowboy/porno/drôle pour nos oreilles de pédés très sortis du placard qui habitent le ghetto gai de la métropole la plus dense du continent.
En ce qui concerne les noms des autres « personnages » dont je parle dans ce carnet, je me sers de l'épithète le plus révélateur ou curieux (à mon avis) pour les signaler au lieu de leurs vrais noms ou prénoms, car je cherche à garder leur anonymat et le mien, et le pouvoir que cet anonymat me donne d'écrire plus ou moins tout ce que je veux sur les sujets de mon choix, une liberté d'action que je chéris. Oui, c'est vrai, je pouvais leur donner des noms comme Tom, Tim, Tony, Liz, Liza, Beth et cetera, mais je sais que je suis trop bête pour pouvoir le faire avec consistance, ce qui causerait encore des ennuis de compréhension. De toute façon, je vous signalerais le roman de Genet « Notre-Dame-des-Fleurs » dans lequel on trouve des noms comme Mignon, Divine, et les autres (le bouquin est à la campagne, donc je ne peux pas vous en donner d'autres exemples tout de suite). J'ai bien apprécié cette technique de distanciement ironique (et brechtien ?) de ces personnages qui se sont créés des personnalités dans un contexte de fiction.
Oh la la, Veuve Tarquine, vous me posez une question à laquelle j'ai du mal à répondre, tellement elle soulève en moi des interrogations personnelles sur les valeurs de l'apparence. D'abord, je le reconnais, je suis homophobe au plus profond de moi-même (il est quand même difficile à ne pas l'être après des décennies d'avoir appris, dans les journaux, dans les livres, à l'école, à la télévision, chez des amis, chez des parents d'amis, dans les plaisanteries, dans les injures, qu'aimer quelqu'un du même sexe n'est pas acceptable et que c'est même un grand défaut moral et psychique) et ça fait des années que je me « cache » en quelque sorte derrière des apparences des plus conventionnelles — à vrai dire, je n'ai jamais été tenté de m'habiller en femme, mais en ce qui concerne le déguisement, on m'a plusieurs fois pris pour un militaire ou, ce qui est même plus risible, une fois comme un entraîneur universitaire de football amércain ! Non, les folles en général me gênent assez, et c'est la faute à moi, pas à eux/elles, je le sais. Je ne cherche pas à choquer mais plutôt à convaincre, mais je reconnais toutefois que c'étaient des folles qui ont d'abord osé à se battre contre les pouvoirs en place, parce qu'elles n'avaient peut-être rien à perdre, tandis que nous, les « assimilés », nous avions peur de perdre la bienveillance du monde hétéro en assumant trop publiquement notre homosexualité. Tout cela c'est pour vous expliquer pourquoi j'aurais du mal à porter un tutu — il y a de ces questions que je n'ai toujours pas résolues à ma satisfaction — cela a l'air bête, je sais, et peu courageux, surtout pour une chose si inimportante au fond, mais v'là. (Excusez-moi d'avoir répondu si longuement à une très bonne et très facile question !)
Posted by: Édouard | juillet 21, 2005 10:18 AM
je vous imagine déja si mince , vous rêvez sans doute d'une apparence ascétique(pas acétique),pourquoi faire ? on porte mieux le vêtement, on court plus vite, on parait plus jeune, on a plus de marge pour les éventuels abus de table et de comptoir, je cherche ...mais on vous aime déjà et toujours,à quoi bon s'interdire un délicieux petit nan avec son poulet?
j'ai mangé des nans au fromage,et j'en reprendrais bien tout de suite!
Posted by: antag | juillet 21, 2005 04:16 PM
> Edouard : je ne m'inerdis pas à l'occasion d'utiliser le mot blog ou même l'anglicisme blogueur. Mais j'ai choisi de privilégier le mot "bloc-notes" pour plusieurs raisons : d'abord parce qu'il existe déjà, qu'il est simple, qu'il commence comme blog, qu'il crée une distance avec l'informatique comme le fait d'y parler de moi à la troisième personne du singulier (le Vrai Parisien) crée une distance avec moi-même et les autres et me donne l'impression d'être plus libre. Bref : bloc-notes, bien français, un peu désuet, disons plutôt classique, me correspond assez bien. Je trouve, du moins...
Posted by: Vrai Parisien | juillet 21, 2005 05:18 PM
Edouard, mille mercis de cette réponse si franche et si construite !
Posted by: Veuve Tarquine | juillet 22, 2005 05:34 AM